Alors que le très bon mais très classique Mario 64 a pris tout naturellement la tête des meilleures ventes, Wario Ware Touched ! était en fait le véritable ambassadeur de la Nintendo-Difference, censé nous faire profiter de toutes les innovations techniques du couteau suisse du jeu-vidéo, la fameuse DS.
Un jeu dans la continuité de ses prédécesseurs
Pour ceux qui ont eu la chance et la joie de s'adonner aux épisodes GBA et Gamecube de la série des Wario Ware, il n'y a, à première vue, aucune innovation frappante dans ce nouvel opus. On retrouve ainsi une série de quinze protagonistes tous plus grotesques les uns que les autres, avec une petite histoire qui entraîne le joueur dans une série de mini-jeux. Ces mini-jeux doivent être enchaînés et réussis un certain nombre de fois (variable suivant la difficulté de chaque personnage), avant d'affronter le "boss" final, qui s'apparente à un mini-jeu plus évolué et par conséquent plus difficile. Les mini-jeux ne durent en général que quelques secondes : cela peut paraître peu, mais c'est amplement suffisant pour commettre une erreur, et perdre ainsi une vie. Comme, la plupart du temps, on démarre la partie avec quatre vies, et qu'il faut parfois enchaîner jusqu'à vingt-cinq mini-jeux pour finir un niveau, les fautes d'inattention ne pardonnent guère, et il faut savoir rester concentré pour ne pas plier sous la débilité manifeste de certaines épreuves, véritable marque de fabrique de la série des Wario Ware. La palme revient, en ce qui me concerne, au mini-jeu où deux bonhommes tiennent un serpentin dans leurs bouches respectives, et lèvent régulièrement les bras : le but est d'en chatouiller un sous le bras pour le faire rire, et le faire lâcher le serpentin dans la tronche de l'autre. Particulièrement ridicule, je le concède, mais c'est ce qui fait le charme incomparable de cette série : un décalage omniprésent, et un jeu qui ne se prend pas au sérieux.
Pour continuer dans les éléments que ce Wario Ware Touched emprunte aux précédentes versions, il faut convenir que, graphiquement parlant, le jeu fait plutôt peine à voir. Tout comme son homologue sur GBA, et davantage encore le clône de ce dernier sur Gamecube, Wario Ware Touched ne sollicite en rien la puissance technologique de son support. On trouve ainsi bien peu de mini-jeux en trois dimensions (le seul qui me vient à l'esprit offre en plus la particularité de ne rien demander au joueur sinon... son silence !), et la plupart des graphismes affichés sont pauvres et vides. Mais cette négligence est bien évidemment délibérée, "conceptuelle" pour ainsi dire, même s'il est vrai qu'à un certain point de vue, le dépouillement graphique du jeu peut tout simplement passer pour une supercherie magistrale. C'est tout l'art de Nintendo que de transmuer, presque de manière alchimique, le laid et l'audacieuse désuétude en "concept".
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| Certains jeux retro seront de la partie... |
Continuité, certes - mais l'innovation en plus
Fort heureusement, le discrédit technique mais prémédité ne porte pas préjudice à la qualité intrinsèque du jeu, bien au contraire. Le soft de Nintendo mise toute sa substance vidéo-ludique sur l'usage inédit d'un stylet qui avait encore à faire ses preuves. Cette alliance de l'esprit Wario Ware avec un tel périphérique était toute trouvée, non seulement pour démontrer l'intérêt de l'écran tactile, mais encore pour laisser libre cours aux extravagances les plus délirantes d'un Wario Ware psychotique. Grâce au stylet, il est désormais possible de trancher, guider, gratter, chatouiller, caresser, mordre, attraper et frotter tout ce qui arrive à l'écran. Les développeurs se sont en effet ingéniés à inventer tout un tas de situations originales et variées, plus farfelues les unes que les autres, où le stylet fait office d'accessoire universel précis et pourtant redoutablement simple à manier. Le seul requisit de ce jeu tient aux réflexes, qui doivent être assez aiguisés pour lire l'indice qui précède chaque mini-jeu, et assez affutés pour agir de manière appropriée sur l'écran tactile. Le stylet offre donc toute une gamme de mouvements inédite et fort appréciable qui confère au titre de Nintendo un caractère très frais et agréable.
Mais les innovations ne s'en tiennent pas là, puisque le micro de la DS est aussi mobilisé pour des séquences inoubliables de flatterie, de navigation navale (où le souffle fait office de vent), de gonflage de ballon et autres joyeusetés. Bien sûr, tous ces mini-jeux ridiculisent le joueur au plus haut degré, sans compter qu'ils paraîssent étrangement faciles a priori, puisque souffler dans sa console revient, grosso modo, à n'appuyer que sur un bouton pour jouer. En réalité, non seulement l'interaction avec le micro rend le jeu véritablement prenant, mais, de plus, ces mini-jeux sont réellement des mini-jeux (désolé pour la tautologie), c'est-à-dire qu'ils présentent divers paramètres à prendre en compte pour les réussir, et qui ne sont pas toujours évidents. Ainsi, souffler sur la voile du bateau le fera avancer, mais il faudra encore souffler au bon moment pour éviter que la frêle embarcation ne se prenne les tonneaux flottants qui passent.
| C'est donc dans la joie des innovations matérielles offertes par la DS que ce Wario Ware se présente. La petite dernière de Nintendo transcende par conséquent un concept déjà bien éprouvé, puisqu'elle se trouve être la plate-forme idéale pour ce genre de jeu.
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Les minis jeux sont stupides, |
funs, et... stupides! |
Un Gameplay solide - mais quelques regrets...
L'originalité de Wario Ware entremêlée à l'innovation de cette version "Touched" donne donc pour résultat un jeu fort sympathique, à la jouabilité simple et efficace, précise et instinctive, qualités décisives que seule permet l'utilisation du stylet.
Pour qui s'inquiète de la durée de vie du titre de Nintendo, il faut savoir que la promptitude des mini-jeux est compensée par leur nombre conséquent (180), ainsi que par des niveaux de difficulté variables, qui rendent certaines épreuves très délicates (par exemple, éclater un plus grand nombre de ballons, et ce, de plus en plus rapidement). Une fois le jeu terminé, il est possible de tenter de battre ses records, en enchaînant avec seulement quatre vies le plus grand nombre de mini-jeux possible. Le soft permet aussi, dans le mode "Album", de s'entraîner sur un mini-jeu en particulier, afin d'en saisir toutes les nuances, et surtout de le maîtriser parfaitement pour le réussir à coup sûr en mode Normal. Là encore, on peut tenter de battre des records, mais la grande répétitivité de l'action aura sûrement raison des meilleures volontés.
Il faut encore signaler la présence de deux pièces à souvenirs, où sont entassées toutes sortes de récompenses interactives gagnées dans le jeu normal. Cela va de la calculatrice, au métronome, en passant par l'harmonica (oui, on peut vraiment jouer de l'harmonica en soufflant dans sa DS et en touchant les touches sur l'écran tactile !) et le perroquet Coco qui répète les sons que vous émettez dans le micro. Ces "jouets" ne servent en général qu'une fois, le temps de voir à quoi ils servent, puis on les oublie avec le sourire, tant ils sont limités. Malgré tout, ils ne sont pas totalement superflus, puisqu'on reviendra parfois dans ces pièces à jouets, pour les contempler, et, qui sait ? jouer un petit air d'harmonica, juste histoire de montrer qu'on n'est jamais à l'abri de sombrer dans le ridicule. Tous ces aspects donnent la juste impression d'un jeu diversifié, bien pensé, complet et plaisant. Il est vrai que quiconque, qu'il soit joueur invétéré ou non, peut prendre du plaisir à ce Wario Ware Touched, en raison de la grande simplicité de sa jouabilité. Simple, mais parfois aussi simpliste, puisqu'en raison de la succession rapide des mini-jeux, il n'y a pas grand chose à approfondir, si bien que le gameplay, original et si diversifié en apparence, finit par sonner un peu creux. Cela est flagrant sur certains mini-jeux qui manquent cruellement d'intérêt, mais beaucoup souffrent globalement du manque de profondeur et des limitations du gameplay. On est loin des mini-jeux de Project Rub, alias Feel the Magic, qui certes, proposait bien moins de choix (seulement 30, contre 180 pour Wario Ware), mais aussi des jeux plus travaillés. La quantité doit-elle primer sur la qualité ? Le choix des Wario Ware a toujours été du côté de la quantité drôlatique. Seulement, au bout de quelques (nombreuses) parties, on ne s'amuse plus autant, et il n'y a défi que parce que la cadence augmente rapidement à un rythme infernal. Ceux qui adorent battre leurs records seront peut-être aux anges, mais pas les autres, qui risquent de se lasser assez rapidement de ce Wario Ware. A ce titre, les mini-jeux de Mario 64 DS sont bien plus prenants, et en sus d'être graphiquement aboutis, ils réclament une véritable technicité qui enrichit le gameplay.
Enfin, il convient de déplorer l'absence d'un mode multijoueur, en dépit des potentialités de la DS pour le jeu en réseau. Il aurait pourtant été très simple d'implémenter des modes de jeu comparables à ceux que l'on trouve dans Wario Ware sur Gamecube, avec des défis et des interactions entre joueurs. Mais il faudra se contenter d'imaginer ces modes, et d'espérer les trouver dans un probable futur épisode. Quoiqu'il en soit, l'absence d'une telle option contraint à jouer en solo à un jeu qui tend un peu trop à être répétitif. C'est d'autant plus regrettable qu'une option multijoueur aurait pallié en grande partie ce problème.

En conclusion
C'est un très bon jeu que nous propose là Nintendo, mais il ne s'agit pas du jeu ultime de la DS, du jeu qui contraint à se procurer coûte que coûte la console. Non pas tant à cause de sa réalisation graphique obsolète qu'en raison de son gameplay relativement répétitif. Mais que l'on ne s'y trompe pas : Wario Ware Touched est bien un jeu fort agréable à jouer, très corsé pour qui joue le jeu des records, mais dont le gameplay n'est pas assez profond pour achever totalement de convaincre. Il s'agit donc d'un excellent jeu d'appoint, qui utilise intelligemment les capacités nouvelles de la DS, mais non d'un titre majeur de sa ludothèque.
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