En résumé
L'avis de Kalimari
En dépit de son âge, Bastion reste une petite merveille du jeu vidéo indépendant. Toujours aussi séduisant, en grande partie grâce à sa bande-son marquante, sa narration dynamique et son univers qui tape là où il faut au niveau émotionnel, difficile de bouder notre plaisir. Pour autant, l'œuvre de Supergiant Games n'est pas sans défaut, à commencer par un gameplay faussement riche et qui tend à se répéter bien trop vite. En dépit d'un arsenal varié et imposant, de bonus et de malus passifs à activer quand bon nous semble, le système de combat se révèle assez générique. La courbe de progression, pas bien élevée, souffre aussi d'un challenge global qu'on qualifierait de faible (mais jamais gratuit, nuance). Vous savez quoi ? Ce n'est pas bien grave en fait, car l'atmosphère sombre et nostalgique dégagée par le titre, la réflexion qu'il propose sur les thèmes du pardon, de la guerre et de la mémoire, ou encore ses représentations visuelles et sonores d'un monde fracturé et en proie au déclin sont autant de qualités prêtes à nous faire oublier ses errances épisodiques de game design.
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par Kalimari
le 21 février 2026 9:00
Disponible sur le Nintendo eShop depuis le 13 septembre 2018, Bastion est un Action-RPG édité et développé par les Franciscanais de Supergiant Games. Aujourd’hui reconnus pour être les créateurs d’Hades, il faut en réalité remonter jusqu’en 2011 pour découvrir leurs premiers travaux. Figure majeure du Xbox Live Arcade, Bastion est un titre important au sein de la sphère indépendante, affichant pour l’époque une production particulièrement impressionnante vis-à-vis de ses pairs. Depuis, quatorze ans et deux générations de joueurs ont passé, mais en rien ses qualités ne semblent s’être détériorées.
Test réalisé sur Nintendo Switch à partir d’une version commerciale
L’histoire du jeu prend place durant la Calamité, une catastrophe ayant brisé le monde en multiples morceaux. Des terres flottantes, cicatrices d’un mal ancien ayant réduit en poussière la majorité des habitants de la région de Caelondia. Dans la peau du Kid, le joueur se rend en direction d’un refuge prévu en cas d’incident majeur. Son nom : le Bastion. Il y fera la rencontre de Rucks, un vieillard qui servira de mentor au Kid, mais aussi de narrateur durant toute l’aventure du jeu. Ensemble, il leur faudra remettre leur abri sur pied pour, peut-être, sauver leur monde. Pour cela, un seul objectif : récupérer des noyaux dispersés aux quatre coins de la région, lesquels permettront de reconstruire sur les ruines de l’ancien monde, mais aussi de remettre à flot le sanctuaire volant. Point fort majeur du titre, l’histoire de Bastion est un véritable plaisir à suivre. En partie grâce aux rebondissements scénaristiques qui l’émaillent, mais aussi et surtout grâce au narrateur et à sa voix suave (doublé par Logan Cunningham), toujours là pour décrire les pensées du Kid et ses actions.
Si le jeu ne dispose pas de doublage français, le rythme du jeu permet de suivre tranquillement les événements de l’histoire. Il y a bien quelques combats à mener durant les monologues de Rucks, mais rien qui n’empêche de suivre correctement ses soliloques. Accompagné par une bande-son de Darren Korb, son premier travail dans le cadre d’un jeu vidéo, le charme opère du début à la fin de notre quête, notamment lors des morceaux chantés. Mélange d’instruments acoustiques et de samples façon trip hop, l’ensemble donne un résultat rarement – jamais ? – entendu dans le média. Fort d’une direction artistique assumée, Bastion se révèle également être très plaisant à regarder, avec son style artistique généreusement coloré, comme peint à la main. Si les animations du titre restent globalement assez basiques et rigides, elles n’entachent jamais la fluidité et la lisibilité des affrontements ou des déplacements. Très joli sur téléviseur, le jeu est encore plus agréable à parcourir en mode portable.
Sur le terrain, le Kid peut se balader avec deux armes à la main, parmi une sélection de dix pièces que le joueur débloquera au fil du temps. Avec sa caméra en vue isométrique, Bastion permet à la fois d’appréhender au mieux les affrontements avec plusieurs ennemis, mais peut également empêcher le joueur d’être assurément précis dans ses déplacements et les coups qu’il porte. Un défaut inhérent au point de vue adopté, mais dont l’impact reste moindre face à la profondeur même du système de combat. En effet, Bastion souffre d’une certaine répétitivité dans les nombreuses rixes qu’il propose, et ce en dépit de l’important arsenal évoqué plus haut. Le bestiaire du titre apparaît comme un poil trop léger, mais surtout, son approche reste souvent la même : de manière frontale. Une attaque spéciale liée à l’arme, des esquives et des contres viennent compléter des possibilités plaisantes, mais somme toute sommaires.
Doté d’une barre de vie et d’une jauge d’expérience, le Kid peut aussi transporter des objets, comme des potions régénérant la santé ou des toniques noires, lesquelles déterminent le nombre d’utilisations de son attaque spéciale. Augmenter de niveau octroie aux joueurs davantage de points de vie, mais aussi la capacité d’équiper des améliorations qu’ils auraient préalablement débloquées. Pour cela, direction le Bastion. En échange de noyaux récupérés à la fin des niveaux, le Kid gagne la possibilité de construire un nouveau bâtiment. La Forge permet de créer et d’améliorer les armes, comme un bouclier pour contrer des attaques ennemies et les étourdir, un marteau, une paire de pistolets, un lance-flammes ou encore un mortier, pour ne citer qu’elles. En échange de fragments, la monnaie du jeu, le Kid peut donner de nouvelles propriétés passives à ses armes. L’Arsenal permet de les tester et de les équiper avant de partir en mission.
La Distillerie, elle, offre la possibilité de s’octroyer des bonus passifs intéressants, comme une santé ou une résistance aux dégâts accrues, des chances de coups critiques plus élevées, et davantage encore. Prenant la forme de spiritueux, on ne peut en activer qu’un certain nombre, souvent égal au niveau du Kid. Les spiritueux, eux, sont à acheter avec des fragments. Pour en récupérer plus facilement, deux solutions existent : remplir des objectifs au Mémorial ou activer les idoles des Dieux au Sanctuaire, pour peu qu’on les ait préalablement bâtis. Si le Mémorial donne ses gains instantanément, il ne le fait qu’une seule fois par objectif atteint (tuer un certain nombre d’ennemis avec une arme bien précise, ramasser X éclats, etc.). Le Sanctuaire, lui, est davantage intéressant sur la durée, mais impose au joueur des malus (ennemis plus rapides, plus résistants, plus mortels, etc.), rendant le titre plus complexe à traverser. De quoi donner davantage de challenge à un jeu un peu trop facile à notre goût. En cas de mort, le joueur se retrouve téléporté au début du niveau ; une mort supplémentaire, et il est renvoyé au Bastion.
Pour les plus jeunes ou les joueurs moins aguerris, qu’ils aient activé des idoles ou non, un mode « sans soucis » est aussi disponible. Dans celui-ci, le Kid n’est jamais renvoyé au début du niveau et, surtout, il peut mourir autant de fois qu’il le veut sans craindre un retour au Bastion. Une option appréciable donc, mais qui risque de ne pas concerner grand monde. À partir de l’abri, le joueur peut choisir le niveau qu’il veut explorer. Au-delà des épreuves classiques, avec un début et une fin, d’autres ressemblent davantage à des tutoriels propres à chaque arme. Non content d’apprendre à maîtriser son arsenal, le joueur peut aussi y remporter des prix différents selon son score ou son temps réalisé, comme des ressources nécessaires à l’amélioration de ces mêmes armes. Pour les niveaux plus réglementaires, s’ils sont assez linéaires, ils possèdent tout de même une part d’exploration. Le sol se dessinant progressivement sous les pas du joueur, il propose de temps à autre des routes annexes, au bout desquelles il n’est pas rare de trouver des lots de fragments, des objets liés au lore du jeu, des recharges pour les potions de santé et les toniques, ou même des plans dédiés à l’achat des armes et des spiritueux.