Dix-sept ans après sa sortie sur Super Nintendo, le quatrième volet
de Final Fantasy revient sur le devant de la scène grâce à ce remake
exclusif sur DS. Jeu légendaire qui marqua à son époque une étape dans
le jeu de rôle sur console, qu’en reste-il aujourd’hui ? Est-ce que
Square Enix parviendra à faire la différence dans un genre plus que
représenté sur la portable de Nintendo ?
The Dark Knight
Débutons tout d’abord en narrant les événements qui se déroulent durant
la première demi-heure de jeu de Final Fantasy IV. C’est l’histoire de
Cécil, chevalier noir au service du roi Baron, à la tête des Ailes
Rouges qui est juste la flotte d’aéronef la plus puissante du royaume.
En revenant de sa précédente mission où il s’empara du cristal du
village des mages de Mysidia, de sérieux doutes assaillent l’esprit de
Cécil. Le château n’est plus comme avant, une ambiance lourde due aux
exigences incomprises du roi brise la paix du duché. Au moment de
remettre le cristal, le chevalier noir décide de confier ses craintes à
son monarque, lequel le destitue immédiatement de son rang de capitaine
de flotte. Le roi coupe la séance en lui soumettant une dernière
requête : remettre une bague magique au village des invocateurs. Pour
cette mission de second rang, il devra quitter le château en compagnie
d’un autre chevalier noir dénommé Kain, un ami de longue date avec
lequel il se forma aux arts sombres de la chevalerie sur ordre du roi.
Avant de partir, il entrevoie Rosa, un puissant mage blanc de la cour
et partagent ensemble leur incompréhension sur les décisions du roi
Baron… Un scénario résolument sombre, assez classique dans son contenu
mais vraiment efficace. De nombreuses surprises et retournements de
situations suffiront à tenir en haleine tout joueur un poil curieux
d'en découvrir son dénouement. Même si l’on n’est pas au même niveau de
la subtilité du scénario d’un Final Fantasy VI, à sa sortie en 1991, il
disposait tout de même d’une sacrée longueur d’avance sur ses
concurrents dans ce domaine-là.
Comme dans tout bon Final
Fantasy qui se respecte, partir à l’aventure sera l’occasion de nouer
des liens avec de nombreux personnages disposant de talents différents.
Que ce soit des magiciens, des guerriers ou des moines, les habitués
seront loin d’être déboussolés sans compter sur le bestiaire regroupant
un paquet de créatures rémanentes de la saga. Le monde de ce Final
Fantasy est très médiéval, se rapprochant par moment de celui d’Ivalice
(Final Fantasy XII). Les armes blanches ou contondantes et les sorts de
magie seront les seuls moyens d’en découdre avec l’adversaire. Loin de
l’univers high-tech des épisodes VII, VIII et X, les différents
endroits qu’on sera amener à explorer sont résolument champêtres et se
composent essentiellement de forêts, grottes et autres versants de
montagnes.
Let’s Fight Le système de jeu réserve comme dans chaque Final Fantasy son lot de
nouveautés. Bien que celui-ci demeure très classique dans la forme, il
est loin d’être dépourvu d’intérêt et devrait donner quelques fils à
retordre aux novices du genre. Lorsqu’on se déplace sur la carte du
monde ou dans un donjon, à chaque pas effectué, il existe une
probabilité de rencontrer un adversaire. Au moment de croiser les fers,
le jeu bifurque en mode combat avec vue de profil en 3D. Vous pourrez
assigner à chaque personnage de votre équipe une commande (attaquer,
défendre, magie, invoquer…) mais seulement lorsque sa jauge d’action
sera remplie. Deux lignes de position sont disponibles. Le front de la
mêlée est parfait pour les guerriers qui peuvent infliger d’importants
dégâts de contact mais sont du coup plus vulnérables aux attaques
physiques adverses. La seconde position, en retrait, est idéale pour
les magiciens ; grâce à la distance, elle permet de limiter les dégâts
physiques de part et d’autre et ne posera aucun problème pour roussir
les moustaches des monstres à l’aide de sortilèges.
Bien disposer ses combattants sur les lignes de position est donc un
élément essentiel pour prétendre survivre plus de trois combats
consécutifs dans Final Fantasy IV. Inutile de vous décrire la boucherie
sans nom auquel on assisterait en plaçant deux magiciens blancs sur la
première ligne de combat. Histoire de mettre un peu de piquant, au
début de certaines rencontres, votre équipe peut gagner l’initiative.
Un round gratuit d’action est gracieusement offert mais, inversement,
l’équipe peut aussi tomber dans une embuscade. Prise au piège, la
seconde ligne de combattants peut passer en première ligne mais, dans
tous les cas, les jauges d’actions sont vides au départ. Heureusement,
une commande position permet d’invertir les deux lignes à tout moment
pour ne pas se faire massacrer ses lanceurs de sorts. Chaque classe de
personnage dispose de compétences qui lui sont propres. Prenons comme
exemple la commande un brin bourrin obscure de Cécil qui lui
permet tout simplement de doubler les dégâts physiques, ce qui vous
rendra de sacrés services. Des objets renfermant des compétences sont
disséminés dans le monde. Elles peuvent être attribuées à n’importe
quel personnage comme les très pratiques auto-potion ou contre-attaque. Attention à leur usage unique qui vous fera réfléchir à deux fois avant de se lancer dans une attribution assez hasardeuse. |
Final Fantasy IV nous renvoie en termes de difficulté dans une autre
époque. Bien plus difficile que les RPG actuels, le gain de niveaux
sera souvent nécessaire avant de se défaire de certains boss ou pour
acheter quelques pièces manquantes de son équipement. La répétition des
combats en rebutera peut-être certains mais les nombreux cinématiques
et villages à découvrir permettent fort heureusement de varier les
plaisirs. Un autre défaut un peu plus déroutant dans le gameplay est
l’accumulation de sorts dont on bénéficie très tôt dans l’aventure. Au
bout de cinq petites heures de jeu, le nombre de pouvoirs accessibles
aux mages blancs et noirs est bien trop grand et puissant. Feu 3, Glace
3 ou encore Soin 4 seront accessibles parmi la quarantaine de sorts
disponibles durant les toutes premières heures de jeu. Enfin notons
également que votre groupe de preux aventuriers peuvent s’étendre
jusqu’à cinq personnages simultanément, une première dans un Final
Fantasy, mais cela vous demandera une bonne dose de réflexes pour
contrôler efficacement tout ce petit monde.
Inédit pour cette version DS, un nouvel éon du nom de Pochad fait son
apparition. Quand il fait son arrivée, comme dans un certain Final
Fantasy X, Pochad remplacera le groupe de personnages. Seul petit
bémol, lors de son acquisition, tous ses attributs, force, magie,
rapidité, etc. sont initialement à zéro ! Il faudra par l’intermédiaire
de mini-jeux qui se débloquent au fur et à mesure de l’aventure
augmenter ses capacités. L’occasion de sortir son poussiéreux stylet
pas vraiment mis à contribution jusque là pour participer aux
différentes épreuves. Petit bonus pour les plus jeunes ou pour les
ultimes perfectionnistes, il est possible de redessiner la tête de son
Pochad et pour juger de sa valeur au combat, direction le mode Wi-Fi où
l’on pourra le faire participer à des combats entre joueurs.
Un monde qui prend du relief
Après une sublime séquence d’introduction en images de synthèses, le
grand plus de cette version DS est bien évidemment son entière refonte
graphique 3D. Visuellement, le rendu est saisissant, tout d’abord au
niveau des cinématiques parsemant l’aventure, sublimées par l’apport de
la 3D. Techniquement impressionnantes, leur mise en scène servie par
moult effets d’éclairages assez rares sur DS éclipse totalement les
dialogues entre les pauvres sprites 2D de la version Super Nintendo. À
noter qu’une option accessible assez tôt dans le jeu permet de revoir
ses cinématiques préférées. Que ce soit pour les personnages ou les
donjons, l’apport de la 3D est une cure de jouvence dans ce Final
Fantasy IV. Les animations des différents protagonistes apportent un
réel plus ; quant aux donjons, ils prennent un relief très agréable
lors de leur parcours. En mode combat, la DS ruse en affichant un décor
de fond 2D. On regrettera le manque de dynamisme de la caméra qui ne
ronchonne que lorsqu’un personnage effectue une action spéciale. Par
rapport à un Final Fantasy IX et sa caméra ultra dynamique proposant
divers angles de vues, on aurait pu espérer un peu mieux à ce
niveau-là. Sinon, certains joueurs pourront ne pas apprécier le choix
artistique entrepris par Square Enix à cause du design 3D Super
Deformed (SD) des personnages ne rendant pas justice au travaux d’Amano
bien mieux mis en valeur par des bitmaps 2D ou dans l’introduction du
jeu en images de synthèse. Du coup, l’ambiance résolument noire du jeu
prend un léger coup de matraque à cause de l’aspect guilleret de la 3D.
Reste enfin les musiques composées par Nobuo Uematsu qui referont une
fois de plus l’unanimité tant les mélodies collent parfaitement au jeu.
En définitif, Final Fantasy IV est un incontournable pour tous ceux qui
n’ont jamais décousu avec cet excellent RPG. Son plus grand défaut est
d’être un peu dans l’ombre de son grand frère en tant que remake d’un
jeu culte. Attention toutefois au nouveau public qui pourrait être un
peu rebuté par sa difficulté qui n’autorise pas vraiment le droit à
l’erreur. Les possesseurs de la version GBA pourront aussi passer leur chemin ou
le guetter en occasion, le scénario du jeu contribuant pour beaucoup à
l’intérêt de cette cartouche.
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