Cela fait maintenant plus de huit ans que son succès en librairie a
fait de Harry Potter bien plus qu'un héros de roman. Ce jeune sorcier
est devenu un héros de film, de jeux de société, de jeux de cartes,
mais aussi, et c'est cela qui nous intéresse aujourd'hui, de jeux
vidéo. La grande majorité de jeux tirés de l'univers Harry Potter étant
des adaptations des films, il semblait inévitable que le sixième
épisode retraçant la sixième année de Harry à Poudlard, l'école des
sorciers, fasse de même. On a donc encore droit à une adaptation du
film. Mais les développeurs nous ayant promis des rajouts venant du
livre, ainsi qu'une Wiimote qui nous servirait de baguette magique, on
ne peut qu'espérer le meilleur pour Harry et ses copains qui,
apparemment, nous veulent du bien.
Reducto !Les films
Harry Potter, ainsi que de nombreuses adaptations de romans sur le
grand écran, nous ont appris que jamais, au grand jamais, nous n'aurons
la totalité de l'histoire du livre condensé en un seul film. On
comprend le problème et on l'accepte. Le point négatif de cette
histoire c'est que, finalement, les jeux Harry Potter ne faisaient que
reprendre l'histoire tronquée du livre que nous offrait le film. Alors
qu'un jeu a, lui, la possibilité de nous présenter bien plus d'éléments
qu'un simple film. Les développeurs de chez EA ont donc pris
rendez-vous avec les fans en annonçant fièrement qu'ils avaient rajouté
des passages du livre au jeu.
C'est donc avec une certaine
impatience, que l'on se demande bien quels sont les passages occultés
par le film que l'on va pouvoir vivre ici. C'est donc avec beaucoup de
déception qu'on s'apercevra que les ajouts, ne sont en fait quasiment
que de la publicité mensongère. Les scènes « tirées du livre » n'ont
aucun impact sur l'histoire et ne permettront en aucun cas d'en
découvrir plus sur l'univers de notre sorcier préféré. Pire que ça, les
scènes rajoutées sont parfois inexistantes dans le livre et ne sont là
que pour augmenter la durée de vie du jeu. Celles qui, en revanche,
sont tirées du livre et absentes du film comme certains matchs de
quidditch sont tellement navrantes, comme on le verra plus loin, qu'on
aurait préféré ne pas avoir à les jouer.
Mais bon, l'histoire étant
à peu près bien retranscrite dans le film on pouvait s'attendre à une
narration à la hauteur dans le jeu. Or il n'en est rien. On ne pourra
comprendre pleinement l'histoire que si l'on a visionné le film. En
effet, les événements sont tellement décousus, les dialogues tellement
peu vivants, qu'on aura du mal à « raccrocher les wagons ». Si l'on
ajoute à cela une mise en scène totalement exécrable on a du mal à
imaginer qu'un gamin de douze ans, n'ayant ni vu le film ni vu le
livre, puisse comprendre quelque chose aux événements se déroulant sous
ses yeux. Exemple de scène particulièrement confuse : au moment où
Harry lance le sort « Sectum Sempra » sur son adversaire, sort
normalement mortel engendrant une blessure digne de celle d'une épée à
deux mains, on verra juste l'adversaire tomber hors du cadre et se
faire soigner par un professeur. Rien de plus, rien de moins. Pas une
goute de sang et pas une seule explication.
Mais comment une telle
scène à telle pu être réalisée ? Les réalisateurs de jeux ne sont pas
sensés être metteur en scène mais, tout être normalement constitué
essaierait de créer un récit compréhensible par son prochain ! Bref
Harry, ou plutôt ses concepteurs vidéoludique, ne savent pas raconter
sa fabuleuse histoire. Heureusement un jeu n'est pas fait que de ça...
Beau comme une baguette taillée au hachoir Les
jeux Harry Potter n'ont jamais repoussé les limites techniques des
consoles sur lesquelles ils étaient créés. Mais on avait quand même le
droit à une réalisation correcte, sans plus. Il faut croire que ce
temps là est révolu. On a aujourd'hui le droit à des décors de qualité
acceptable et de taille plus que correcte, ainsi il sera facile de se
perdre dans le château. De plus on pourra noter que la progression dans
ces décors se fait presque sans temps mort étant donné que les temps de
chargement sont particulièrement courts voir même intégrés à notre
temps de jeu. Mais là où Harry bat des records, c'est bien dans sa
propre réalisation ou dans celle de ses camarades. On reconnaît les
acteurs. Ce qui est déjà pas mal quand on sait que leurs cheveux
ressemblent à un tas de polygones informes (Dumbledore en tête) et que
leur visages ont l'expression de poissons en train de crever dans un
évier. On est habitué à ce que la Wii ne nous donne pas des miracles,
mais elle est, à minima, aussi puissante qu'une PS2 qui a pu produire
les personnages de FFX ! Alors on veut bien être tolérant avec la Wii,
mais là, même contre des jeux vieux de plus de sept ans, les
personnages sont de mauvaise qualité. De plus, rien ne rattrape la
modélisation plus que douteuse de ces personnages. Les décors sont
banals, les effets lumineux des sortilèges sont ternes. Bref, du moyen
ajouté à de l'exécrable, ce n'est pas très reluisant.
Les musiques
en revanche sont tirées du film, et donc, d'assez bonne qualité. On ne
s'en souviendra pas vraiment mais leur présence nous aidera à nous
transporter dans l'univers. Petit point positif tout de même : la
musique présente lorsque Harry boit de la chance liquide a été
extrêmement bien faite. Un plus qui ne compense pas, en revanche,
l'impact de la réalisation bâclée des personnages sur l'ensemble du jeu. On
notera tout de même un effet sympathique, à savoir le flou autour de
l'écran lorsque Harry sprinte. Bizarrement on à l'impression d'être
plus rapide comme ça que sur un balai quand on joue au quidditch mais
bon...
Une baguette en vrai bois de Wiimote Le scénario
n'est pas là, les graphismes non plus. Un dernier point peut sauver
Harry : son gameplay qu'on nous promettait réalisé de manière à ce que
l'on ait l'impression d'avoir une baguette dans la main plus qu'une Wiimote. Disons le tout de suite, la promesse est cette fois presque
totalement respectée. On prendra plaisir à faire voler une multitude
d'objets à travers les pièces via quelques coups de Wiimote. On pourra
d'ailleurs tout aussi bien casser puis réparer ces objets sans préavis
ni difficulté. Bref, dans notre exploration de Poudlard on sera tout de
même assez libre dans nos actions et on ne mettra pas longtemps pour
retenir comment faire les différents sortilèges et ceci pour deux
raisons. La première c'est parce qu'ils sont faciles à exécuter et
assez instinctifs. La deuxième parce que seuls trois seront à notre
disposition durant les phases d'explorations. Mais le jeu est tout de
même plus riche que cela. Ce mode n'est en fait qu'un pont entre toutes
les autres manières d'utiliser la magie. |
Ce sont les duels de
magie qui constituent la principale (et la plus redondante donc un peu
ennuyeuse à la fin) manière d'utiliser la magie. Durant ces duels vous
serez mis dans une vue à la mode Resident Evil 4 (ou 5) mais d'un peu
plus loin. Vous aurez alors la possibilité de vous déplacer, plutôt
lentement, d'esquiver et de jeter des sorts à votre adversaire. Au
début du jeu vous n'aurez que peu de sorts à disposition mais cela vous
permettra de vous familiariser avec la mécanique de jeu, qui est plutôt
simple. Ensuite s'ajouteront à votre panoplie deux nouveaux sorts
puissants ainsi que la possibilité de charger votre sort de base. Même
limité ce programme aurait pu être alléchant s'il n'avait pas été
entaché par les défauts du combo Nunchuk/Wiimote.
En effet, tant que
vous n'avez qu'un sort puissant tout va bien. Vous faites le sort de
base en secouant la Wiimote et le puissant en envoyant simultanément le
Nunchuk et la Wiimote vers l'avant. Vient ensuite le sort de protection
qui s'exécute en croisant les deux accessoires. Là on rentre déjà en
conflit avec le premier sort puissant et vous vous retrouverez donc à
faire l'un ou l'autre, au hasard, quoi que vous fassiez comme
mouvement. Quand on ajoute à ça un dernier sort à exécuter en levant la
Wiimote et le Nunchuk simultanément on ne s'en remet plus qu'au destin
pour que le jeu daigne faire le sort qui nous arrange. Ce mode n'est
donc pas catastrophique, car il possède un certain dynamisme et des
possibilités, mais il se retrouve très vite limité par ce faible nombre
de possibilités et par la petite surface qui nous est accordée pour
combattre.
Autre manière pour Harry d'utiliser ses dons pour la
sorcellerie : faire des potions. Bien plus développée que dans les
épisodes précédents, cette discipline fera ici très bonne figure.
Malgré un principe on ne peut plus simple, à savoir mettre les
ingrédients dans le bon ordre et en bonne quantité dans un temps donné,
on pourra quelque peu s'exalter pour nos potions virtuelles. En effet,
on aura seulement quatre actions différentes à disposition pour les
faire. Verser un ingrédient dans notre mixture, mettre un morceau de
quelque chose dans cette mixture, la remuer ou la faire chauffer. On
devra donc suivre la liste des actions qui nous sont indiquées, tout en
chauffant, remuant, ou ajoutant le bon ingrédient et en bonne quantité.
Mais la tâche se complique quand les ingrédients que l'on a à
disposition sont nombreux et que le temps vient à manquer. Surtout que
chaque erreur fera apparaître une épaisse fumée que l'on sera obligé de
dissiper via le Nunchuk, se qui nous fera perdre de précieuses
secondes. De plus, des actions comme chauffer la potion ou la remuer
vous demanderont des efforts considérables si vous voulez faire un bon
chrono. Alors, certes, encore une fois on fera beaucoup (trop ?) de
potions au cours du jeu, mais le challenge étant finalement bien
progressif sans être trop bas, on prendra plaisir à confectionner les
différents filtres magiques possibles.
La dernière « discipline » du
jeu, celle où Harry excelle dans le monde des sorciers, est celle où il
pèche le plus dans le jeu : le quidditch. Le quidditch, sport phare dans
Harry Potter, a même eu droit à son propre jeu vidéo en 2003. Et même
si le jeu ne brillait pas vraiment, il restait « honnête » dirons nous.
Ici c'est tout à fait autre chose. Le quidditch ne se résume qu'à avoir
le rôle de l'attrapeur pour capturer le Vif d'or. Pour cela on aurait
bien sûr pu imaginer plusieurs phases de jeu : trouver le vif d'or, s'en
rapprocher, l'attraper. Simple mais efficace, étant donné que le jeu
n'est pas une « simulation de quidditch ». Mais rien de tout cela ne
nous sera offert. Dans ce sixième épisode on ne pourra que suivre le
vif d'or et s'en rapprocher en passant dans des anneaux. On aura aucune
liberté d'action et en fait ce mode ne sera qu'une sorte de Rail
Shooter, sans les armes. On ne fait que pointer la Wiimote au bon
endroit de l'écran puis, à un certain moment on récupère le vif d'or.
Et si on loupe trop d'anneaux, on perd. Bref après avoir subi ce mode
de jeu une fois, dès le début de l'histoire, on fera notre possible
pour l'éviter tellement ces phases sont ennuyeuses. Mais, comble du
malheur, EA ne nous laissera pas en paix. On devra subir, avant chaque
match une « séance d'entrainement ». Séquence qui, finalement, se
révèle être comme un match avec quelques obstacles en plus qui ne
feront aucune différence. On notera d'ailleurs que le vif d'or semble
s'arrêter quand on percute un obstacle, comme s'il nous attendait. Pour
conclure, ennuyeux et mal réalisé, évitez à tout pris le quidditch de
Harry Potter 6 !
REDUCTO !!!! Mais alors, que dire sur ce
Harry Potter mal réalisé, avec des modes de jeu plutôt monotones ? Et
bien ne vous en faites pas, si la fabrication de potions aurait pu être
ennuyeuse avec le temps, ici il n'en est rien! Pourquoi ? Simplement
parce que le jeu a une durée de vie d'un peu plus de quatre heures !
Presque deux fois la durée du film ! Pas mal hein ? Alors comment
pourrait-on s'ennuyer (quidditch exclu) dans un jeu vidéo que l'on
termine en une soirée ? Alors bien sûr, cette durée de vie ne prend en
compte que le temps pour finir l'histoire. Et qu'on ne me fasse pas
croire que débloquer plus d'une centaine d'emblèmes de Poudlard
augmente la durée de vie du soft car personne n'essaiera de faire ça
tellement ce serait long et quasiment impossible sans solution. À coté
de ça on pourra évidemment refaire tout les différents modes de jeux
que l'on a débloqués durant l'histoire, mais avec la tonne de duels
magiques qu'elle nous propose, on n'y reviendra pas. On ne reviendra
évidemment pas non plus sur le quidditch à part si l'on a des
difficultés pour dormir. Et, finalement on ne reviendra pas sur la
confection de potions, car, même si c'est marrant et bien réalisé, ce
n'est pas non plus l'aventure du siècle. On pourrait toujours espérer
passer un peu de temps sur les duels de magie à deux, mais la mode
étant ce qu'elle est, on aura pas le droit à un écran splitté. Un des
deux joueur sera donc irrémédiablement en arrière plan ce qui le
desservira un maximum. De plus la maniabilité étant ce qu'elle est, on
ne s'accrochera pas.
En conclusion, Harry Potter est un bon
divertissement pour les gens qui ne sont pas trop exigeants. Mais débourser une cinquantaine d'euros pour, soyons généreux, six heures grand maximum
d'amusement mesuré... c'est tout de même cher payé. Alors à deux, voire
cinq euros, pourquoi pas ? Là, l'achat sera rentabilisé. Mais plus, cela ressemble d'avantage à du vol organisé par EA qu'à de la vente de jeu vidéo. |