LES RPG DEVIENNENT POPULAIRES, POURQUOI ?
DOSSIER
Thème :
Analyse
Auteur :
Suliven
Date :
29 Novembre 2001
courrier forum chat
signé :
DOSSIER

 

La reconnaissance des RPG en France fut longue et laborieuse, mais même aujourd'hui la situation n'est pas idyllique, beaucoup trop de petites merveilles sortent au Japon sans jamais voir le jour chez nous.

Les RPG deviennent populaires, pourquoi ?

L'évolution des rpg sur le marché européen

L'évolution des rpg sur le marché européen


Seules trois dates suffisent à se rendre compte de l'évolution des rpg sur le marché européen.
Trois dates, 2 jeux, une saga... tout s'explique ainsi.



1994
Final Fantasy VI sort au Japon ! Quelques mois après le jeu sort aux USA sous l'appellation de FF3, ce qui est logique puisqu'il s'agit du 3ème volet de cette saga adaptée aux USA. Ce jeu est un succès sans précédent aux USA, au Japon le jeu s'est fait (de nouveau) battre par Enix qui avait mis sur le marché au même moment Dragon Quest 6. Quoiqu'il en soit une version européenne est à l'étude ! C'est sans doute la première fois où l'on voit la presse spécialisée autant intéressée par un jeu non disponible chez nous, certains magazines proposaient des soluces complètes, des dossiers archis détaillés de 20 pages... Tout ça pour du vent ! Après 6 mois d'incertitude la décision de Square tombe : Non, pas de FFVI pour Europe. Il n'empêche, avec un tel tapage médiatique crée par la presse, les petits européens se sont mit à être un peu plus intéressés par ce genre de jeu.



1997
Final Fantasy VII, que certains appelleront le sauveur de la PS1, arrive enfin en Europe après un passage remarqué au Japon et aux USA. Même si le jeu ne connaît pas vraiment le même succès que dans le reste du monde (moins de 500 000 ventes en Europe contre 3 millions aux USA et de même au Japon), nous avons prouvé que l'adaptation des RPG dans notre coin reculé du monde pouvait être rentable pour les éditeurs !
Un énorme pas en avant avait été fait, dès ce moment beaucoup de jeux de rôles ont passé nos frontières.



2002
Ironie du sort, le 27 février 2002 sort..... Final Fantasy VI en Europe ! Plus de 8 ans après la sortie japonaise de ce jeu on a enfin le droit d'y jouer sur nos télévisions PAL.
Traduction : pour Square, l'Europe était un marché non valable en 1994 pour un jeu au top de la technologie, mais en 2002 ce marché s'avère soudainement intéressant pour une antiquité graphique vielle de 8 ans, bel exploit non ?

Maintenant on peut dire que l'Europe et les Etats Unis sont, à peu de choses près, considérés de la même façon pour la distribution des RPG (du moins pour les meilleurs), alors bien sur les USA sont bien plus rentables (une seule langue, des ventes bien supérieures) que l'Europe mais malgré tout une adaptation ne coûte pas si chère que ça et les quelques ventes européennes suffisent largement à rembourser ces coûts de localisation, et même souvent de se faire un bon bénéfice.

Avant de me faire lapider sur la place publique, je vais parler des quelques RPG qui ont vu le jour en Europe avant FFVII, car pour ceux qui ne savent pas, ce jeu n'est quand même pas le premier jeu de rôle à être sorti en France.
D'abord sur Master System et Megadrive, Sega a développé de nombreux RPG dont certains ont été adaptés chez nous. Même si la liste n'est pas immense on y trouve quand même quelques très bons jeux.

Sur Nes, eu Europe, c'est un peu le désert, par contre sur Super Nintendo il y a un peu plus d'animation. S'il ne fallait en retenir qu'un ça serait peut être Secret Of Mana de Square. D'autres bons jeux ont vu le jour, même souvent traduits en français : Illusion of Time, Secret of Evermore et Breath of Fire 2. Malgré tout dans ce lot seul Breath of Fire 2 de Capcom fait figure de vrai RPG puisque c'est le seul à proposer des combats en tour par tour, les autres titres se classeraient plutôt dans la catégorie des action-rpg. Mais on peut difficilement dire que ces jeux ont permi le développement des RPG en Europe. Secret Of Mana, le plus vendu de ce lot est sorti au même moment qu'Erthworm Jim premier du nom... et c'est le vers de terre qui lui a volé sans problème la vedette aussi bien dans les magazines que dans les rayons.
De son côté, Breath of Fire 2 est sorti en quantité ultra limitée, non traduit, adapté en quatrième vitesse et est sorti dans l'anonymat le plus complet... comme quoi un « vrai » RPG n'a pas vraiment encore sa place en Europe.

Beaucoup de choses ont fait que ce genre, tant apprécié des japonais, soit si mal aimé chez nous.
Déjà le mot « jeux de rôle » fait peur. On est à l'époque où les médias, toujours aussi intelligents et avides de sensationnel, font de beaux reportages sur des jeunes pratiquant ces jeux de rôle en grandeur réel. Au lieu de parler de créativité, de nouveau loisir... les médias s'attardent sur des malheureux morts liés à des jeux de rôles qui ont mal tourné... comme partout il y a des extrémistes, et malheureusement ceux ci ont donné une très mauvaise image aux jeux de rôles. C'est une des raisons qui a entraîné l'extinction du terme JDR et son remplacement par le mot RPG.
On constate exactement la même chose sur les jeux vidéo en général, il y a encore 5 ans des psychologues très intelligents sortaient des analyses extrêmement développées sur le comportement meurtrier des jeunes ayant joué à Doom..... Qu'est ce qu'on ferait pas pour passer à la télévision n'est ce pas ? Mais là je m'égare (enfin j'estime que ce petit coup de gueule devait être passé)
Bref continuons avec le fait que ces RPG sont souvent remplis de culture japonaise à laquelle ont ne comprend pas toujours toutes les subtilités, heureusement, maintenant les développeurs cherchent plus à faire des jeux internationaux, la preuve en est que tout les nouveaux héros de Square ressemblent bien plus à des occidentaux qu'à des japonais.
Enfin le jeu de rôle sur console n'a jamais été (et ne l'est pas encore) eu Europe un style de jeu grand public, alors comment attirer des joueurs en masse si à la base le principe de jeu ne les intéresse pas ? La réponse avec FFVII.

A première vue, sortir FFVII en Europe relevait du suicide ! En effet les rares fans de RPG étaient du côté de Nintendo ou de Sega. Alors que certains attendaient toujours la N64, d'autres s'amusaient sur Saturn sans demander leur reste. Bref la PSX n'avait pas encore attiré les hardcore gamer qui était toujours fidèle à Nintendo ou Sega, son public était composé de jeunes ne demandant rien de plus qu'un nouveau jeu de sport ou de combat, bref il s'agissait surtout du type de joueurs qui se servait de sa console comme passe temps occasionnel et non comme un véritable loisir à part entière.

Comment vendre un jeu de rôle avec un concept compliqué, demandant plus de 40 heures pour en voir la fin à ce public ? Déjà pour attirer ces « joueurs du dimanche » Square et Sony ont eu la bonne idée marketing : des cinématiques en images de synthèse d'une qualité jamais vue ! Ainsi un matraquage publicitaire sans précédent dans l'histoire des jeux vidéos en France a eu lieu. A la télévision on a eu le droit à une grosse pub de 30 secondes ne montrant uniquement (ou presque) des séquences en images de synthèse. Résultat le joueur lambda (voir bêta dans ce cas...) s'est acheté le jeu uniquement pour voir de belles images. Autre fait véridique : de très nombreux acheteurs ont renvoyé le jeu à leur revendeur car il ne correspondait pas à ce qu'ils attendaient ! Ils comptaient jouer à quoi ? Une simulation de surf peut être ? A vrai dire en voyant la boite du jeu on pourrait presque comprendre leur erreur !

Qu'y a t-il sur la boite du jeu justement ? De face pas grand chose, mais ça c'est normal. Sur le dos maintenant on voit une séquence de jeu avec 4 soldats (merci c'est hyper clair), une belle invocation d'Ifrit crachant du feu, 1 image de synthèse (viens par-là pigeon que t'achètes mon jeu avec des belles images !) et enfin Cloud faisant du surf avec comme intitulé sur la photo « Séquences d'action arcade particulièrement intense ! » Traduction, ce n'est pas avec la boite qu'on sait ce qu'il y a dans le jeu.

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Il n'y avait que dans les magazines de JV où l'on pouvait voir des publicités plus en rapport avec le sujet, mais ce n'est pas étonnant, ceux qui lisent ces journaux spécialisés savent à quoi s'attendre avec ce jeu contrairement au joueur bêta qui achète un jeu selon
a) l'avis de ses potes
b) une licence prestigieuse (genre un Fifa avec le nom de tous les joueurs)
c) ce qu'il a vu à la télévision.

Mais en magouillant un peu (et il le fallait bien !) Square a réussi son pari : Les joueurs qui ne connaissaient strictement rien aux RPG sont, la plupart du temps, tombés sous le charme de ce genre de jeu « novateur ». Les adeptes de RPG ne jurant que par Sega ou Nintendo se sont retrouvés forcés à acheter une PS1 pour avoir ce jeu. Le bouche à oreille a formidablement bien marché et ainsi FFVII et son histoire passionnante se sont retrouvés premier sujet de conversation, permettant à Square de booster un peu plus ses ventes.

La machine est lancée, en France et en Europe les adeptes de RPG deviennent de plus en plus nombreux, et les RPG eux aussi verront le jour de plus en plus souvent.

Déjà, concernant la GBA on ne peut qu'être satisfait de tous les RPG en développement et en prévision chez nous. Il n'y a qu'à voir Golden Sun : merveilleux RPG traduit intégralement en français... même s'il a fallut attendre 6 mois entre la sorties japonaise et la sortie européenne.
En tout cas le public a su répondre à l'appel de ce nouveau jeu, et il suffit de voir la publicité française pour se rendre compte que Nintendo place beaucoup d'espoir dans les ventes de ce titre.

Pour la Gamecube, l'avenir est plus flou. Une certitude demeure : la GC bénéficiera de beaucoup plus de RPG que la N64, mais Sony ayant fait découvrir les jeux de rôle au grand public avec FFVII il est logique de voir une grande partie des RPG en cours de développement rester des exclusivités PS2 (FFX, Suikoden 3, Wild Arms 3, Star Ocean 3, Xenosaga... la liste est longue). Mais Nintendo essaie de changer la donne, déjà en négociant pour obtenir Dragon Quest 8, même s'il y a fort à parier que ce jeu sortira au minimum sur GC et PS2. Mais surtout Nintendo a su attirer des développeurs très axés dans le développement de RPG : Camelot, Brownie Brown, Quest.... Il y a encore 5 ans ces futurs RPG n'auraient sans doute pas dépassé les frontières japonaises ou américaines, ce qui fut le cas avec Ogre Battle 64, un des rares RPG de la N64 qui n'a jamais vu le jour chez nous. Mais aujourd'hui tout est différent et on peut vraiment espérer voir ces futurs RPG sortir en Europe.

D'ailleurs, il y a 5 ans l'annonce du retour de Square sur GC n'aurait pas été aussi intéressante qu'aujourd'hui, car il y a 5 ans les futurs jeux Square ne seraient sans doute jamais sortit chez nous, aujourd'hui on s'étonnerait plutôt de ne pas les voir en Europe.

La situation s'arrange mais on est toujours loin du Japon et des Etats Unis, ainsi la plus grande saga RPG au Japon, j'ai nommé Dragon Quest, n'a jamais vu le jour en Europe, mais a déjà été localisée aux USA. Aussi, si le marché européen est aussi grand que l'américain on ne peut que déplorer les ventes médiocres des RPG chez nous. Simple chiffre : Square a vendu 2 500 000 FFX au Japon, les prévisions américaines font état de 2 millions de ventes et en Europe c'est seulement 500 000 unités qui devraient trouver acheteur.



Mais l'apparition de FFVI sur PS1 change la donne : Alors bien sur le jeu est à 15 euros et il contient une démo de FFX, mais quand même Square a prévu d'en vendre 100 000 exemplaires ! Pas mal pour une antiquité !

Pour finir : peut-on critiquer l'attitude de Square avec le marketing FFVII ? Sans doute pas. Pour que les RPG soient plus connus en Europe il fallait sans doute passer par cette méthode publicitaire somme toute brutal, mais nécessaire. C'est grâce à cela que ce genre de jeu a vraiment vu le jour en Europe. Square à osé et il a réussi son pari, maintenant un nouveau défi est entre leur main : le développement des RPG massivement multi-joueur (MMORPG) avec FFXI prévu prochainement au Japon.