Notre test de Neva, initialement paru le 14 octobre 2024, vient d’être mis jour afin d’intégrer notre avis sur le contenu téléchargeable Neva : Prologue, disponible depuis le 19 février 2026 au prix de 2,99 €. Pour faciliter la lecture de ces nouveaux éléments, nous vous les proposons également dans le présent article.
Test réalisé sur Nintendo Switch 2 à partir d’un code fourni par l’éditeur.
Un peu plus d’un an après avoir marqué les esprits avec Neva, Nomada Studio nous propose, depuis le 19 février dernier, un prologue d’à peine plus d’une heure, vendu à un prix symbolique de 2,99 €, qui nous présente les origines du lien entre Alba et la petite louve. L’aventure s’ouvre sur une séquence où Alba, lancée à la poursuite d’un essaim de papillons immaculés, se retrouve au plus profond de marécages gangrenés par la corruption où elle croise le chemin d’un louveteau terrorisé, livré à lui-même. Ici, pas de compagne majestueuse sur laquelle chevaucher, ni d’attaques combinées dévastatrices : Neva est un être fragile qu’il faut d’abord apprivoiser, puis porter dans ses bras à travers des terres mourantes. Ce choix de design, aussi contraignant qu’ingénieux, modifie radicalement l’approche du joueur. En effet, il est impossible de faire des doubles sauts, d’esquiver ou de dasher tant que l’on tient le petit animal, ce qui oblige à repenser chaque affrontement et chaque séquence de plateforme avec une prudence inhabituelle.
Les développeurs en profitent pour proposer trois zones inédites, chacune dotée de ses propres mécaniques, parmi lesquelles on retiendra d’astucieuses énigmes de lumière et d’ombre où des plateformes ne se matérialisent que sous certaines conditions d’éclairage, ainsi que de nouveaux ennemis servant de trampolines pour atteindre des recoins surélevés. Les affrontements de boss se révèlent d’une intensité redoutable, clairement calibrés pour les joueurs ayant déjà triomphé de l’aventure principale. Quant aux séquences d’infiltration et de poursuite face à l’un d’entre eux, elles apportent une tension bienvenue qui tranche avec le rythme contemplatif de certains passages. Si la frustration pointe parfois le bout de son nez lors de sauts millimétrés avec le louveteau dans les bras, la mécanique du protecteur parvient à renforcer un sentiment de vulnérabilité qui sert admirablement le propos émotionnel du jeu : celui d’un instinct de protection brut, viscéral, et de la nécessité de tisser un lien de confiance avec un être apeuré avant de pouvoir espérer avancer ensemble.
Sur le plan artistique, Nomada Studio confirme une maîtrise qui force le respect. La direction artistique, avec cette patte graphique si reconnaissable, entre aplats sans contours et textures néo-impressionnistes, demeure un enchantement visuel à chaque instant, même si l’on reconnaîtra ici et là des environnements familiers empruntés au jeu de base. Ce sentiment de déjà-vu est évidemment compréhensible pour une préquelle se déroulant dans le même monde, mais il atténue légèrement la sensation d’émerveillement qu’on pouvait ressentir en découvrant l’aventure originale. La bande-son orchestrale, toujours aussi poignante, habille chaque scène avec une précision émotionnelle remarquable, renforçant un ton encore plus sombre et mélancolique, tout en contribuant à installer une atmosphère de fragilité oppressante et étouffante. On regrettera évidemment la brièveté de l’ensemble, qui se boucle d’une traite sans laisser le temps de souffler, mais à trois euros, il serait malhonnête de reprocher à ce prologue de ne pas offrir davantage. Neva : Prologue est une parenthèse éphémère mais sincère qui ne révolutionne certes pas la formule du jeu original, mais prouve que la magie de Nomada Studio opère toujours, même en miniature.
En définitive, ce prologue s’adresse avant tout aux joueurs déjà conquis par l’aventure originale, qui trouveront ici un écho touchant à leur attachement pour Alba et sa compagne, ainsi qu’un plaisir certain à remonter le fil d’une complicité dont le jeu de base nous privait de la genèse. On regrettera presque qu’il ne soit proposé qu’en DLC, tant cette préquelle aurait tout d’une porte d’entrée idéale vers l’univers de Nomada Studio, capable de convaincre les néophytes, par sa brièveté assumée et son tarif dérisoire, de se laisser happer par l’aventure complète. À ce titre, Neva : Prologue ne bouleverse rien et n’essaie d’ailleurs jamais de le faire ; il confirme plutôt, avec cette humilité qui sied si bien au studio barcelonais, que certains univers gagnent parfois à être revisités par la petite porte pour un effet tout aussi marquant.