Relativement peu connue du public européen jusqu'au huitième opus qui
eut les honneurs d'une localisation française intégrale, la série des
Dragon Quest s'est surtout distinguée sur le vieux continent au travers
de deux spin-offs pas forcément très convaincants sur Wii et DS. Mais
c'était sans compter sur la propension de Square-Enix à exploiter ses
anciennes gloires jusqu'à la moelle, et après l'annonce d'un Dragon
Quest IX inédit sur DS qui fit l'effet d'un bombe, nous apprîmes que
les trois épisodes de la saga zénitienne - à savoir Dragon Quest IV, V
et VI - seraient adaptés sur la portable de Nintendo afin de préparer
le terrain et permettre à de nombreux joueurs de découvrir, sinon les
origines de la saga, au moins quelques-uns de ses épisodes fondateurs.
Alors, prêt à voyager dans l'histoire du RPG à dos de dragon ?
C'est l'histoire du remake d'un remake ...
Précisons
tout d'abord que ce quatrième opus (le dernier sorti sur NES) a déjà eu
droit à un remake PlayStation en 2001 qui n'a malheureusement jamais
franchi les frontières du Japon à cause de la fermeture de son studio
de développement. Totalement remis à jour graphiquement grâce au moteur
de Dragon Quest VII et bénéficiant d'ajouts significatifs aussi bien
sur le plan scénaristique qu'en terme de gameplay, le jeu n'a pas
failli à la réputation de la série en se vendant à plus d'un million
d'exemplaires sur le sol nippon. C'est sur la base de ce premier remake
que ArtePiazza a repris le flambeau pour nous proposer une nouvelle
version adaptée à la portable de Nintendo. Mélangeant environnements en
3D et personnages en 2D, ce Dragon Quest IV est ainsi l'un des rares
RPG à utiliser de manière vraiment efficace le double écran de la DS en
affichant simultanément de la 3D sur les deux écrans et en permettant
de bouger la caméra à 360°. Malheureusement si ce petit tour de force
technique est suffisamment rare pour être signalé, il faut quand même
avouer que la fluidité du scrolling en prend un sacré coup et que la
lisibilité des environnements est assez médiocre lorsque le groupe est
en mouvement.
C'est d'autant plus dommage que l'apport de cette 3D sur
deux écrans reste finalement assez anecdotique avec une caméra qui
n'est contrôlable que dans les villages et dans certains donjons, même
si à l'occasion elle s'avère bien pratique pour dénicher un coffre
sournoisement planqué. Des titres comme Dragon Quest Monster Joker
(DQMJ) ou les remakes DS des Final Fantasy paraissent au final plus
fluides et plus impressionnants techniquement même si ce Dragon Quest
IV peut toujours compter sur une ambiance colorée et des graphismes
plutôt corrects durant les phases d'exploration. On ne pourra pas en
dire autant des combats particulièrement sobres qui restent fidèles au
style ancestral de la série et tranchent radicalement avec ceux du
huitième opus ou de DQMJ. Ainsi l'écran supérieur affiche les portraits
des membres de l'équipe en plus de quelques informations (action en
cours, points de vie et de magie, etc.) tandis que l'écran inférieur
nous présentent les ennemis sous la forme de sprites assez petits et
chichement animés. On regrettera surtout de ne jamais voir nos héros
autrement que sous forme de portrait ou lorsqu'un feu follet prend leur
apparence. Bref, techniquement ce nouveau remake reste plutôt agréable
sur DS et fait preuve d'une certaine audace sans pour autant rivaliser
avec des titres plus ambitieux également développés par Square-Enix.
L'épopée des chapitres
Au
delà de ces considérations techniques qui constituent pourtant
l'essentiel du travail d'adaptation réalisé par ArtePiazza, il faut
bien reconnaître que ce Dragon Quest IV est un RPG tout ce qu'il y a de
plus classique qui risque d'en rebuter plus d'un à cause d'un gameplay
profondément old school et d'un scénario plutôt indigent (mais
disposant d'une traduction française intégrale). La plus grande
originalité du titre reste encore aujourd'hui le système de narration
par chapitre qui présente petit à petit les différents protagonistes du
jeu ainsi que leur motivations faisant ainsi directement référence au
sous-titre américain du jeu : Chapters of the Chosen. |
Après un court
prologue destiné à nous faire découvrir un jeune héros (ou une jeune
héroïne, c'est selon) qui devra semble-t-il sauver le monde, le premier
chapitre s'attardera sur les aventures de Ragnar McRyan, un chevalier
rose à la moustache super virile parti à la recherche d'enfants
disparus sur l'ordre de son roi. Viendra ensuite le tour de la tsarine
Alina, accompagnée de ses fidèles suivants Kyril et Borya, qui quittera
le confort du château familial histoire de découvrir le monde et de
tataner du monstre. Le troisième chapitre s'intéressera quant à lui au
personnage de Torneko Taloon, un apprenti marchand moustachu et bien en
chair qui rêve d'ouvrir son propre magasin et de parcourir le monde à
la recherche d'armes rares. Franchement rafraichissant, ce chapitre est
certainement l'un des passages les plus agréables et les plus originaux
du jeu puisque ce bon vieux Torneko, particulièrement matérialiste,
n'hésitera pas à poireauter au comptoir du forgeron local histoire de
vendre des armes aux aventuriers de passage et se faire quelques
brouzoufs.
Rapidement répétitive et finalement très limitée, cette
première phase reste malgré tout suffisamment atypique pour être
signalée. Pour faire fortune, Torneko devra finalement prendre son
envol et partir en expédition de plus en plus loin afin de trouver des
armes et armures susceptibles d'être vendues à certains PNJ. Le
quatrième chapitre nous contera ensuite la quête de vengeance de Mina
et Maya, deux soeurs à la recherche de l'assassin de leur père, et
finalement tous ces personnages se retrouveront dans un cinquième
chapitre au cours lequel ils prendront pleinement conscience des
événements qui agitent leur monde et devront assumer leur condition
d'élus en empêchant le seigneur des monstres de détruire l'humanité.
Si
le casting est donc assez complet et que certains PNJ vous prêterons
main forte à l'occasion (bien qu'il ne soit pas possible de les
contrôler directement), il est cependant dommage qu'une fois l'équipe
de choc réunie, ces personnages auxquels on s'est tout de même un peu
attaché ne se manifestent plus du tout, rendant ainsi difficile une
quelconque empathie envers de simples sprites muets. C'est d'autant
plus rageant que le remake PlayStation de 2001 avait introduit un
système de discussion entre les personnages, également présent dans la
version DS japonaise mais inexplicablement absent des versions
occidentales. Une vraie déception donc ! A noter qu'un sixième chapitre
bonus, déjà présent dans le premier remake, se débloquera une fois le
boss de fin abattu et permettra de continuer l'aventure quelques heures
durant afin d'obtenir une fin un peu plus heureuse et de gonfler une
durée de vie initiale d'environ 25 heures. Quelques quêtes annexes
seront également disponibles comme le développement d'une ville
champignon qui changera d'architecture en fonction de type de PNJ
recrutés, et la classique collecte des mini médailles permettant
d'acquérir certains objets rares. Des fonctionnalités online
permettront même d'échanger les habitants de sa ville contre ceux
d'autres joueurs connectés. Une option assez anecdotique mais qui
pourra intéresser ceux qui se lanceront pleinement dans le
développement de leur petite ville.
C'est dans les vieux pots ...
Pour
finir abordons tout de même le gameplay, même s'il n'y a pas grand
chose à en dire vu son classicisme éhonté. Dans Dragon Quest IV les
possibilités sont en effet encore plus réduites que dans le huitième
opus ou dans DQMJ. La progression et l'acquisition de compétences se
fait automatiquement lors de la montée de niveau sans aucune
intervention de la part du joueur. Au mieux est-il possible d'utiliser
certains objets pour booster de façon permanente les caractéristiques
de ses persos préférés mais les amateurs de customisation devront se
contenter d'une gestion de l'équipement relativement complète. Les
combats sont comme toujours aléatoires et utilisent le système au tour
par tour typique de la série avec des possibilités qui se limitent à
attaquer, se défendre, lancer des sorts ou fuir. Quant aux phases
d'exploration, si elles sont un peu laborieuses au début du jeu en
raison de combats trop fréquents, l'acquisition de nombreux sorts de
terrains (téléportation, discrétion, etc.) et de plusieurs moyens de
locomotion permet de grandement faciliter les déplacements au bout de
quelques heures.
En conclusion Dragon Quest IV : L'Epopée
des Elus est un titre plutôt réussi et efficace dans son genre mais il
faut bien prendre en compte son coté profondément old school pour
éviter toute déception. Il émane toujours une certaine aura de ce
DraQue mais seuls sauront en profiter les nostalgiques capables de
prendre du plaisir sur un RPG au gameplay et au scénario sans surprise.
Alors même si tout est plutôt bien maitrisé, on ne peut s'empêcher de
penser que la série aurait tout de même besoin d'un bon coup de Swiffer
qui viendra peut-être avec le neuvième opus prévu pour mars 2009 au
Japon. En attendant les amateurs pourront guetter avec intérêt le
remake de l'épisode V qui devrait sortir en février 2009 au Etats-Unis
ou espérer avoir enfin des nouvelles du mystérieux sixième opus pour
lequel rien n'a encore filtré. |