En résumé
L'avis de Kayle Joriin
Se plonger dans Castle of Heart : Retold, sept ans après la sortie du jeu original sur Switch, est une expérience étrangement nostalgique. On se remémore la médiocrité du titre à son lancement, ainsi que le professionnalisme dont ont fait preuve ses développeurs pour corriger leur copie, et on est obligé de saluer cette persévérance qui les pousse aujourd'hui à sortir une version remastérisée de leur tout premier jeu alors que personne ne l'attendait vraiment. Il est également indéniable que cette version 2025 de Castle of Heart est la meilleure à ce jour et on apprécie donc vraiment le chemin parcouru depuis 2018. Sauf qu'une fois de plus, la concurrence est telle dans le genre action-plateforme qu'il est difficile de recommander sans arrière-pensée une production certes sympathique, mais jamais transcendante. A fortiori lorsqu'on y a déjà goûté dans sa précédente itération et qu'il faut ressortir une quinzaine d'euros.
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par Kayle Joriin
le 17 novembre 2025 10:00
Le 23 mars 2018, le studio polonais 7Levels sortait son tout premier jeu, Castle of Heart, en exclusivité sur Nintendo Switch. Présenté un peu vite par certains comme le Dark Souls du jeu d’action-plateforme, le titre n’avait clairement pas réussi à se hisser à la hauteur de son modèle. Entre sa maniabilité lourdingue, ses idées de gameplay contestables, sa réalisation médiocre et son scénario quelconque, il n’avait d’ailleurs pas grand-chose pour lui, même si on pouvait réussir, avec pas mal d’abnégation et un brin de masochisme, à y trouver un semblant d’intérêt nanardesque. Malgré des critiques assassines, les développeurs de Cracovie ne s’étaient cependant pas découragés et ils avaient proposé une mise à jour salvatrice corrigeant les principaux problèmes du titre, en particulier le manque flagrant de réactivité des commandes qui plombait les séquences de plateforme et de combat. Le vilain petit nanar s’était alors transformé en une production honorable pouvant éventuellement satisfaire les plus curieux, surtout vu les promotions agressives pratiquées régulièrement sur l’eShop. Afin de rendre compte des améliorations apportées par la version 1.1.0 et de saluer le travail de suivi effectué, nous avions décidé de mettre à jour notre test, puis nous en étions restés là, mais pas 7Levels, manifestement ! Sept ans après, voici donc que débarque Castle of Heart : Retold, une revisite du jeu original, cette fois-ci destinée à l’ensemble des supports, ou presque, puisqu’il est disponible depuis le 3 octobre 2025 sur PC (via Steam), PlayStation 5, Xbox Series X|S et Nintendo Switch.
Test réalisé sur Nintendo Switch 2 à partir d’un code fourni par l’éditeur.
Côté scénario, si les grandes lignes demeurent identiques, on note des efforts significatifs pour ancrer l’aventure dans un univers inspiré de la mythologie slave, qui transparaissait déjà en 2018, mais était très peu exploité. Le méchant sorcier qu’il va falloir occire est désormais un serviteur de Chernobog, dieu de la nuit et de l’obscurité. Mira, la jeune femme qu’on doit sauver, est pour sa part la dernière prêtresse de Mokosh, déesse de la terre mère et nourricière. Quant au chevalier qu’on incarne, il se fend d’un nouveau nom plutôt classe : Svaran. Cela ne change certes pas fondamentalement l’intérêt d’une histoire globalement très basique, néanmoins, on ne peut que louer la réécriture de la quasi-totalité des dialogues et des textes puisque le résultat est tout de même nettement plus convaincant que par le passé. Manque de bol, notre héros est à nouveau victime, dès l’introduction, d’un sort de pétrification, partiellement rompu par une larme de sa promise. Il peut dès lors se mouvoir et tabasser ses adversaires, mais son corps de pierre s’effrite peu à peu, ce qui se traduit par une diminution inexorable de sa jauge de santé.
Comme à l’époque, ce principe de perte de vie continue n’est pas des plus engageants. Il instaure une certaine tension, qu’on pourra éventuellement trouver motivante, mais il est aussi souvent assez frustrant, surtout lorsque le level design s’étoffe avec des niveaux jouant davantage sur la verticalité, ce qui donne envie de les explorer plus librement pour en découvrir les secrets. Bien entendu, il existe différentes manières de regagner de l’énergie afin de retarder son trépas, que ce soit en éliminant des ennemis, en récupérant des pierres de soin ou en atteignant un point de contrôle offrant une régénération complète. De plus, il est possible d’augmenter sa jauge de vie en récoltant des cristaux de Mokosh, cachés dans chaque niveau, qui sont une fusion entre les orbes d’expérience du titre original et les fragments de cœur qu’il fallait collectionner pour débloquer la vraie fin du jeu.
Malgré tout, on peut rapidement se retrouver victime de la fameuse double peine déjà critiquée dans notre test de 2018. Lorsque la santé de Svaran est à son minimum, il perd ainsi l’usage de son bras droit, l’empêchant d’utiliser les armes secondaires et les projectiles explosifs qu’il peut ramasser en cours de route. Heureusement, Castle of Heart : Retold enrichit son système avec deux nouveaux coups spéciaux, utilisables en remplissant une jauge dédiée, qui apportent clairement une variété supplémentaire aux affrontements. Évidemment, il ne faut pas s’attendre ici à un jeu d’action-plateforme ultra-nerveux. Svaran a beau répondre au doigt et à l’œil (une option permettant d’ailleurs de régler la zone morte des sticks), il n’est pas non plus d’une agilité folle. Il faudra donc anticiper les déplacements et les attaques des ennemis, tout en usant de la fameuse roulade, pour éviter de laisser des gravillons dans la bataille. Cela dit, on ne peut nier que les combats sont désormais sensiblement plus plaisants et réactifs. Quant aux phases de plateforme, elles n’évoluent pas forcément, mais demeurent plutôt correctes.
Le dernier point sur lequel Castle of Heart : Retold avait une carte à jouer est sans conteste celui de la réalisation. Autrefois exclusif à la Switch, le titre se devait en effet de faire peau neuve pour débarquer sur PlayStation 5, Xbox Series X|S et PC. Or, bien que la bande-son reste toujours assez peu convaincante, la cure de jouvence visuelle est en revanche indiscutable, que ce soit au niveau des décors ou des personnages. Sans crier au chef-d’œuvre artistique, il faut reconnaître que le jeu s’est considérablement embelli et que certains passages ne sont pas vilains du tout. Le souci, c’est que la version Switch ne rend pas vraiment hommage à cette refonte visuelle. On perd non seulement pas mal en détails et en finesse, certains arrière-plans se transformant même parfois en véritable bouillie de pixels, mais le framerate est une nouvelle fois limité à trente images par seconde, y compris lorsqu’on joue sur Switch 2 via la rétrocompatibilité. À choisir entre les deux machines, la petite dernière de Nintendo est incontestablement celle à privilégier afin d’atténuer au maximum les lacunes techniques constatées sur Switch. Néanmoins, on aurait apprécié une version native et on espère que si elle débarque un jour, une option de mise à niveau sera proposée.