Dire que MadWorld se sera fait attendre par tous les possesseurs de Wii
constitue un doux euphémisme. Avec son esthétique qui claque et sa
promesse de violence extrême, le jeu d'action bien burné de Platinum
Games apparaît un peu comme une sorte de messie, un joyau au milieu de
la fange des simulations de vétérinaire et des compilations de
mini-jeux qui pullulent sur la Dame Blanche de Nintendo. Alors, toc ou
diamant dix-huit carats ?
Tu aimes les films de gladiateurs ?
Jefferson
Island. Ville totalement coupée du monde, en proie au chaos et à la
destruction, dans laquelle se déroule le jeu télévisé le plus populaire
au monde : le DeathWatch. Dans cette sorte de combat de gladiateurs
moderne où tous les coups sont permis, la promesse de victoire n'est
pas seulement celle d'une éventuelle survie, mais surtout celle d'un
joli pactole de 100 millions de dollars. De quoi attiser toutes les
convoitises et donner un bon prétexte pour transformer son prochain en
pièce de boucher de choix. C'est sous ses meilleurs auspices que
débarque Jack Cayman, héros aux faux airs d'Hellboy, sur Jefferson
Island, qui, armé de sa tronçonneuse et d'à peu près tout ce qui lui
tombe sous la main, va tenter de se tailler la part du lion dans un
monde devenu fou. Pour être honnête, avec un nom aussi prestigieux que
celui de Yasumi Matsuno (Final Fantasy Tactics, Vagrant Story) attaché
au scénario, on était en droit d'attendre bien plus qu'une intrigue
aussi prévisible et plan-plan, puant le cliché par toutes les pores.
Malgré quelques répliques bien senties et des cinématiques stylées
façon comic book, l'histoire ne décolle jamais de sa platitude extrême.
Dommage, donc.
Mais qu'importe au final une quelconque tentative
de scénario, MadWorld n'est pas là pour faire dans la finesse. Platinum
Games l'a suffisamment répété tout au long de leur développement, le
but avoué de leur bébé est de revenir à un plaisir simple, celui de
trouver les façons les plus amusantes et originales de tuer. Car pour
obtenir les faveurs des spectateurs du DeathWatch, Jack ne va pas
devoir se contenter de simplement tabasser à mort les autres
participants. Démembrements, décapitations, éviscérations : plus le
joueur débite de la barbaque à la minute, plus il marque de points,
nécessaires pour déclencher l'apparition du boss du niveau. Fort
heureusement, chaque niveau regorge d'un véritable petit arsenal de
joyeusetés contondantes. En plus de ses poings et de sa tronçonneuse,
très puissante, mais en accès limité, Jack peut en effet se servir d'un
bon nombre d'éléments du décor à des fins meurtrières. Panneaux de
signalisation en travers de la tête, pneus pour immobiliser ses
adversaires, empalement sur tout ce qui traîne... tout est bon pour que
les ennemis obtiennent rapidement un deuxième trou de balle. Inutile de
le nier, les premières minutes de découverte des possibilités du
DeathWatch sont un véritable plaisir barbare basique, purement violent
et défoulant, surtout que le jeu ne lésine pas sur la dose
d'hémoglobine accompagnant chaque meurtre. A côté, Mortal Kombat ferait
presque office d'œuvre sainte, c'est dire.
Pas de pitié pour les croissants
En
bon show télévisé qui se respecte, le DeathWatch propose toujours plus
pour faire saliver le chaland. La succession de meurtres toujours plus
improbables contre la chair à canon de base débouche évidemment sur un
duel contre un boss de fin de stage. Bien fichus, souvent assez retors,
ces derniers ont bénéficié d'un travail tout particulier, avec un
finish exclusif pour chacun d'entre eux histoire de terminer le niveau
dans une apothéose de sang. Cependant, MadWorld n'est pas non plus
qu'une succession de combats. En plus de nouvelles armes (batte à
clous, doubles dagues...) à débloquer à mesure que le score progresse,
les organisateurs ont prévu de pimenter l'émission par une bonne dose
de mini-jeux gores à souhait. Un peu comme les épreuves d'immunités
dans Koh-Lanta, mais sans Denis Brogniart, Jack tenant le rôle de
Moundir. Ces Bloodbath Challenge, présentés avec force mise en scène
par un Black Baron pimp jusqu'au bout du long câble, méritent plus que
jamais leur nom. Que ce soit une partie de fléchettes humaines, un golf
où les têtes remplacent les balles, ou encore un bassin-pressoir à
remplir de sang, tous ces challenges originaux sont un pur prétexte
pour faire péter la bonne dose de rouge qui tâche. Une variété
bienvenue dans le pugilat sanglant du DeathWatch, en somme. Mais pas
sûr que cela soit suffisant pour captiver la foule.
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Car si les
premiers stages dans MadWorld sont donc du pain bénit pour les
possesseurs de Wii, c'est en avançant dans l'aventure que surgissent
les premiers gros problèmes, le plus grand concernant la pauvreté
générale du gameplay, à faire pâlir un pays du Tiers-Monde. Empaler
quelqu'un avec fracas, c'est très drôle, mais tout de même sacrément
moins au bout de la centième fois. Et que ce soit sur un mur, l'avant
d'un camion ou un arbre, l'animation reste absolument la même.
Finalement, les possibilités de meurtre s'avèrent donc vite réduites à
peau de chagrin. Et ce ne sont pas les deux-trois meurtres exclusifs à
chaque niveau qui risquent de faire sortir les spectateurs du
DeathWatch de la torpeur dans lequel le jeu les fait sombrer petit à
petit. Même le pauvre Jack ne dispose que d'un combo de base, d'un
launcher et d'une chope. Aucune évolution de ses capacités au cours du
jeu, rien. Pire, même les Bloodbath Challenge, pourtant vecteurs
principaux de nouveauté, ont droit à une V2 sans imagination dans les
derniers stages. Comme si Platinum Games était arrivé à court d'idées
passés les deux-tiers du jeu. Du coup, le sourire sadique accompagnant
chaque meurtre fait place sur la fin à une amère déception. S'il ne
fallait pas attendre de MadWorld un God Hand en noir et blanc,
difficile de ne pas faire la moue devant tant de potentiel non exploité.
Ça baigne, Chirac ?
On
se doutait bien que MadWorld ne serait pas le jeu le plus long de
l'univers, mais pas qu'il serait aussi court. Cinq à six heures pour en
venir à bout en mode Normal, ça fait tout de même sacrément cher
l'heure de jeu. Oh, le jeu offre bien une nouvelle difficulté, ainsi
que deux nouvelles armes fort amusantes. Mais en dehors de toute autre
carotte, difficile de se trouver une raison pour aller refaire les
anciens stages. Car au final, une deuxième visite n'apporte rien de
plus, tant le jeu tourne en rond autour des mêmes mécanismes. Et
inutile de compter sur le pseudo-système de scoring complètement
faussé. Quant au mode Difficile, il porte plus que jamais son nom,
puisque Jack ne disposera alors que d'une seule vie au lieu de trois.
Tenter le coup relève du masochisme, d’autant plus que d’autres
problèmes de MadWorld deviennent alors clairs. En plus d'une relative
imprécision de la Wiimote lors de certains QTE, il faut également
lutter avec le combo lock/caméra assez atroce. L'un étant purement et
simplement mal fichu, l'autre ayant visiblement des problèmes de
cocaïnomanie, les deux ensemble forment par moment un duo infernal dont
on se serait allègrement passé. Et la seule parade disponible, une
esquive en agitant le nunchuk, ne sauvera pas grand-monde tant elle
s'avère imprécise en face d'une demi-douzaine de brutes passablement
énervées. Enfin, si le jeu dispose d'un mode multijoueur, reprenant les
différents Bloodbath Challenge, même syndrome : la lassitude point vite
le bout de son nez.
Là où MadWorld reste totalement
inattaquable, c'est bien sur son esthétique globale. Un simple coup
d'oeil aux images suffit à s'en rendre compte : le choix si particulier
du noir et blanc, laissant ressortir d'autant plus le rouge du carnage,
était le bon, conférant au jeu de Platinum Games une identité forte et
atypique. Cachant les possibilités techniques limitées de la Wii sous
une triple couche de style très Sin City, MadWorld n'a au moins pas à
rougir (quoique...) face à la concurrence sur ce point. Et si l'on
pouvait craindre un quelconque fouillis visuel, l'équipe d'Atsushi
Inaba a rendu une copie parfaite, l'action restant lisible en toutes
circonstances. Du travail d'orfèvre. Soigné jusqu'au moindre détail, le
DeathWatch bénéficie d'une ambiance sonore unique, avec des musiques
aux sonorités hip-hop tout à fait dans le ton. De plus, les
commentateurs du show et leurs répliques, bien que se répétant un peu
trop, dépassent allègrement la frontière du politiquement correct,
chose trop rare sur la très sage Wii. Bref, un pur régal... à condition
de zapper d'entrée la VF, atroce et censurée d'une bonne dose de
mothafucka. Et puis, John DiMaggio alias Bender de Futurama pour
présenter cette orgie d'hémoglobine, ça respire tout de suite plus de
classe que le doubleur français de Jim Carrey.
NB : La version PAL ne propose pas de mode 60 Hz, ni de mode 480p, et demande une mise à jour obligatoire de la console. |