Après les épisodes Wii et DS de Drawn to life, les studios 5th Cell
misent résolument sur une nouvelle forme de jeux vidéo : le jeu
participatif. Scribblenauts, disponible sur Nintendo DS depuis le 8
octobre 2009, vous permet en effet de "dessiner" tout ce qui vous passe
par la tête, sauf votre héros, en l'occurrence un jeune garçon avec un
chapeau ridicule nommé Maxwell.
J'écris, tu écris, il apparaîtLe
concept de base est d'une simplicité à toute épreuve, dans le but
d'être facilement accessible. Il vous suffit d'écrire le nom d'un
objet, d'un animal ou d'une personne pour voir ce dernier apparaître à
l'écran. Pour ce faire, vous avez le choix entre un clavier numérique
et une saisie manuelle sur l'écran tactile.
L'écran d'accueil du jeu
sert de bac à sable aux curieux que nous sommes afin de voir si nos
idées les plus folles apparaissent bien à l'écran. On est d'emblée
étonnés de voir apparaître un griffon, un paquebot ou encore un
médecin. Cependant, comme une sorte de génie qui n'exaucerait qu'un
nombre limité de vœux, le nombre d'objets créés présents simultanément
à l'écran est limité. Cette unique contrainte semble bien faible quand
tout le reste est permis. Enfin, tout...ou presque. Les possibilités
ont été volontairement limitées au politiquement correct : pas de
vulgarité, d'obscénités ni de marques (problème de droits oblige).
Cependant, après un bref "test de vocabulaire", on s'aperçoit que
quelques mots ont échappé à la censure. Essayez donc d'écrire poulet
et, dans les choix proposés, vous verrez que "poulet (humain)"
correspond à un policier, pas sûr que les gardiens de la paix
apprécient.
Une énigme, que des solutionsLe mode jeu
est divisé en une dizaine de mondes, correspondant chacun à un
univers allant des "jardins" aux "sommets" en passant par le
"Moyen-âge". Seuls deux univers sont débloqués dès le début du jeu : le
didacticiel et les jardins. Pour accéder aux autres univers, il vous
faudra les acheter grâce aux Ollars (la monnaie du monde de Maxwell)
que vous aurez gagnés en résolvant les puzzles. Chaque univers
comporte 22 missions, 11 pour le mode énigme et 11 pour le mode action, ce qui fait tout de même 220 niveaux différents.
Le
premier mode auquel on est confronté est sans doute le plus intéressant
car il fait appel à toute notre inventivité. Sobrement intitulé
"énigme", il s'agit de trouver la solution de celle-ci en faisant
apparaître le ou les objet(s) nécessaires. Par exemple, pour l'énigme
"aidez le pompier à éteindre le feu", vous pouvez faire apparaître une
cascade, un extincteur ou tout autre élément susceptible de faire
l'affaire. Si l'énoncé de certaines énigmes est simple à cerner,
d'autres le sont beaucoup moins et la véritable difficulté consiste à
chercher ce que les développeurs ont bien pu vouloir dire. De même,
certaines solutions qui nous apparaîtront logiques ne marcheront tout
simplement pas. Le mécanicien reste coi devant la voiture en panne,
même avec des outils en main ; la taupe, pourtant dotée d'une solide
réputation de fouisseuse ne vous aidera pas à creuser une galerie... |
L'interactivité entre les objets est elle aussi assez approximative. Le
boucher se précipitera vers la vache pour l'abattre mais vous aurez
beau donner un pistolet au plombier, il ne se défendra pas contre un
zombie. Ces quelques problèmes, et non des moindres, obligent le joueur
à recommencer souvent le même niveau ou encore à faire de nombreux
tests. La traduction française, trop peu soignée, est vraiment l'un des
points faibles du jeu. Elle occulterait presque un défaut pourtant fort
dommageable qui est l'absence totale de scénario. En effet, le jeu, aussi
créatif soit-il dans son concept, n'est qu'une suite d'énigmes sans
lien les unes avec les autres alors que la création d'un univers, d'un
scénario autour du personnage de Maxwell aurait pu être un énorme "plus" pour le jeu.
Mille et une façons d'atteindre son objectif Le mode action est quant à lui beaucoup plus proche d'un jeu de plates-formes
où vous devrez atteindre l'objectif par tous les moyens. Certaines
contraintes viendront compliquer les choses comme le fait de ne blesser
personne ou d'utiliser un certain type d'objets. Le principe même du
mode action en fait un mode de jeu assez monotone. En effet, vous
serez amené à utiliser un nombre d'objets assez limité : pour traverser
un gouffre, il n'y a pas trente-six solutions. Le jet-pack ou les ailes
étant très efficaces, pourquoi s'encombrer de stratagèmes complexes ?
Enfin, histoire de corser les choses, vous pouvez tenter de gagner
davantage d'Ollars en utilisant le moins d'objets possible, en
finissant le niveau le plus vite et avec le plus de "style". D'autant
que les mondes supplémentaires doivent être achetés grâce aux Ollars
gagnés en résolvant les énigmes et les défis. Certaines récompenses
sont débloquables sous forme « d’honneurs » (comme utiliser un animal
comme monture, ou écrire deux objets d’un certain type) qui sont
nombreux à découvrir. Chaque niveau peut être fini quatre fois, la
première fois en mode normal et trois autres fois pour débloquer le mode avancé. Dès qu'une énigme est résolue, vous devez la résoudre de
trois nouvelles façons avec des objets différents pour atteindre ce
nouvel objectif. La rejouabilité de chaque énigme repose donc sur la
créativité de chacun.
En général, les objets écrits sont bien
ceux qui apparaissent à l'écran mais leur utilisation est très
approximative. Attacher un pingouin à une montgolfière relève souvent
de la gageure. Par ailleurs, les développeurs ont eu la bonne idée de
doter chaque objet d'un moteur physique propre, ce qui empêche
d'envisager des solutions irréalistes comme tracter une voiture à mains
nues ou transporter un éléphant en deltaplane. Pourtant, si l'idée de
ce moteur physique est très bonne, son application dans le jeu laisse à
désirer : vous verrez souvent votre véhicule se renverser comme du
carton au moindre obstacle ou encore un arbre tomber comme un fétu de
paille face au souffle d'un ventilateur.
Les graphismes ont été
voulus sobres, simplistes et colorés. Cependant, les univers servant de
décors aux niveaux ressemblent à de vrais dessins d'enfant et on a
parfois du mal à s'y plonger. La présence d'un éditeur de niveaux est
un véritable atout, tout comme la possibilité de partager les niveaux
ainsi conçus grâce au CWF Nintendo. La création se limite en revanche
au mode action et utilise les décors que vous aurez débloqués en
réussissant les niveaux rencontrés. Impossible donc de créer des
énigmes plus ou moins tordues et de les partager avec vos amis.
En
conclusion, Scribblenauts est un véritable jeu novateur par son concept
très original, mais souffre aussi d'une réalisation très
approximative. Le jeu semble avoir été, par certains aspects, bâclé par
les développeurs. L'aspect graphique plutôt enfantin du jeu cherche à
le rendre accessible aux plus jeunes mais la difficulté croissante des
énigmes en fait un jeu "pour les grands". L'absence d'un mode
multijoueur coopératif est vraiment dommage car, face à un jeu
réclamant autant de créativité, chaque nouveau point de vue et chaque
nouvelle approche est bonne à prendre. |