Konami est un éditeur habitué à nous livrer des jeux de qualité. Ceci
étant dit, on peut maintenant se demander pourquoi il continue à éditer
des jeux qui ne sont pas à son image. La série Lost in Blue dans le cas
présent, habituée à la console portable de Nintendo et non sa grande
sœur à la manette virevoltante, revient une fois de plus prouver son
incapacité à changer de formule malgré tout le mal qu’en pensent les
joueurs. Et c’est là qu’on se demande ce qui est passé par la tête des
développeurs chez Hudson Soft. Heureusement pour eux, Konami ne semble
pas avoir pris la peine de tester le jeu avant de le livrer dans le
commerce…
Lost in Blue, pour rappel, est une série qui a débuté
sur DS il y a de cela bientôt quatre ans. À l’époque, le principe était
novateur et fortement approprié aux capacités de la console : aider un
ou deux rescapés abandonnés sur une île déserte à survivre, en
développant leur sens de la chasse pour tout ce qui s’avère être un
nécessaire vital. En bref, manger, boire, dormir et, bien entendu,
trouver un moyen de quitter cet enfer paradisiaque. Une antinomie qui
nous est resservie chaque année peu ou prou identique à la précédente
aventure, avec ses mêmes qualités, ses mêmes défauts. Lost in Blue:
Shipwrecked marque la quatrième tentative du studio à nous faire gober
une copié-collé, cette fois-ci sur console de salon, de sa célèbre
franchise. Alors évidemment on se doute que la maniabilité sera
différente, que la Wiimote servira à accomplir divers mini-jeux pour se
sortir des pires situations mais, dans le fond, on redoute, et à
raison, une fausse suite.
Premières secondes de jeu et le
constat s’impose de lui-même. C’est moche, à tel point qu’on se demande
comment les développeurs ont pu faire pire en 2008 qu’un Ocarina of
Time d’il y a dix ans. Le comble étant cette cinématique d’introduction
qui devrait sûrement figurer au panthéon des cinématiques les plus
ridicules au monde. Aidan et son pote Hobo, un petit singe, sont à bord
d’un navire de croisière qui soudainement prend feu sans explication.
Tout le monde évacue sauf une jeune fille et son chien qui préfère
rester à l’intérieur parce que le monsieur de la sécurité indique, je
cite, « que le chien ne peut pas venir dans le canot de sauvetage ». On
se demande d’ailleurs pourquoi vu l’espace libre restant dans ledit
canot. À noter que, débordant d’humanité, ce même homme décide de faire
partir le canot et de laisser la jeune fille à bord, sans même y
réfléchir à deux fois. Aidan, quant à lui, a pu quitter le navire se
noyant sous les eaux grâce à ce même canot mais, malheur, l’hélice de
l’embarcation se coince et décide d’aller jeter un œil. Une vague, des
remous, et le voilà tombé à la mer avec pour seul réconfort, sa valise
remplie du strict essentiel : des bouteilles d’eau, un sac et un
briquet. Cette cinématique étant marquée par l’absence de dynamisme et
un doublage catastrophique ponctuant seulement une phrase sur cinq
(allez savoir pourquoi), les développeurs auraient pu se contenter d’un
prologue écrit de deux lignes. |
Heureusement, le cœur du jeu ne
résidant pas dans ses prouesses scénaristiques, on s’attaque au vif du
sujet assez rapidement : survivre sur une île déserte et la quitter par
tous les moyens. Accompagné de votre singe Hobo qui a survécu au
naufrage en se servant de votre épaule comme d’une planche à voile,
Aidan doit alors se mettre en chasse de nourriture. Les noix de cocos
sur les arbres, à secouer soit à la Wiimote et au Nunchuk, ou en
envoyant Hobo grimper les chercher en passant dans une vue subjective
complètement désuète… les grappes de fruits qui jonchent les sols
fertiles de l’île à cueillir, les plages à fouiller à coup de Wiimote
pour creuser et espérer tomber sur une moule, une huître, un crabe ou
autre… des activités qui pour la plupart se transforment en mini-jeux
pas spécialement profonds, qu’il est possible de pratiquer avec un ami
une fois débloqués en passant par le menu principal. À la manière des
Sims, il faut veiller à ce que son personnage ne finisse pas envoyé ad
patres par un manque de calorie, d’hydratation ou de sommeil. Les
jauges représentées sur le haut de l’écran indiquent un pourcentage à
maintenir et lorsqu'on apprend qu’un deuxième personnage à gérer
viendra se coller aux basques du premier et qu’il faudra également le
gérer, on commence à prendre peur.
En effet, les développeurs
semblent avoir oublié que raconter une histoire c’est bien, mais qu’il
est très vite facile de l’étouffer sous un mécanisme lourdingue tel que
celui-ci. Gérer la survie des protagonistes pourra donc en décourager
plus d’un tant elle prime sur l’aventure principale et qu’au final, on
passe le plus clair de son temps à ramasser des noix de coco ou à boire
aux ruisseaux qu’à trouver un moyen de quitter l’île. Frustrant. Le
deuxième personnage étant Lucie, la jeune fille abandonnée avec son
chien Max sur le navire qui se sont retrouvés à leur tour sur une île.
Les débuts avec Aidan et son singe Hobo sont une partie de plaisir
comparé au labeur que représente Lucie et son intelligence artificielle
proche du néant. Celle-ci étant incapable de se débrouiller seule,
finissant souvent par mourir seule dans son coin quand on l’abandonne
une journée en quête d’une sortie de secours vers la civilisation. En
bref, c’est un boulet de plus dans ce jeu qui dans son ensemble
s’enracine dans sa propre glaise. L’impression d’avancer est
inexistante, ce ne sont pas les mini-jeux qui sauvent la manche, comme
les plats de cuisine à concocter façon Cooking Mama du pauvre, ce n’est
pas non plus Lucie, ni grâce au gameplay et la maniabilité d’un autre
âge. En bref, on en a vite ras-le-bol et seuls les plus persévérants
parviendront à leurs fins. Dommage alors que le jeu soit avant tout
destiné à un jeune public qui, à coup sûr, aura vite fait de passer à
autre chose.
Lost in Blue avait beau surfer sur la vague de
succès qui touchait la DS en 2005 et sur celui de la série Lost à la
télévision, aujourd’hui la formule ne marche plus. Néanmoins, le
potentiel est là, il est seulement gâché par une réalisation
paresseuse, qui se moque des joueurs et de la console. Le jour où les
développeurs le comprendront, peut-être que la série Lost in Blue aura
repris de ses couleurs. Aujourd’hui, Shipwrecked ne fait que confirmer
sa place au sein des jeux à éviter à tout prix.
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