En
matière de shōnen, One Piece, comme Dragon Ball ou Naruto, fait figure
de référence pour proposer des histoires à rallonge et un nombre
considérable de tomes ou d’animés. De même, ces trois séries sont
celles qui ont engendré le plus d’adaptations vidéoludiques. En
revanche, à l’inverse des deux dernières citées, One Piece ne connut
pratiquement aucune localisation en Europe si ce n’est Grand Adventure
sorti sur PS2 en 2006. Sur Wii, alors que les fans attendent en
première instance que Unlimited Adventure soit localisé aux États-Unis
ou en Europe, le 11 septembre 2008 est sorti au Japon le nouvel opus :
Unlimited Cruise. Toujours développé par Ganbar !on et édité par Namco
Bandai, il a la particularité d’être découpé en deux épisodes ; le
second sortant en fin d’année. Cela dit, le premier, sous-titré 波に揺れる
ou Nami ni yurero hihou, littéralement « le trésor secoué par les
vagues », suscite-t-il déjà un quelconque intérêt ?
Brièvement,
pour les non connaisseurs de la série, One Piece narre l’histoire de
Monkey D. Luffy, un garçon qui rêve depuis sa tendre enfance de devenir
pirate et si possible le roi des pirates. Ce rêve fut notamment nourri
durant son enfance par sa rencontre avec un célèbre capitaine pirate,
Shanks le Roux. Ce dernier le sauva en effet d’un monstre marin et lui
offrit par la même occasion son chapeau de paille ; aux yeux de Luffy
le trésor le plus précieux qui puisse exister. Afin de devenir le roi
des pirates, Luffy se met en tête de retrouver le One Piece, un
colossal trésor amassé par un pirate légendaire : Gold Roger. Capturé
par la Marine qui lutte contre la piraterie, Roger avoua l’existence de
ce trésor le jour de son exécution et clama que celui-ci appartiendrait
au premier qui mettrait la main dessus. Une des particularités du gamin
est d’avoir malencontreusement mangé durant son enfance un fruit appelé
« Fruit du démon » rendant son corps complètement élastique. Durant son
périple à la recherche du One Piece, Luffy rencontre de nombreuses
personnes qui deviendront amies avec lui, formant alors l’équipage des
« pirates au chapeau de paille », acquiert différents navires et en
découd avec d’autres pirates aussi à la recherche du One Piece ainsi
qu’avec la Marine.
Le scénario de Unlimited Cruise est inédit et
se déroule juste après que Luffy ait intégré dans son équipage Brook,
musicien et ancien membre des « Rumba Pirates ». Alors que le Thousand
Sunny vogue vers sa future destination, Luffy et sa joyeuse équipe
essuient une violente tempête et se rendent vite compte qu’elle semble
être causée par une sphère de lumière verte flottant et tournoyant au
cœur d’un cyclone. Grâce aux capacités de son navire et à ses pouvoirs,
Luffy parvient finalement à l’atteindre et à stopper net la tempête. En
revanche, il est projeté dans une autre dimension pour se retrouver
face à l’orbe luminescente. Une voix se fait aussitôt entendre et
demande à Luffy s’il serait prêt à accepter le présent qu’elle
souhaiterait lui faire. Attiré par l’appât du gain, il accepte la
proposition. D’un coup, le vide. Une île émerge alors de l’océan avec
un arbre en son centre. Luffy se réveille sur cette dernière et, alors
qu’il s’attendait probablement à voir s’abattre sur lui une pluie de
pièces d’or, voilà qu’il se fait bouffer la main droite par une
créature limite boulet mais bien déjantée du nom de Gabri. L’orbe lui
explique alors qu’il va devoir mériter ce cadeau en résolvant les
mystères entourant cette île en compagnie de Gabri. Aussitôt, elle
expulse dans les airs les deux nouveaux compagnons ainsi que quatre
mystérieuses graines géantes qui vont au contact de l’eau former quatre
autres îles. Commence alors pour les pirates aux chapeaux de paille une
chasse aux trésors à travers ces différentes îles ; l’occasion aussi de
découvrir les vestiges d’une civilisation perdue ainsi que
d’éventuelles réponses sur les origines de Gabri et de cette
mystérieuse orbe.
La croisière s'amuse
Unlimited
Cruise est un action-RPG ; du moins sur la jaquette. Ainsi, Luffy et
ses compagnons évoluent à travers les différentes îles du jeu (cinq en
tout) dans des décors en 3D à la manière des récents Zelda sur console
de salon. Le tout est parfois agrémenté de quelques passages
plate-forme. L’ensemble de l’équipage est jouable, soit un total de
neuf personnages interchangeables à tout moment vu qu’un seul peut être
utilisé à la fois. Gabri est exclu de ce casting. Au cours de leurs
pérégrinations, les pirates vont rencontrer des créatures hostiles de
type végétal prenant l’apparence d’ennemis familiers dans l’univers One
Piece ; les boss étant assimilés aux bad guys de la série comme Eneru,
Kuro ou bien Krieg… Les combats comme dans tout bon action-RPG se font
en temps réel. Chaque héros a son utilité durant les combats : Zoro ou
Sanji sont idéaux face à des groupes d’ennemi, Brook pour des combats
un contre un ou bien encore Usopp pour le combat à distance.
Évidemment, chacun a un temps de réaction : Luffy est équilibré, Franky
frappe fort mais est extrêmement lent ; inversement pour Nami. Tous
possèdent deux jauges : une jauge de Health Points (HP) pour les points
de vie et une jauge de Skill Points (SP) servant pour les coups
spéciaux se rechargeant après un court laps de temps une fois épuisée.
Dès lors que la barre de HP d’un héros est vide, il n’est plus jouable
et il faudra retourner à bord du navire pour qu’il soit à nouveau sur
pied.
Au début de l’aventure, la palette de mouvements de chacun
des pirates est assez restreinte. Cependant, en abusant de ces
différents coups, ils augmentent en niveau de puissance ;
déverrouillant alors de nouveaux coups (spéciaux ou non) ainsi que des
compétences propres à chacun des protagonistes. Nami pourra par exemple
voler les objets en possession de l’ennemi. Durant les combats apparaît
sur le côté droit de l’écran une liste de coups. Si ces derniers sont
tous exécutés, l’ordre n’ayant aucune importance, les héros entrent en
mode « Break Rush », occasionnant plus de dégâts à l’adversaire mais
aussi seul moyen de récupérer des bonus de HP, SP ou les précieux
objets laissés par ce dernier une fois terrassé. À noter qu’il n’y a
aucun système de point d’expérience.
Maintenant, venons-en à la
pierre angulaire : la collecte d’objets en tout genre. En réalité,
Unlimited Cruise fait plus penser dans son principe à un dungeon-RPG
avec le Sunny comme point de ralliement (et unique lieu de sauvegarde)
et des îles faisant office de donjons ; la transition entre les deux se
faisant à l’aide d’une chaloupe. Pour ainsi dire, tous les objets du
jeu peuvent être ramassés. S’en distinguent la faune et la flore ou
bien divers minerais et métaux. Là encore, les héros ont quelques
spécificités : Zoro pourra couper des lianes ou des tiges de bambou
alors que Usopp pourra récolter les pétales de plantes explosives après
leur avoir tiré dessus. Ces objets vont servir à différentes causes.
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Premièrement,
au cours de l’aventure, Sanji, Chopper et Usopp vont chacun acquérir
une compétence très utile. Sanji va pouvoir mitonner des petits plats à
l’équipage pour augmenter de manière définitive les barres de HP et SP
de chacun alors que Chopper va pouvoir créer diverses gélules et
potions (pour restaurer les barres de HP et SP par exemple). Usopp va
quant à lui inventer un tas d’ustensiles utiles pour progresser à
travers les différentes îles comme l’aspirateur qui permettra d’aspirer
les vapeurs toxiques de certaines plantes ou bien encore une pioche
pour creuser à travers les blocs rocheux obstruant le passage. Le filet
à papillon permettra la capture de l’ensemble des créatures terrestres
(insectes ou mammifères) alors que la canne à pêche celle d’une
panoplie de bestioles marines, pouvant d’ailleurs être exposées dans
l’aquarium du bar du Sunny. En revanche, chaque création nécessite
d’avoir avec soi certains objets en plusieurs exemplaires, disponibles
sur les différentes îles ou résultants de créations antérieures. De
plus, il faudra être à bord du Sunny pour entamer le processus. Les
objets crées sont utilisables en les dégageant de l’inventaire général
et en les plaçant dans des sacoches qui sont commutables via la touche
directionnelle droite de la Wiimote ; les autres touches servant à
sélectionner les objets contenus à l’intérieur (au nombre de trois). Se
servir des inventions d’Usopp sera l’occasion de se servir quelque peu
des capacités de la Wiimote.
Second et dernier point, les objets
récupérés vont servir à la mise en œuvre de chantiers (via
l’intermédiaire de Franky) ou à Gabri pour utiliser ses pouvoirs cachés
dans le but de débloquer une situation impliquant que Luffy et les
autres ne peuvent plus continuer leur exploration. Dans les deux cas,
il s’agit de récupérer des objets en quantité définie mais aussi de
faire appel aux pouvoirs élémentaires de Gabri qui devront avoir un
certain niveau de puissance, le nivellement étant symbolisé par des
jauges. Pour cela, les différents objets amassés doivent être convertis
en énergie (Gabripoints), ces derniers étant affiliés à un ou plusieurs
éléments (feu, eau…) remplissant alors les jauges en plus ou moins
grande quantité. Pour corser un peu le tout, à la manière d’un
traditionnel dungeon-RPG, l’inventaire ne peut contenir qu’un nombre
limité d’objets ; impliquant de devoir faire de nombreux allers-retours
entre les îles et le Sunny.
ICEBERG : 1, PIRATES : 0 Techniquement,
le jeu est plutôt agréable, la modélisation des divers protagonistes
(alliés comme ennemis) est réussie. La première île est superbe et l’on
a du mal à croire que l’on est sur Wii tellement sa modélisation est
impressionnante. Hélas, arrivé aux autres, on s’aperçoit que celle-ci,
somme toute très correcte, est bien plus sommaire et les textures sont
bien moins détaillées. De même, les environnements sont peu originaux
(la jungle, l’île désertique, polaire, volcanique). Le jeu accuse aussi
souvent des ralentissements et l’on distingue aussi nettement des
effets d’escalier (aliasing) et de scintillements. De plus, les temps
de chargement entre le Sunny et les îles sont parfois longs (pouvant
atteindre les 10 secondes). Ces lacunes techniques ne sont cependant
pas réellement gênantes. Les personnages sont très bien animés et les
fans de One Piece seront heureux de voir que les coups de leurs héros
et bad guys préférés sont bien présents. Histoire de les combler un peu
plus en même temps que de les rassurer, les doubleurs sont les mêmes
que ceux qui ont travaillés sur la version animée et les OAV's. De
même, la musique restitue l’ambiance de la série animée et colle bien à
chaque lieu visité par Luffy et ses compagnons. La maniabilité est au
petit soin. Les coups sortent tout seuls, sont simples d’exécution. Les
différents menus du jeu sont très graphiques, rendant le gameplay
facile à appréhender. La connaissance du japonais n’est pas
indispensable pour finir le jeu et profiter de l’aventure. Sur ce
dernier point donc, il est accessible à un fan de One Piece non
japanophone qui n’en peut plus d’attendre de voir sa série favorite
localisée en Europe.
Mais qu’en est-il de la compréhension du
scénario alors ? C’est simple, inutile de se prendre la tête, il n’y en
a pas. À vrai dire, à moins d’arriver à la dernière île du jeu, le
scénario tient globalement dans le résumé de la première partie du test
; sachant qu’il ne s’agit là que de la description de l’introduction du
jeu qui dure moins de cinq minutes. Qui dit civilisation perdue
implique, dans le cas d'Unlimited Cruise, une absence totale de PNJ ;
du moins de PNJ qui ne soient pas vindicatifs vu la quantité d’ennemis
à affronter. Certes, Nico Robin traduira de temps en temps des stèles
relatant l’existence et les coutumes de cette civilisation mais rien de
bien significatif. La plupart des dialogues entre les héros
s’articulent toujours sur les mêmes points : « On va devenir riche » ou
« Allons vite sur l’autre île voir si des trésors nous y attendent ».
Bien sûr, l’humour propre à One Piece est omniprésent dans les
dialogues mais cela ne suffit pas à leurs ôter leur aspect inutile. Ce
relatif manque de profondeur scénaristique ne permet pas une
implication totale dans le jeu ; d’autant que les défauts du titre ne
se limitent pas seulement à ça.
L’autre défaut de UC est son
côté dungeon-RPG ultra répétitif qui, dans le cas présent, est
exaspérant. Le jeu souffre du syndrome « pigeon voyageur ». Vu la
quantité astronomique d’objets pouvant être ramassés, on se retrouve
très vite avec un inventaire plein impliquant de devoir faire demi-tour
pour retourner au Sunny. Par ailleurs, côté gonflant au possible, au
moment de devoir utiliser les pouvoirs de Gabri ou faire appel à
Franky, on s’aperçoit que l’on a les bons objets mais en nombre
insuffisant. Donc, retour au bateau quand ce n’est pas, dans le pire
des cas, sur les autres îles ; les objets nécessaires n’étant
généralement pas trouvables sur l’île que l’on explore actuellement.
L’aller-retour rien que pour trouver le précieux sésame est un calvaire
qui donne l’impression de durer une éternité. Idem pour les conversions
en énergies élémentaires qui demandent des quantités colossales
d’objets. Alors oui, il est possible, via l’utilisation de
lance-pierres géants, de retourner directement à la chaloupe et, une
fois que Franky aura installé sur le Sunny un canon sur le pont, de se
catapulter à des endroits précis des îles. Cependant, dans les deux
cas, les localisations géographiques ne sont pas optimum et le syndrome
pigeon voyageur persiste.
Enfin, les combats achèvent le tout.
En surnombre, il est impossible de faire deux pas sans avoir à en
engager un. Le problème est que les ennemis sont aussi actifs que des
briques. Ils leur arrivent parfois de rester plantés comme des piquets
ou de ne faire que se mouvoir ; attendant de se faire massacrer.
Lorsque ce n’est pas le cas, ces derniers semblent donner l’impression
d’être en apesanteur tellement leurs réactions semblent lentes en
comparaison des héros. En conséquence, les combats sont mous,
soporifiques et, de part leur fréquence, deviennent très vite soulants.
Sans compter que des problèmes de caméra les rendent brouillons pour ne
pas dire autre chose, notamment durant les combats contre des boss
comme Krieg ou Kuro.
Aussi, des secondes paraissent des minutes
au vu de tous ces défauts. Pourtant, le jeu n’est pas bien long. Il
faut en effet moins d’une vingtaine d’heures pour en voir le bout ; du
moins en n’explorant pas les îles à 100%. En effet, elles ne peuvent
être complètement visitées lors d’un premier passage. C’est en créant
de nouvelles inventions à partir d’objets récupérés dans les îles
suivantes que l’on pourra achever un chantier ouvrant un accès à un
lieu précédemment interdit d’une île dont on a déjà foulé le sol.
Généralement, cela revient par finalité à affronter un boss caché
(comme Buggy le Clown par exemple). Les plus courageux devront compter
plus d’une vingtaine d’heures pour clore l’aventure et bien plus s’ils
veulent terminer le jeu à 100% en ramassant tous les objets ou bien
encore en augmentant au maximum tous les coups des différents héros.
Une fois le jeu terminé, de nouveaux niveaux de difficulté seront
disponibles ainsi qu’à un mode Survival. Un mode Team Battle est lui
aussi disponible mais s’avère peu intéressant vu que la jouabilité
n’est pas vraiment adaptée à un jeu de baston.
L’ensemble des
bonnes idées du titre se retrouve donc occulté par ces trop lourds
défauts. D’un autre côté, elles étaient également présentes dans
Unlimited Adventure. Aussi, le soft se voit accablé par un total manque
d’innovation.
En conclusion, à moins d’être un fan absolu de One
Piece et de dungeon-RPG, difficile de trouver son bonheur avec cet
Unlimited Cruise. Avec une absence totale de scénario, un côté ultra
répétitif et des combats ennuyeux au possible, il n’intéressera
probablement que ceux qui ont apprécié le précédent opus Wii. Il est
évident que l’ensemble n’incite pas vraiment à l’achat de l’épisode 2
qui conclut l’aventure et qui aurait peut-être apporté un scénario plus
dense. |