20 à 30 nouveaux jeux indépendants par semaine sur l’eShop, une bonne chose pour la Switch ? Les développeurs et éditeurs répondent

Cela avait été évoqué pendant la dernière conférence des actionnaires de Nintendo, le directeur exécutif de la firme, Susumu Tanaka se donne en effet comme objectif la sortie d’environ vingt à trente jeux indépendants par semaine sur la boutique en ligne de la Switch. Si le succès des titres indépendants sur l’eShop n’est plus à prouver, avec certains jeux se vendant plus sur la console hybride que sur l’ensemble des autres plateformes, les développeurs sont-ils pour autant satisfaits de ce nouvel objectif accordant encore plus d’importance à la multiplicité des expériences proposées ? Plusieurs développeurs et éditeurs ayant déjà publié des titres via l’eShop, et qui en proposeront d’autres dans l’avenir, ont répondu à cette déclaration par l’intermédiaire d’IGN. Ainsi, les représentants entre autres de Yacht Club Games (Shovel Knight), Devolver Digital, d’Image & Form (SteamWorld Dig 2) et de Team17 se posent la question de la surcharge du marché, de l’amélioration de l’eShop, ou encore de l’éventuel manque d’intérêt de leur part pour la Switch vis-à vis de cette volonté de densification des offres.

 

 

Certains développeurs estiment que ces vingt à trente jeux hebdomadaires pourrait engendrer une surpopulation qui n’offrira pas forcément de bénéfice. Pour le développeur de Mutant Mudds, Jools Watsham, « vingt à trente jeux par semaine me semblent trop, je ne vois pas comment cela peut être positif pour tout le monde. Le marché est déjà bien saturé, mais Nintendo ne contrôle pas le nombre de titres que les développeurs ont choisi de publier. » 

Sur ce dernier point, certains créateurs notent qu’il existe toujours des vitrines numériques bien plus bondées, à l’image de Steam ou de l’App StoreBrjann Sigurgeirsson, PDG d’Image & Form, déclare ainsi que « Nintendo arrive toujours à gérer ses flux par rapport à l’App Store, Google Play ou Steam, mais tout le monde pense depuis un certain moment que ceux-ci sont bien trop surpeuplés non ? »

Harley Homewood, directeur du développement commercial de Team 17, se veut plus généraliste et plus positif : « C’est la nature même des boutiques numériques, pas seulement pour Nintendo, mais pour toutes les plateformes, c’est un environnement auquel nous sommes habitués et c’est incroyable de voir Nintendo proposer tous ces jeux indépendants de qualité. »

D’autres déclarent de leurs côté que le nombre de jeux n’est pas un facteur déterminant, en tout cas pas autant que de proposer un jeu qui vaut la peine d’être téléchargé. Selon un porte-parole de Devolver Digital, « même si un studio qui lance un jeu de l’eShop préférerait moins de concurrence, le nombre de jeux sortant en même temps importe cependant peu si ce que vous proposez est exceptionnel et bien anticipé. »

Par ailleurs, certains studios reconnaissent qu’une augmentation de la publication de jeux pourrait être nocive pour la firme de Nintendo elle-même. Brjann Sigurgeirsson affirme en effet que « Nintendo a bien sûr l’habitude de gérer le contenu de sa boutique, avec un système d’approbation de ses équipes. Plus de jeux signifierait cependant peut-être trop de travail. »

Quant à savoir comment Nintendo pourrait aider à atténuer ce problème de surpopulation, les développeurs évoquent des ajustements qui pourraient être faits sur l’eShop. Selon eux, la boutique actuelle a montré des signes d’amélioration depuis son lancement et offre de nombreuses opportunités pour aiguiller le joueur, notamment depuis sa dernière mise à jour, favorisant la recherche et la découverte de titres. D’autres ajustements pourraient subvenir avec autant de nouveaux jeux à promouvoir. David D’Angelo de Yacht Club Games propose de « créer des systèmes pour permettre aux joueurs de trouver plus de jeux liés à ceux qu’ils ont acheté, rechercher par éditeur, rechercher par des systèmes de notations, découvrir le jeu par catégories, voir la popularité du jeu par jour/semaine/mois… »

Certains pensent aussi que Nintendo peut apprendre d’autres boutiques en ligne, tandis que d’autres mettent plutôt en garde la firme contre son adaptation à leurs pratiques, comme le PDG de Dotemu, Cyrille Imbert : « j’espère qu’ils ne suivront pas l’exemple de Valve avec ses fonctionnalités ultra-personnalisées, car il nous est plus difficile pour nous, développeurs et éditeurs, de comprendre exactement comment gagner en visibilité. »

De son côté, Brjann Sigurgeirsson déclare que Nintendo peut tout de même tirer des leçons des autres marchés déjà bondés. Selon lui, le fait d’aider les développeurs à rester facilement accessibles peut aider à assurer leur volonté de continuer à développer sur Switch : « ils devraient se dépêcher de regarder et de mettre en œuvre ce que les services surpeuplés font déjà : les jeux phares du jour/de la semaine, les rubriques de recommandations, etc. Assurer une forte visibilité n’est pas seulement un avantage pour les joueurs, mais aussi pour la stabilité de la production sur l’eShop. Nintendo doit également niveler la validation des jeux pour que les petits développeurs perdurent. Il est évident que la découverte sur Steam ou sur App Store favorise les sociétés qui ont déjà beaucoup de succès. Parce qu’il est généralement plus difficile de réaliser des jeux sur Switch pour la première fois, les développeurs peuvent y tenter leur chance et s’ils échouent, ils peuvent décider de laisser tomber. »

 

 

Cependant, l’ensemble des développeurs et éditeurs ont clairement indiqué que, même si le marché sur Switch se densifie, aucun d’entre eux n’a l’intention de stopper la production de titre sur l’eShop. Devolver Digital et Team17 ont tous deux déclaré qu’ils envisageaient coûte que coûte de continuer à publier sur la plateforme, et les développeurs ne voient pas l’obectif de Nintendo comme une raison pour tout stopper. Beaucoup d’entre eux affirment finalement que la qualité de leurs jeux, et ceux généralement publiés sur l’eShop, déterminera ceux qui méritent le succès. David D’Angelo est cet avis : « Nous continuerons à produire les meilleurs jeux possibles, peu importe qu’il y ait un ou un million de jeux par jour. La Switch est une console incroyable, et nous continuerons à la soutenir de nos meilleurs efforts. »

Même son de cloche chez Image & Form : « Nous nous inquiéterions si les nombres de jeux plus élevés signifiaient que tous ces jeux à venir étaient meilleurs que les nôtres, mais j’ai bon espoir que les jeux d’Image & Form, Zoink et d’autres développeurs publiés par Thunderful resteront de grande qualité. »

Quand bien même, comme certains développeurs l’ont noté, ce nombre déclaré par Nintendo ne changera pas nécessairement le marché du jeu vidéo pour autant. Jool Watsham le concède, « le marché est déjà saturé, donc ajouter à 20-30 jeux par semaine ne changera pas le défi dont les développeurs indépendants font déjà face aujourd’hui. » 

Plus évasif, Cyrille Imbert conclue : « Quoi qu’il arrive, c’est génial que la Switch existe et même avec plus de jeux à venir, la console restera une option très solide. Nous ne changerons donc pas nos plans, du moins pour l’instant. Mais cette situation peut être complètement différente dans quelques semaines/mois, qui sait ? Nous devons rester concentrés sur les jeux eux-mêmes et nous espérer le meilleur. »

  • Nintendo-Difference

    par Chozo

    le 19 juillet 2018 à 10:44

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