En résumé
L'avis de Kayle Joriin
En faisant la synthèse entre l'ambiance de Dark Quest 3 et le gameplay de Dark Quest 2, ce quatrième épisode ravira sans aucun doute les fans de la série de Brain Seal, ainsi que les nostalgiques d'HeroQuest. Le feeling « jeu de plateau » est en effet très présent et plutôt bien rendu. Quant aux mécaniques de jeu de rôle tactique, bien qu'allégées par rapport aux références du genre, elles sont aussi efficaces qu'accessibles, offrant une expérience maitrisée. Malheureusement, avec une durée de vie limitée à une dizaine d'heures, un contenu pas forcément étoffé par rapport à ses prédécesseurs, et l'absence étonnante de certaines mécaniques de jeu, Dark Quest 4 a du mal à justifier son prix, deux fois supérieur à celui d'un Dark Quest 2 qui tient toujours très bien la route six ans après sa sortie. Si vous avez fini et aimé les précédents jeux de la franchise, ce nouvel opus remplira parfaitement son rôle, mais il ne faudra pas s'attendre à de véritables nouveautés. Si vous la découvrez, il en reste sans doute l'ambassadeur le plus abouti, notamment grâce à sa traduction française et sa maniabilité affinée. En revanche, ce ne sera clairement pas le plus rentable et peut-être sera-t-il préférable d'attendre une petite promotion.
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Les moins
par Kayle Joriin
le 22 novembre 2025 12:30
Un peu plus de deux ans après la sortie de Dark Quest 3, le studio britannique Brain Seal remet le couvert avec un nouvel épisode de sa série fétiche, logiquement intitulé Dark Quest 4, disponible depuis le 5 novembre 2025 sur l’eShop de la Nintendo Switch, ainsi que sur PlayStation 4, PlayStation 5, Xbox One, Xbox Series X|S et PC (via Steam). Tandis que son prédécesseur cédait plutôt efficacement à la mode du roguelite saupoudré de deckbuilding, ce quatrième opus tente de faire la synthèse entre l’ambiance « jeu de plateau » de Dark Quest 3 et le gameplay plus traditionnel de Dark Quest 2. Un mélange attractif sur le papier, mais qui le fait entrer en concurrence avec ses ainés sans qu’il ait forcément toutes les armes pour remporter la victoire.
Test réalisé sur Nintendo Switch 2 à partir d’un code fourni par l’éditeur.
Côté intrigue, Dark Quest 4 propose quelque chose de très classique et il n’aurait pas démérité en scénario de campagne du célèbre HeroQuest, dont il s’inspire ostensiblement. Le sorcier noir, antagoniste récurrent de la série, fait une nouvelle fois parler de lui, mais il délègue ici sa vile besogne à l’un de ses laquais, le cruel Gulak, un puissant nécromancien au sang mêlé d’orque et de gobelin qui prend un malsain plaisir à enlever des villageois pour pratiquer sur eux toutes sortes d’expériences impies. Face à cette menace, l’ancienne alliance est donc invoquée et les héros se pressent pour rejoindre le campement d’où ils pourront lancer leurs expéditions sur le Mont Chauve, où se terrent leur terrible ennemi et son armée difforme.
Présentée sous la forme d’illustrations agrémentées de quelques phrases de texte, et complétée par des descriptions de personnages ou des intitulés de quêtes, l’histoire se suit sans déplaisir. Elle n’étonne certes jamais, ne passionne pas particulièrement et ne constitue clairement pas un argument de vente. Cependant, elle contribue à cette ambiance nostalgique qui parlera sans doute aux amateurs de jeux de plateau, et c’est bien l’un des objectifs principaux du titre. Pour appuyer cela, les développeurs ont d’ailleurs gardé la même direction artistique et le même style de représentation que dans Dark Quest 3, avec des personnages symbolisés par des figurines chichement animées et des décors se dressant littéralement sur une table de jeu.
En termes de structure et de progression, ce quatrième volet s’avère en revanche particulièrement proche de Dark Quest 2. La petite trentaine de quêtes, parfois optionnelles, qui composent l’aventure se dévoilent par le biais d’une carte très linéaire dotée de rares embranchements. De plus, chaque zone possède une architecture bien définie, avec des ennemis, des pièges et des trésors placés à des endroits spécifiques. On y incarne une équipe de trois héros qu’on devra faire évoluer à travers diverses salles et couloirs sur des terrains quadrillés typiques des jeux de rôle tactiques ou des jeux de stratégie au tour par tour – l’objectif étant généralement d’occire un boss ou d’atteindre la sortie. Le contenu de chaque salle reste en outre caché tant que la porte y donnant accès n’a pas été ouverte et les niveaux se dévoilent ainsi progressivement, offrant là encore un feeling similaire à celui du fameux HeroQuest.
Si l’exploration constitue une part non négligeable de l’expérience de Dark Quest 4, les combats en sont bien entendu une autre composante essentielle. Lorsqu’on croise des ennemis, l’affrontement s’engage immédiatement et l’ordre d’intervention de chaque belligérant est déterminé par sa statistique d’initiative. On peut alors déplacer ses personnages et effectuer diverses actions symbolisées par des cartes rappelant l’aspect deckbuilding de Dark Quest 3, bien que cela reste ici purement cosmétique. Certaines mettent directement fin au tour de l’unité, tandis que d’autres non, ce qui permet de développer des stratégies assez intéressantes, surtout lorsqu’on combine intelligemment les talents des membres du groupe.
Pour la plupart des personnages, le panel de compétences est initialement réduit à une attaque de base utilisable à loisir, mais de nouvelles techniques peuvent être débloquées au campement, auprès de Torik l’entraineur, moyennant quelques pièces d’or. Les plus puissantes ne sont activables qu’une fois par combat, voire une fois par quête, cette limite s’appliquant aussi aux potions que fournit Morga l’alchimiste ou à certaines runes vendues par Vanoor le marchand. Quant aux objets qu’on pourra se procurer chez Moltar le forgeron, ils viendront offrir des bonus permanents ou des améliorations de statistiques à nos héros, tout comme certaines runes et compétences. Une approche qui remplace le traditionnel système de points d’expérience et de montée de niveau, tout en rappelant une nouvelle fois le fonctionnement de jeux de plateau comme HeroQuest.
Attention toutefois, car les emplacements pour équiper les cartes correspondantes sont limités, que ce soit pour les compétences propres à chaque personnage ou pour les potions, les objets et les runes que partagent les membres du groupe. Pour ces trois dernières catégories, il ne sera d’ailleurs pas possible d’équiper une même carte sur plusieurs unités, et dans la mesure où on peut pas enregistrer ses configurations préférées, il faudra veiller à ne pas partir au charbon avec un combattant sous-équipé. Car bien entendu, les trois héros dont on dispose dès le début du jeu ne seront pas les seuls à se joindre à la bataille et pas moins d’une dizaine répondront finalement présents. Ce qui tombe plutôt bien puisque c’est justement le nombre d’heures que l’on mettra pour terminer l’aventure et accéder à l’intégralité du contenu disponible.
Or, c’est un peu là que le bât blesse. Vendu 19,50 € sur l’eShop, soit légèrement plus cher que Dark Quest 3 (17,99 €) et pratiquement le double de Dark Quest 2 (9,99 €), le dernier jeu de Brain Seal n’offre pas un contenu significativement supérieur à celui de ses ainés, ni de réelles innovations de gameplay. Certaines mécaniques, comme l’amélioration des compétences sur plusieurs niveaux, ont même inexplicablement disparu, et en termes purement comptables, lorsqu’on additionne tous les éléments à débloquer, on ne s’y retrouve pas non plus totalement. D’autant qu’à l’instar du précédent volet, la version Switch de Dark Quest 4 troque le mode créateur de la version PC, permettant de concevoir et de partager ses propres quêtes, contre un mode multijoueur jusqu’à trois sur la même console, ce qui est certes sympathique, mais n’augmente pas fondamentalement la durée de vie.
Il ne faut cependant pas s’y tromper : l’expérience proposée ici reste fort plaisante, tout en étant encore plus accessible que par le passé grâce à une traduction française bienvenue, à des options de difficulté assez librement paramétrables, et à une maniabilité plus ergonomique – le curseur répondant désormais de manière naturelle aux mouvements du stick gauche. La réalisation est également plutôt honorable, même si le sound design laisse parfois un peu à désirer, avec des sons qui saturent désagréablement. Certains sprites et certaines illustrations manquent en outre de finesse, sans que cela semble dû uniquement au style pictural adopté, et les mouvements de caméra sont un peu moins fluides sur Switch que sur Switch 2. Enfin, en termes d’équilibrage global, on pourra regretter une certaine largesse économique laissant la possibilité d’acquérir l’intégralité des articles et des compétences avant le dernier quart, voire le dernier tiers, de l’aventure. Or, c’est un peu dommage lorsqu’on accède ensuite à des quêtes dont le seul objectif est de nous faire récolter des pièces d’or devenues inutiles.