La retouche du paysage vidéoludique |
Personne n'est sans savoir qu'à chaque jeu dévoilé, de nouvelles images ou vidéos coulent à flot, et l'inverse aussi se produit quand il s'agit d'un jeu très attendu : peu d'images, peu d'informations. A qui et surtout à quoi se fier ? Car s'il fut une époque où les magazines papiers n'avaient que ce qu'on leur donnait, aujourd'hui Internet écrase tout sur son passage. Ramenant avec lui fakes (images truquées) et informations pleines de mensonges...
Cet article n'a ici aucunement l'objectif de vous orienter dans vos décisions. Vous achetez un jeu, c'est tout simplement parce-qu'il vous plaît. Mais avant de vous plaire, il a bien fallu à ce petit logiciel trouver un moyen de parvenir à vous éblouir, à vous intéresser, à susciter chez vous quelque chose vous poussant à vous le procurer. Cette chose, très souvent, c'est la publicité. A travers les magazines, les sites Internet, les affiches grand ou petit format dans le métro ou même sur les bâtiments, la publicité est de nos jours partout. La société de l'image étant à peu près née avec l'avènement de la photographie dans la deuxième moitié du XIXème siècle, il est normal qu'aujourd'hui il soit difficile de poser un regard quelque part sans tomber sur une annonce quelconque. Il en est de même pour le monde du jeu vidéo. Mais ici, le phénomène est encore assez récent...
|
 |
La première photographie de Niépce en 1827
|
|
Une vision qui évolue |
Ce n'est d'abord qu'un simple constat. A sa naissance, l'univers du jeu vidéo avait tellement de mal à se faire connaître du grand public que la presse s'y intéressant ne résultait en un nombre de magazines aussi peu nombreux que les doigts d'une main. Pas de magazines, pas de communication, pas de communication, pas d'avenir. Or, le bouche à oreille fut plus efficace qu'autre chose. Mais le jeu vidéo restait considéré dans les années 80 comme un loisir de privilégiés. Aucun intérêt donc pour les publicitaires de s'arracher les droits d'une licence afin de la promouvoir sous ses plus beaux aspects. Ce n'est que très récemment en fin de compte que la paysage vidéoludique fut soumis aux retouches, en même temps que l'industrie prit le pas sur ce qui était encore vu comme un travail artisanal. Des retouches, oui mais pourquoi faire ? C'est bien simple : pour vendre.
| Car le grand public, cette notion pourtant si jeune, est aujourd'hui un facteur potentiel de vie ou de mort pour le jeu vidéo. Si le grand public venait à disparaître, difficile pour ce qui est aujourd'hui une véritable usine de consommation de s'arrêter du jour au lendemain. Ce serait un peu comme si le cinéma n'était autorisé qu'aux critiques et cinéphiles en herbe. Et le grand public justement, pour qu'il achète, il faut l'attirer, le caresser dans le bon sens, le conforter, et d'une certaine façon, le forcer à acheter en se servant de ses faiblesses. (« nous ne sommes pas tout à fait des moutons : nous n'avons pas de laine ») Et ces faiblesses, quelles sont-elles aujourd'hui ? Le plaisir, la rapidité, et les émotions. Tout cela devant tenir dans un jeu, qui serait capable de fournir rapidement des émotions agréables, afin de combler un vide, de combler un besoin. Et c'est bien connu qu'un besoin de perdu, dix nouveaux à combler. La consommation encore une fois. Pardon aux familles, tout ça. Exploiter ces faiblesses demande cependant un certain tact, on ne va pas acheter un jeu si on n'a pu en admirer que des images infâmes et des vidéos moins belles qu'un crottin de cheval. (quoi que, chacun trouve des qualités où ça lui plaît) Et si le premier trucage photographique remonte à plus de cent ans, la technologie permet à l'aube de ce XXIème siècle des merveilles, qui ne demandent en plus même pas d'avoir un talent inné, car l'ordinateur fait tout. Ah, il est loin le temps des peintres qui retouchaient les celluloïds...
|
Une technologie à la pointe, et toujours un âne derrière |
Les éditeurs l'ont bien compris. S'il fallait à une époque promouvoir un jeu tant bien que mal avec des versions non-finies et des images de piètre qualité, le problème ne se pose plus désormais. Et ce grâce notamment à l'arrivée des programmes de retouche d'image tels que Paint Shop Pro ou le fameux logiciel des frères Knoll, Photoshop. Parfois, une image peut à la source donner une fausse information, mentir sur le contenu réel du soft, comme par exemple les artworks, ou les dessins préparatoires. Mais tout le monde a suffisamment de bon sens pour faire la différence avec une image qui représente le jeu, et une image qui est censée l'illustrer. C'est d'ailleurs un problème récurrent chez l'homme, celui de savoir faire la différence. Entre dessin et concret, réalité et virtuel, amour et amitié... heu, je m'écarte.
 |
John Knoll, l'un des créateurs de Photoshop
|
Non, ici il s'agit surtout de s'intéresser au problème du vrai/faux inhérent aux images tirées directement du jeu. Et pour cela, il va falloir illustrer d'exemples ce qui peut paraître comme un propos d'ado en crise parano. (Je vous rassure, je ne suis pas adolescent. Mais la crise elle...) Tout d'abord l'évident : Electronic Arts et sa fâcheuse habitude à trafiquer à gros coups de pinceau numérique ce qui doit normalement être affiché sur nos téléviseurs une fois le jeu en marche. Qui n'a jamais été déçu en s'apercevant qu'au final ce qu'il y avait derrière la boîte du jeu ou sur les sites en ligne n'était que pure utopie, pur rêve de joueur ? A la fois agaçante et mal vue, ces retouches ont néanmoins le mérite d'avoir réussi à vous faire acheter ce jeu. Prenons la gamme de sport d'Electronic Arts, qui est souvent décriée pour sa plastique surjouée à l'inverse du gameplay sous travaillé. Fight Night Round 2 par exemple. Sorti en 2005, les premières images quant à elles tombaient déjà vers novembre 2004. Et aussi surprenantes soient-elles, on pouvait y admirer des torses luisants parsemés de poils détaillés au millimètre près, des regards perturbés par des reflets, et des effets de sueur à donner chaud. Résultat des courses le jeu en main : on est bien loin de ça, le constat se fait de lui-même en observant les deux images ci-dessous.


|


Toujours chez Electronic Arts, et plus récemment encore avec James Bond : Bons baisers de Russie, ou bien Marvel Nemesis : L'avènement des Imparfaits, là encore la différence est flagrante entre les images officielles certifiées et les images extraites directement des jeux. A ce petit travail de retouche, énormément de sociétés s'y adonnent et prennent plaisir à embellir, à rendre exceptionnel ce qui ne l'est pas. Ubisoft, THQ, Capcom, Sega... une véritable success-story pour la vie du fake. La société de l'image signifie-t-elle société du mensonge ? Un coup de flou, un superbe effet de particule, une modification de contour, un lissage, un halo, un effet métallique, du brouillard... tant d'outils à la portée des éditeurs.

|
Une prise de conscience ? |
Mais le joueur, lui, ne se laisse plus abuser par la corruption visuelle, plus tout à fait, car en plus d'avoir à faire à un bombardement massif d'images mensongères, il fait également face à la critique, et à l'expansion du loisir du jeu vidéo. Cette expansion en plus d'avoir créé ce besoin de trafiquer pour convaincre, a aussi créé son propre anticorps : le jeu vidéo, prenant une place de plus en plus importante dans la vie quotidienne, dépassant même les ressources du cinéma en 2005, impose une certaine notoriété et une connaissance. Malgré le nombre sans cesse croissant de joueurs lambdas occasionnels, prêts à se ruer sur le premier jeu Yu-Gi-Oh ou Harry Potter parce-qu'ils proposent la continuité d'un univers qu'ils aiment, le nombre de connaisseurs s'agrandit également. C'est à force d'acheter à 60€ voir 70€ que les gens prennent conscience qu'il ne faut pas acheter à tout hasard, ne pas acheter « de la merde » en gros. De plus, ceux qui détiennent un certain savoir sur le jeu en général ne laissent pas leur entourage se jeter la tête la première dans un trou pompeux aussi cher. Malheureusement, c'est comme la musique ou le cinéma, la grande majorité continuera d'acheter à vue un jeu car « les images sont cools », « oh yeah c'est StarWars j'achète direct » ou encore « Mario s'pour les gamins, regarde, t'as vu il est larg'ment mieux Shadow, il a plus la classe, prend Shadow Ze Hedgehog quoi ! ». Ah, on l'a tous vécu en se rendant dans une boutique de jeux vidéo n'est-ce pas ?...


La retouche a donc un effet percutant sur la population qui va se mettre subitement à croire au faux. C'est un peu le talent d'un magicien, faire croire à l'illusion. Aujourd'hui, si on arrive à faire entrer plusieurs millions de personnes dans une salle pour aller voir Les Bronzés 3, alors qu'à côté d'autres films passent inaperçus, on doit bien pouvoir vendre par paquet un jeu à l'effigie des Bratz Girls ou de Superman. | C'est peut-être la façon de penser des éditeurs / producteurs, car ne l'oublions pas, c'est souvent l'argent avant tout. Mais tout n'est pas tout noir ou tout blanc, et parfois même certains développeurs persistent à ne pas vouloir montrer des illustrations truquées de leurs travaux, comme par exemple Square-Enix, avec sa saga Final Fantasy ou bien Kingdom Hearts. On indique simplement au joueur qu'il s'agit d'une version non finalisée. Ni plus ni moins. Pas besoin de Photoshop. Mais bien évidemment, c'est parce-que derrière, les éditeurs savent très bien que le public va suivre (on n'expliquera pas le succès au Japon de jeux éducatifs sur DS, et on n'expliquera pas pourquoi Dragon Quest continue de faire des émules et s'assure un avenir en or). Tout passe aussi par la confiance. Si la qualité est là, les ventes le seront sûrement aussi.


Au final, le paysage vidéoludique est soumis à bien des transformations, mais la véritable transformation est dans le cœur des joueurs. Un conseil, ne vous fiez pas aux images, testez par vous-même. C'est le boulot des vendeurs de vous donner la possibilité de juger la qualité d'un jeu. Difficile aujourd'hui de se fier à l'image, mais le principal étant de ne pas écouter les autres, mais s'écouter soi-même, le jeu vidéo est une question de goût et d'expérience. |