C’est la grande interrogation, la plus grande crainte des constructeurs et personne ne détient la solution. À chaque fin de cycle, la gestion de la transition commerciale entre deux générations de console de même marque est une équation qui affole tous les états-majors, même les plus aguerris. Au sortir de l’ère GameCube, Nintendo n’avait pas hésité à saborder sa console en convalescence permanente pour mieux introduire la Wii. 6 ans plus tard et un parc mondial de 85 millions de consoles, la problématique est nettement plus aigüe.
En effet, un difficile exercice d’équilibriste attend Nintendo. Tout juste réinstallé au premier rang mondial après une traversée du désert longue de deux décennies, Nintendo remet en jeu sa position de leader. Le passage de relai entre ses deux machines devra se dérouler en douceur par la mise en place d’un ingénieux système de vase communicant. Véritable poule aux œufs d’or, le géant japonais gèrera l’extinction avec tact « nous allons concentrer nos efforts marketing en direction du consommateur dormant » réagit Reggie Fils-Aimé dans les colonnes du magazine Forbes. Ces derniers se compteraient « par millions » d’après le président de NoA « pas seulement aux États-Unis, mais dans l’ensemble du continent américain. » Tandis que le rouleau compresseur marketing que Nintendo s’apprête à dérouler pendant les fêtes de fin d’année « s’adressera à ceux qui recherchent de meilleurs graphismes, des services inédits ainsi que des jeux d’un genre nouveau. » Les arguments commerciaux décisifs ajoutés à la familiarité de l’environnement périphérique entre les deux consoles assurent une liaison quasi consanguine entre elles. Ainsi, le joueur soucieux de capitaliser sur son équipement acquis ne sera pas dépaysé sur Wii U.
Bien que Reggie Fils-Aimé cite en exemple « le travail phénoménal » réalisé par Sony dans la gestion de la prolongation de la durée de vie de la PlayStation 2 grâce à « un marketing adapté » à chaque strate de consommateurs, il feint d’oublier que l’alchimie n’a pas fonctionné. Écrasée par le triomphe insolent de la PS2, la nouvelle console de salon de Sony n’a pas été en mesure de capter ces mêmes joueurs lui préférant les sirènes de la concurrence.
Cette intervention tient donc davantage de la posture déclarative. Afin que la lune de miel entre Nintendo et les joueurs continue, le constructeur décidera soit de se couper un bras en suicidant à petit feu une Wii devenue trop encombrante, soit de surcapitaliser la nouvelle entrante afin que celle-ci rencontre au plus vite un vif succès. Ce déchirement stratégique questionne la capacité de Nintendo à tirer les douloureux enseignements du passé.
