Le site Aftermath a découvert une plainte déposée ce vendredi 6 mars 2026 devant le Tribunal de commerce international des États-Unis (United States Court of International Trade) par Nintendo of America. L’entreprise a décidé de poursuivre le gouvernement américain en justice concernant les droits de douane très élevés imposés à partir de 2025 par le président Donald Trump. Comme le rappelle Aftermath, la Cour suprême des États-Unis a invalidé en grande partie ces droits de douane à l’heure actuelle, mais la situation reste incertaine pour les entreprises qui fabriquent des produits en dehors des États-Unis et les expédient en son sein. Ces droits de douane avaient été annulés à partir du 20 février, mais en réponse, Donald Trump a promis d’imposer de nouveaux droits de douane de 15 % sur de nombreuses importations mondiales en vertu de l’article 122 de la Loi sur le commerce de 1974. À la suite de cette déclaration, une vingtaine d’états ont contesté ces nouveaux tarifs douaniers en déposant une plainte. Le cas de Nintendo of America n’est pas à part : plus de 1 000 entreprises, dont FeDex ont également poursuivi le gouvernement américain en justice, car elles considèrent que la mise en place de ces droits de douane est illégale.
Le procès intenté contre le gouvernement américain par Nintendo of America, dont la plainte est consultable entièrement à cette adresse, vise en grande partie le remboursement des droits de douane précédemment imposés par Donald Trump et finalement invalidés par la Cour suprême des États-Unis. Il y est indiqué que, par l’intermédiaire de ses avocats, Nintendo of America allègue et déclare que les mesures commerciales illégales qui ont été mises en place ont entraîné, à ce jour, la perte de 200 milliards de dollars de droits de douane sur les importations en provenance de presque tous les pays. La Cour suprême avait estimé que le président ne pouvait pas invoquer la loi américaine International Emergency Economic Powers Act (IEEPA) pour mettre en place ces droits de douane. Dans la plainte déposée ce vendredi, les avocats de Nintendo listent le secrétaire au Trésor des États-Unis Scott Bessent et son département, l’ancienne secrétaire à la Sécurité intérieure des États-Unis Kristi Noem et son département, le représentant au Commerce des États-Unis Jamieson Greer et son Bureau, le commissaire des douanes et de la protection des frontières des États-Unis Rodney S. Scott et son Service ainsi que le secrétaire au Commerce des États-Unis Howard Lutnick et son département. Contacté par Aftermath, Nintendo a confirmé le dépôt de la plainte, mais n’a rien voulu ajouter de plus à ce sujet.
Le site explique que le Tribunal de commerce international des États-Unis a l’autorité pour les affaires civiles liées aux douanes et au commerce international dans le pays. C’est ici que toutes les poursuites judiciaires à ce sujet sont jugées. Le Service des douanes et de la protection des frontières a indiqué ne pas pouvoir se conformer à l’ordonnance de remboursement. Dans un document déposé auprès du tribunal, le Service des douanes et de la protection des frontières a révélé avoir perçu environ 166 milliards de droits de douane IEEPA depuis l’année dernière, concernant plus de 330 000 importateurs qui ont fait plus de 53 millions d’entrées. Ce mercredi, le juge Richard Eaton a déclaré que les entreprises avaient droit à un remboursement. C’est ensuite ce vendredi que le Service des douanes et de la protection des frontières a affirmé dans un document (consultable entièrement à cette adresse) être dans l’incapacité de se conformer à l’ordonnance de remboursement des droits de douane à l’heure actuelle. D’après le Wall Street Journal, un système pourrait être « opérationnel » dans 45 jours.
Dans les pages de la plainte déposée par Nintendo, les avocats remontent au 1er février 2025, date à partir de laquelle Donald Trump avait mis en place des décrets présidentiels considérés comme illégaux, imposant des droits de douane sur les importations provenant d’un grand nombre de pays. À la suite de cela, la situation a évolué rapidement, puisque les droits de douane ont été fortement augmentés, puis suspendus et à nouveau augmentés, jusqu’à atteindre plus de 125 % pour les produits venant de Chine avant de revenir à 34 % en mai 2025. La plainte déposée par Nintendo of America rejoint les nombreuses contestations judiciaires, mais comme indiqué dans les pages de la plainte déposée par Nintendo, l’administration Trump a continué d’appliquer ces droits de douane. D’après les avocats de Nintendo, il s’agit d’une violation de la loi fédérale International Emergency Economic Powers Act de 1977, ce qui justifie donc leur demande de remboursement des droits de douane payés depuis le mois de février 2025. Ils continuent en indiquant que tous les tarifs douaniers perçus au titre de l’IEEPA doivent être remboursés avec intérêts et que le gouvernement a concédé ce point dans d’autres documents judiciaires.
Nintendo demande au tribunal le remboursement des droits de douane qui ont dû être payés, « avec intérêts ». Les avocats continent en indiquant que Nintendo of America peut intenter une action en justice car elle importe des marchandises soumises aux droits de douane IEEPA. En effet, comme le rappelle là aussi Aftermath, Nintendo fabrique ses consoles et ses accessoires à l’étranger, principalement au Vietnam et en Chine. Comme cela a été abordé à plusieurs reprises, Nintendo s’apprêtait à sortir, en 2025, sa nouvelle console, la Nintendo Switch 2, ainsi que ses accessoires, ce qui a donc impacté la société. Le sujet a d’ailleurs été évoqué plusieurs fois, notamment par le président actuel de l’entreprise, Shuntaro Furukawa, et Hajime Murakami (Executive Officer, et la personne en charge des relations avec les investisseurs). Cela avait eu également un impact sur le lancement des précommandes de la console aux États-Unis et au Canada, initalement prévues pour le 9 avril, qui avaient dû être repoussées au 24 avril. Les prix pour les accessoires Switch 2 ont dû subir des augmentations de prix à cause de la hausse des droits de douane.
À cette époque, Nintendo ne citait pas le gouvernement américain et les décisions prises par Donald Trump, et évoquait brièvement « l’impact potentiel des tarifs douaniers et l’évolution des conditions du marché ». Les déclarations de Furukawa étaient plus détaillées. Par exemple, il précisait en mai dernier que les projections financières de Nintendo avaient été établies sur la base de l’hypothèse de droits de douane américains de 10 % sur les produits fabriqués au Japon, au Vietnam et au Cambodge, et de 145 % sur la Chine. Il rappelait que la production des produits Nintendo au niveau hardware au Japon se situe en Chine, au Vietnam et au Cambodge, tandis que pour le marché nord-américain, elle se situe principalement au Vietnam. L’information concernant le Vietnam était d’ailleurs déjà connue un mois plus tôt.
Dans le même temps, The Pokémon Company International a réagi à un message posté par le compte Twitter officiel de La Maison-Blanche, contenant un « meme » utilisant la police de caractère de Pokémon Pokopia avec son visuel principal où le slogan tristement célèbre « make america great again » est écrit (en faisant manifestement usage du générateur mis en place par pixelframe), faisant suite aux nombreuses demandes d’explications formulées par des internautes auprès de Pokémon et Nintendo. La réponse adressée aux médias, écrite par Sravanthi Dev, porte-parole de The Pokémon Company International, a été partagée par TIME. Elle affirme que la société a pris connaissance de contenus récemment partagés sur les réseaux sociaux utilisant des images associées à leur marque, et qu’ils n’ont participé ni à leur création ni à leur diffusion. La réponse continue en indiquant qu’aucune autorisation n’a été accordée pour l’utilisation de leur propriété intellectuelle, que leur mission est de rassembler le monde et que celle-ci n’est liée à aucune opinion ou agenda politique. En réponse au Tweet de la Maison-Blanche, plusieurs internautes ont partagé leurs propres montages utilisant là aussi le générateur, avec notamment des références aux mentions de Donald Trump dans les dossiers Epstein et diverses accusations autour du même sujet.
Il y a plusieurs mois, The Pokémon Company International avait aussi réagi à la suite de la publication d’un autre message, cette fois-ci posté par le compte Twitter officiel du département de la Sécurité intérieure des États-Unis et par le compte TikTok de la Maison-Blanche. Il contenait une vidéo montrant plusieurs arrestations effectuées par des agents de la patrouille frontalière et de l’ICE, avec le fameux slogan « Gotta catch ’em all » (« Attrapez-les tous ! ») et une séquence provenant du premier générique d’ouverture de l’anime Pokémon avec Sacha Ketchum ainsi que des images de fausses cartes Pokémon représentant les portraits de personnes arrêtées par l’ICE et leurs crimes présumés. The Pokémon Company International a adressé un message à la BBC, dans lequel il est indiqué que la société a pris connaissance d’une vidéo récente publiée par le département de la Sécurité intérieure des États-Unis qui contient des images et des propos associés à leur marque. Elle affirme ne pas avoir été impliqué dans la création ou la distribution de ce contenu, et aucune autorisation n’a été accordée pour l’utilisation de leur propriété intellectuelle. Ce message est toujours en ligne, tout comme celui cité plus haut. À ce jour, on ne sait pas si The Pokémon Company International a pris des mesures par rapport à la publication de ces messages en dehors des déclarations adressées aux médias. Il est déjà arrivé qu’une vidéo partagée par le compte Twitter du département de la Sécurité intérieure des États-Unis soit supprimée. En effet, en octobre dernier, il publiait une vidéo utilisant la chanson Little Dark Age du groupe MGMT. Elle a été supprimée grâce à une demande de retrait en vertu de la loi DMCA (Digital Millennium Copyright Act), bien qu’elle soit toujours disponible sur Instagram en tant que « contenu inapproprié » (elle l’était aussi toujours sur Bluesky après la suppression sur Twitter, mais elle a finalement été aussi supprimée). Il a été remarqué que cette chanson a été récupérée ces dernières années par des milieux néonazis et suprémacistes blancs, au point qu’elle devienne le morceau le plus populaire parmi les créateurs extrêmistes sur TikTok d’après un rapport publié par l’Institute for Strategic Dialogue en 2021. Elle était souvent utilisée dans des vidéos faisant référence au fondateur du Parti nazi américain, George Lincoln Rockwell, et au « nazisme ésotérique ».