C’est avec réserve que les joueurs ont l’habitude d’accueillir les jeux
sous licence James Bond depuis quelques années. Si le vin, avec l’âge
devient meilleur, cet adage a bien du mal à s’appliquer au phénomène
étrange qui frappe les développeurs de jeu vidéo quand ils tentent,
avec toute la bonne volonté du monde, de créer le James Bond virtuel
idéal. Si Electronic Arts avait autrefois su sortir du gouffre un
espion en passe de quitter la scène vidéoludique avec Espion pris pour
Cible, l’échec cuisant des volets suivants (dont NightFire et Goldeneye
: Au Service du Mal) n’a que très peu conforté les joueurs… s’en suivit
donc une passation des droits à Activision. De nouvelles espérances ?
D’emblée
excluons toute comparaison avec l’ancêtre Goldeneye, même si au fond de
tous nos petits cœurs de joueurs nous attendons tous le moment où un
jeu James Bond rivalisera enfin avec nos souvenirs d’un temps révolu.
Il faut se faire à l’idée, un jeu de la même trempe serait aujourd’hui
à la ramasse. Nos besoins, nos envies ont évolué avec le jeu vidéo ces
dix dernières années. Activision emboîte aujourd’hui le pas à
Electronic Arts qui cédait lui-même à Rare Software à l’ère de la
Nintendo 64. La preuve en main, avec la jolie boîte de 007 : Quantum of
Solace, qui fait envie c’est le cas de le dire. Un bon point.
Malheureusement, cette envie est quasi-tuée dans l’œuf quand
apparaissent à l’écran les premiers pixels d’un jeu en décalage avec
son époque : ah mais oui, c’est de la Wii pardi, pas de la Xbox 360. Ce
qui n’excuse rien. Le jeu n’est cependant pas à ce point l’horridus
objet du 21ème siècle, certaines textures sont mieux travaillées que
d’autres, notamment quand il s’agit d’environnements intérieurs. De
leur côté, les personnages sont modélisés grossièrement et James Bond
perd en charisme, d’autant que la voix française n’est pas celle du
doubleur officiel (certains doubleurs reprennent cependant leur poste
sur le jeu). Si l’immersion dans ce Quantum of Solace est assez
difficile à encaisser, c'est aussi la faute à des cinématiques un peu
décousues et une histoire alambiquée qui mélange des scènes des deux
derniers films James Bond. Il faut au préalable avoir vu Casino Royal
en plus de Quantum of Solace pour comprendre l’initiative des
développeurs : raconter deux histoires en une via des flash-backs pas
forcément explicites…
Alors si James Bond se morfond durant la
moitié du jeu sur le sort de sa copine, le joueur lui peut être vite
largué. Mais au final, c’est le plaisir de jouer qui importe et
heureusement cet aspect-là a été travaillé. On reste loin de la
perfection atteinte dans un Metroid Prime 3, mais le combo Wiimote –
Nunchuk fonctionne plutôt bien, d’autant plus qu’il est possible de
configurer à sa guise la sensibilité selon différents niveaux. Si
l’aventure est essentiellement constituée de phases à la première
personne comme dans tout bon jeu de tir, il peut arriver que la caméra
se place derrière l’ami Bond pour une meilleure visibilité de l’action,
notamment lorsqu’il s’agit de se plaquer contre une paroi pour éviter
les balles et prendre son temps pour préparer son tir. Un peu comme
dans Gears of War et d’autres jeux du même type, il est possible de
tirer à l’aveuglette mais la précision en souffre grandement. L’optique
adoptée par les développeurs étant de toujours parier sur la prudence,
le joueur est contraint à avancer à tâtons : tirer dans le tas et
foncer comme un bœuf ne règle pas souvent les problèmes, Game Over en
vue suite à un trop plein de balles dans l’estomac. Oui James Bond
n’est pas invincible, mais là encore une fois on mise sur
l’originalité, la barre de vie disparaît au profit d’une jauge qui se
régénère toute seule au bout de quelques secondes. |
Système pratique qui
a ses inconvénients, nous forçant à jouer à cache-cache toutes les
trente secondes. Cette vie quasi-infinie plonge aussi le jeu dans une
facilité déconcertante : dans ces niveaux blindés de checkpoints la
mort n’est jamais fatale, le joueur étant téléporté dans un lieu proche
de son échec létal. Un conseil, ne tentez surtout pas le mode facile
sous peine de venir à bout du titre d’Activision au bout de trois
heures, chrono’ en main. En détail, la maniabilité du titre joue
sur les deux accessoires de la Wii, le Nunchuk servant à recharger son
arme (le secouer), lancer une grenade (le secouer aussi, en appuyant
sur la flèche du bas de la croix directionnelle de la Wiimote), frapper
un ennemi à proximité (toujours secouer, s’ensuit un mini Quick Time Event où il
faut appuyer sur le bouton A au bon endroit, au bon moment), sauter ou
se baisser avec le bouton C, ou cibler un ennemi avec Z. Système de
visée un peu capricieux, qui a tendance à prendre en cible des
adversaires cachés derrières des murs… Mais l’option bienvenue réside
dans la possibilité de changer de cible avec le joystick du Nunchuk,
même si dans la pratique les faits ne sont pas aussi évidents. La
Wiimote quant à elle sert bien évidemment à viser, à changer d’arme ou
de grenade (croix directionnelle), à actionner un interrupteur (touche
-) ou ouvrir le menu (touche +). Du classique, efficace mais rapidement
épuisant. On apprécie souvent les niveaux de course-poursuite ou
d’infiltration quand il n’est pas nécessaire de tirer pour s’en sortir
: nos bras se reposent. Les phases d’infiltration n’étant par ailleurs
pas obligatoires, il est possible de se faire remarquer par un garde ou
une caméra et déclencher l’alarme qui ameute les ennemis sur armés.
Dans les faits, tuez quatre ou cinq gardes de suite et l’état d’alerte
retombe à zéro, allez savoir pourquoi. Une preuve de l’intelligence
artificielle au ras des pâquerettes qui officie dans Quantum of Solace,
les ennemis se contentent très souvent de tirer et d’avancer. Ni plus,
ni moins. En somme, sur les quinze niveaux qui constituent l’aventure
solo, on a très souvent l’impression de faire la même chose : avancer,
se cacher, tirer et actionner un mécanisme. Les rudiments de tout jeu
certes, mais ici on s’en rend compte malheureusement.
Outre le mode
solo sont proposés des modes multijoueur et en ligne qui eux, relèvent
clairement le niveau. On est loin de s’amuser autant que sur un bon
représentant du genre, mais on s’amuse sur les différents modes
disponibles : Ruée, Ruée par Équipe, Conflit, Conflit par Équipe. La
ruée étant un simili mode scénario avec des objectifs à accomplir pour
marquer des points, le conflit étant un deathmatch bête et méchant.
Jouer à quatre sur le même écran est toujours amusant, en ligne
l’intérêt est moindre d’autant qu’il n’y a pas grand monde avec qui
jouer…
Et si l’aspect technique rebutant peut concéder la faute
à une machine moins puissante que la concurrence, on note néanmoins la
qualité de l’ambiance sonore qui n’a pas à rougir, quasi-magistrale
pour ce qui est des musiques. Elles reprennent certains thèmes des
films Casino Royal et Quantum of Solace et sont arrangées en fonction
de l’action à l’écran. Continuons sur les points forts du jeu :
l’introduction étant particulièrement bien travaillée, s’imprégnant du
style de celle du film tout en créant quelque chose de nouveau et
plutôt vivace. Bon, cela ne fait pas beaucoup de points forts pour un
jeu qui aurait mérité bien plus d’attention pour devenir une nouvelle
référence du genre sur Wii, qui manque cruellement de représentants. Le
bon côté des choses, c’est que l’ensemble n’est pas repoussant, mais on
était en droit de s’attendre à mieux. Le potissimum opus dirait-on en
latin, le meilleur de tous les jeux James Bond ? Non, loin s’en faut.
Mais pas le pire non plus. |