IWATA ET LA NOUVELLE POLITIQUE DE NINTENDO : GAMECUBE 2
DOSSIER
Thème :
Analyse
Auteur :
Zarno
Date :
19 Juin 2003
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signé :
DOSSIER

 

Hiroshi a cédé sa place depuis peu à Satoru, difficile tâche pour Iwata que de remplacer Yamauchi, père de la division jeux vidéo de Nintendo. Bien qu'il était évident que dans les premiers temps Iwata suivrait les lignes fixées par Yamauchi (toujours membre du conseil d'administration), le petit nouveau semble vouloir s'affirmer et va même jusqu'à proposer de modifier totalement la politique de Nintendo.

Iwata et la nouvelle politique de Nintendo : GameCube 2

Le front : s'aligner sur Sony

Les armes : Mario et Pikachu au placard ?

L'avenir : les défis de Iwata

Les limites de cette politique

Le front : s'aligner sur Sony

Sans doute vexé par les remarques de la concurrence définissant Nintendo comme ne jouant pas dans la même cours que Sony ou Microsoft, Iwata décide d'attaquer de front le plus gros constructeur mondial de consoles de salon. Il l'a annoncé lui-même, la future machine de Nintendo, pour le moment appelée « GameCube 2 » est prévue pour 2005, soit pendant la même période que la PS3. ATI reste de la partie pour l'architecture graphique de la console mais on ne sait toujours pas qui s'occupera du processeur central, IBM ayant rejoint Sony dans la conception de la future PlayStation, et il ne serait pas exceptionnel de voir Panasonic continuer à soutenir Nintendo pour ses formats de stockage tant Matsushita (Maison mère de la filiale Panasonic) est décidée à combattre Sony partout où elle le peut. Certains développeurs annonceraient même avoir commencé à travailler sur les consoles nouvelles générations dont la future GameCube 2.
Pourquoi sortir sa machine dans deux ans alors que le GameCube n'est sorti que depuis deux ans au Japon (et un an en Europe) ? On est en droit de s'étonner qu'une remplaçante arrive 4 ans après les débuts du GameCube, surtout que Miyamoto (créateur de Mario, Zelda et Donkey Kong) annonçait il n'y a pas si longtemps, que la GameCube devrait avoir une durée de vie d'environ 8 ans !
En fait, l'erreur de Nintendo a été son décalage avec la concurrence. La Nintendo 64, déjà à l'époque, était considérée comme une console d'accompagnement qu'il était bon de posséder, tant certains de ses jeux étaient exceptionnels, mais qui n'aurait pu suffire aux moins exigents des gamers et que les softs trop rares ont condamnée à être posée près de la télévision à coté d'une PlayStation ou d'une Dreamcast. Un décalage dans le nombre des titres donc, mais aussi dans le temps.
La PlayStation est sortie en 1994 au Japon et la N64 en juin 1996, soit deux ans de décalage. La PS2 est sortie fin 2000 en Europe et le GameCube en mai 2002, toujours presque deux ans de décalage. Deux ans, c'est largement suffisant pour s'imposer sur un marché. Deux ans, c'est largement suffisant pour monopoliser les développeurs les plus talentueux. Nintendo a voulu croire en la fidélité des gamers, Nintendo s'est volontairement positionné sur un autre front que Sony. Nintendo a préféré vendre un savoir-faire plutôt que de mener une politique commerciale agressive, Nintendo a voulu définir ses machines comme « familiales » mais est passé pour une marque de jouets, Nintendo a voulu compter avec son trésor de guerre acquis avec le succès de la Super Nintendo et des différentes versions de Game Boy, Nintendo a cru bon de s'asseoir sur les lauriers d'un monopole glorifiant, aujourd'hui faisant partie d'une légende oubliée. Nintendo a parié gros, Nintendo a perdu.
Yamauchi, malgré toutes ses qualités n'a pas su évoluer et s'adapter aux techniques commerciales modernes. L'ancien roi a longtemps été maître de son jeu, mais c'était sans compter sur Sony, tout de même plus important que Sega.
Iwata cherche donc à reconquérir les terres perdues, à traîner Sony et son infamie dans la poussière et à redonner à Nintendo sa gloire aujourd'hui en déclin.
Attaquer Sony est dangereux, mais il va de soit qu'il n'y a pas d'autre méthode. Microsoft n'est pas réellement un concurrent sérieux (du moins pour le moment) et c'est la place de leader qui est visée. Nintendo veut reprendre ses parts de marché et il est prêt à tout. Assisterons nous dans les mois qui suivent à une campagne publicitaire agressive de la part de Big N ? L'image donnée à la GBASP n'est-elle pas déjà l'emblème de l'avenir de Nintendo ? Comment les parents pourront-ils occuper leurs enfants si Nintendo change ?


Les armes : Mario et Pikachu au placard ?

Satoru l'a dit, Nintendo recherche de nouveaux symboles, une nouvelle image. Et ça, ça passe par une nouvelle mascotte, voire un nouveau logo. Mario doit changer ou se retrouver en mascotte de seconde zone, en dinosaure qu'on resservirait dans des sauces plus fades pour ne pas assombrir le luxe des nouveaux héros made in Nintendo. Quant aux Pokémons, certes ils font vendre mais ils donnent aussi à Nintendo une image affreusement jeune et les développeurs ne suivent pas. Ce n'est finalement pas une si mauvaise chose que de mettre de coté ces futures anciennes figures de proue de Nintendo, du moins si les mascottes qui suivent savent faire la différence.
Le talent de la firme n'est de toute façon plus à prouver, le game play, ça les connaît, il va maintenant falloir appliquer toutes ces règles à d'autres styles de jeu ou alors investir dans de nouveaux studios de développement.
Si Nintendo veut faire un jeu de course, ils en sont capables, si Nintendo veut faire un jeu de baston, ils le peuvent. Nintendo a les moyens de réaliser de très grandes choses, mais les choix politiques sont souvent des freins à la créativité.
Quoiqu'il en soit, si Nintendo adopte complètement ce retournement d'image, on se demande ce que Miyamoto va devenir... En tout cas, il devra trouver d'autres activités que le jardinage, car Pikmin ne s'inscrirait plus vraiment dans les objectifs nintendoïen. Il va donc falloir acheter une voiture de course à Miya et lui apprendre la boxe taï...Maintenant, il reste la possibilité de faire évoluer les franchises existantes vers des jeux plus matures, comme Ocarina Of Time en son temps dans la série des Zelda, mais dans ce cas, il s'agirait plus d'une évolution que du réel tournant annoncé.
Un jeu comme Eternal Darkness est la preuve que Nintendo a la volonté de changer d'image, seulement un manque de culot et la peur de décevoir les fans ont poussé Nintendo à faire ces réformes doucement alors qu'une révolution totale et radicale permettrait de marquer un grand coup. Un public plus âgé reviendrait certainement chez Nintendo et les ados dans la rue n'auraient plus peur pour leur ego en portant un T-shirt Nintendo dans la rue, puisque celui-ci serait orné de la nouvelle mascotte Nintendo, soit une demoiselle fort peu habillée tenant dans sa main une lame tâchée de sang et enfoncée dans la gorge d'un vampire mutant qui venait de terminer une course de Porshe avec son ami le professeur de karaté...

L'avenir : les défis de Iwata

Maintenant, Iwata doit convaincre joueurs et actionnaires du bien-fondé de ces actions. Une chose est sure, Yamauchi est d'accord, sinon il n'aurait pas laissé faire ça. En effet, il reste l'actionnaire majoritaire du groupe et les principales décisions de Iwata sont de toute façon soumises à son approbation. Il va de soit que dans tous les cas ces évolutions n'apparaîtront pas avant 2005 et le lancement des nouvelles consoles de salon dont, on l'espère, la GameCube 2. A titre de comparaison, on peut aisément croire que la campagne publicitaire de la GameCube 2 sera du même style que pour la GBA SP, un public mature visé et des thèmes familiers aux jeunes cadres dynamiques et urbains de 25/35 ans. Nintendo deviendrait alors un sérieux concurrent, s'adressant à une population fortunée et fan de ce qui est « à la mode ». Là où Sony a su bien jouer, c'est en visant les 15/20 ans en 1995 avec une politique axée très sports extrêmes (compétitions de BMX ou de SnowBoard organisées, groupes de rocks sponsorisés (big soul) etc...) qui tout de suite a rendu la PlayStation « fashion ». 5 ans plus tard et la PS2, la politique de Sony se veut plus sombre et plus axée adulte. La raison ? Les joueurs de PlayStation ont eux aussi pris 5 ans et sont entrés dans la catégorie des 20/25 ans. Sony suit et fidélise son public, c'est entre autres ce qui fait sa force. Pour gagner ce genre de combat, il faut gagner le cœur du grand public. Nintendo a longtemps voulu croire qu'il fallait donner une image familiale au jeu vidéo, une image saine et permettant l'éveil des plus jeunes (il suffit de voir les packages de la NES...), pensant que les parents achèteraient des consoles Nintendo à leurs enfants. Mais les parents n'achètent plus spontanément de jeux vidéo à leurs enfants, non, ce sont les jeunes qui à force de cris et de larmes (et oui j'ai eu ma première game boy comme ça...) obtiennent leur console préférée pour Noël. Et pour charmer l'enfant, il faut lui dire : « achète toi une PlayStation, ça rend cool ! », le gosse pas têtu va la préférer à un slogan lui disant « bonjour, je suis Mario et je suis ton ami ! yahoooooooo ! », parce que forcément, ça rend moins cool, et il va la demander à ses parents pour noël, quand il ne l'achètera pas directement lui-même.
Nintendo, tout en gardant une image saine auprès des jeunes joueurs va donc faire en sorte d'attirer un public plus hostile à la firme, un public déjà conquis par Sony, un public qui a commencé à jouer avec la PlayStation et qui est donc habitué au style de jeu grand public proposé par cette machine. Il va donc falloir voler des parts de marché à Sony et retrouver la formidable assise financière d'antan.

Les limites de cette politique

Iwata va jouer très gros ces prochaines années. Il va changer l'esprit d'une entreprise qui tourne depuis 20 ans sans évoluer (ou très peu) et risque de révolutionner le monde du jeu vidéo. Le problème important est la réaction du public habituel de Nintendo, les gamers, les vrais, ceux qui apprécient vraiment le talent de Miyamoto et la politique conservatrice de Nintendo. Supposons seulement que pour des raisons d'image Mario disparaissait, le grand public lui, ne s'en apercevrait même pas, se contentant des autres jeux. Mais les fans, les vrais, ils bouderaient Nintendo, et même sans forcément éclipser Mario, ce changement de politique vers des jeux plus commerciaux donc plus courts et moins profonds ne risque-t'il pas de faire perdre à Nintendo ses plus grands fans, de dérouter ceux qui espéraient tant de la firme ? Trois issues sont envisageables à ce niveau de la partie :
- Nintendo grignote les parts de marché de Sony tout en gardant les siennes et s'impose de nouveau comme le leader.
- Nintendo perd son public et ne parvient pas à prendre le dessus sur Sony. Nintendo devient éditeur tiers.
- Nintendo se casse les dents mais le public fidèle reste : retour à la case départ.
L'issue de cette future bataille dépendra aussi énormément des relations entre constructeurs et éditeurs, en effet ces derniers sont au moins aussi importants que le constructeur lui-même. Il faudra alors savoir les séduire financièrement, voire même pour Nintendo, d'abandonner toute idée de Royalties ou de contrôle qualité.
Les dés ne sont pas encore jetés mais Nintendo compte bien tirer les bonnes cartes. La Nintendo Différence semble vouloir s'attaquer très fermement au grand public. Echec ou bonne pioche ? Personne ne peut réellement le dire pour le moment, mais comme on dit, la vie est un jeu !