Test de Kena : Bridge of Spirits sur Nintendo Switch 2

En résumé

  • Sorties :
  • 26 Mars 2026
  • 26 Mars 2026
  • 26 Mars 2026

L'avis de Chozo

Si Kena : Bridge of Spirits avait pour lui un rendu visuel de premier plan à sa sortie initiale, qui permettait de faire pencher la balance à son avantage face à un gameplay et un level design génériques, cette version Switch 2 souffre malheureusement de trop grandes dégradations pour ne garder que l'esthétique, la bande-son magistrale et les références culturelles atypiques. Linéaire, manque de précision et surtout des concessions techniques bien trop importantes, il ne reste pas grand-chose pour se motiver à sauver les esprits en configuration hybride. Ember Lab était inexpérimenté dans le domaine du jeu vidéo, et cela se ressent d'autant plus sur ce portage dont l'optimisation est sortie pisser. C'est dur, les Rot sont choupis oui, mais c'est juste.

Les plus

  • Musicalement merveilleux
  • Les références balinaises cool
  • Les Rot, plus mignons que les Pikmin
  • Joli sur plans fixes

Les moins

  • Techniquement raté
  • Une linéarité gonflante
  • Des énigmes trop génériques
  • Un gameplay plombé par des FPS instables
  • Nintendo-Difference

    par Chozo

    le 3 mai 2026 14:24

Sensation visuelle et curiosité culturelle à sa sortie sur PS5 dès les premiers jours d’existence de la console de Sony, Kena : Bridge of Spirits témoigne d’une sensibilité particulière, celle d’une équipe de créateurs non issus du langage vidéoludique habituel. Ember Lab, studio californien, s’est d’abord construit dans le domaine de l’animation et de l’imagerie de synthèse avec une reconnaissance publique qui s’est cristallisée autour de Terrible Fate, un court-métrage inspiré de Majora’s Mask qui révélait déjà l’attention portée au caractère émotionnel et graphique par l’équipe. Cette origine conditionne profondément la nature de Kena, puisque le jeu se développe justement comme une continuité visuelle, presque cinématographique, en faisant presque passer ses mécaniques purement « jeu vidéo » au second plan, en tout cas moins issues de réflexions cherchant à innover dans le genre. Avec un Unreal Engine permettant d’atteindre le niveau souhaité, l’ambition s’est cependant heurtée à la réalité d’une équipe réduite, d’une quinzaine de membres, contrainte de s’entourer de partenaires plus costauds, comme le studio vietnamien Sparx, qui s’est chargé de la production d’assets, afin de maintenir un niveau de qualité visuelle optimal. En résulte une expérience inscrite dans une tension permanente entre esthétique et jouabilité, tension qui ne cessera de traverser l’ensemble de l’aventure. L’équilibre est d’ailleurs d’autant plus fragile sur cette version Nintendo Switch 2, arrivée cinq ans après, qui inclut la mise à jour Anniversaire, mais impose des concessions techniques obligatoires, rendant malheureusement les limites ludiques de Kena encore plus voyantes.


Test réalisé sur Nintendo Switch 2 à partir d’un code fourni par l’éditeur. Toutes les images de ce test sont issues de la version Nintendo Switch 2.


Kena : Bridge of Spirits


Kena Est


L’histoire nous place dans les bottes de Kena, une jeune guide spirituelle dont la mission est d’aider les âmes errantes à passer vers l’au-delà, dont le voyage la mène vers un village abandonné, dévasté par une corruption maléfique qu’elle doit purifier pour atteindre un sanctuaire sacré. Si la trame principale reste classique, ce sont les récits individuels des esprits rencontrés qui apportent une profondeur émotionnelle, traitant du deuil sous le prisme de la culture balinaise. Chaque esprit est une existence interrompue, retenue dans le monde des vivants par une émotion non résolue, entre attachement, regret, culpabilité ou encore peur de l’oubli, devenant une force tangible empêchant ces âmes de poursuivre leur chemin et nécessitant l’intervention de la guide, qui recueille les fragments de mémoire, reconstitue les histoires et accompagne les esprits vers une forme d’acceptation.



La structure du jeu ne cache pas son héritage, on y retrouve un parfum de Zelda à l’ancienne avec un monde semi-ouvert s’articulant autour d’un hub central, le fameux village, et une progression dictée par l’acquisition de nouveaux pouvoirs. L’autre licence qui a fortement inspiré les développeurs n’est autre que Pikmin, puisque l’évolution dans l’aventure s’appuie sur les Rot, des petites créatures qu’il nous faut libérer, essentielles à l’exploration comme au combat, et que Kena pourra guider afin d’effectuer de petites tâches, le plus souvent sous forme d’énigmes simples servant à ouvrir des passages, ou à débloquer des bonus.


Mais l’influence la plus notable provient bien du folklore balinais, et notamment la bande-son qui est le fruit d’une collaboration étroite entre Jason Gallaty, compositeur, et l’ensemble orchestral balinais de renom, Gamelan Çudamani. En résulte une fusion musicale captivante, mélangeant musique orchestrale classique et instruments traditionnels, principalement des percussions. L’authenticité recherchée se retrouve jusque dans le doublage original, puisque l’héroïne est interprétée par Dewa Ayu Dewi Larassanti, une artiste originaire de Bali, dont le père a également participé aux chants traditionnels du jeu. Cette culture se manifeste aussi dans la narration et la conception cyclique de l’existence, où la mort n’est pas une fin définitive, mais plutôt une transition vers un autre état, nécessitant une purification, dans un acte de réharmonisation. Les masques, rituels, symboles disséminés dans le monde participent à cette logique.



Bali ballot


Malgré cette dimension plutôt contemplative, Kena impose une rigueur mécanique dans un système de combat reposant sur une précision souvent extrême dans les parades et esquives, exigeant une maîtrise du timing et une lecture attentive des patterns. L’exigence est renforcée par des choix techniques hérités de l’expérience en animation du studio, avec notamment l’absence du move canceling, limitant la possibilité d’interrompre une action en cours et obligeant le joueur à s’engager pleinement dans la moindre de ses actions, dans une approche très « soulsienne ». On privilégie donc ici l’animation à la réactivité, histoire d’exprimer la volonté de préserver l’intégrité du mouvement enclenché, témoignant de la tension entre esthétique et jouabilité évoquée en introduction.



Les Rot jouent un rôle central, introduisant une dimension stratégique de gestion de ressources. Leur utilisation impose des choix constants entre attaque et défense, ils peuvent immobiliser les ennemis, soigner l’héroïne, déployer une attaque spéciale surpuissante, mais dépendent d’une jauge de courage qu’il faut remplir en assénant des coups, en réussissant des esquives/parades ou en récupérant des orbes de courage. Si la couche tactique est indéniable, on regrette une certaine linéarité dans les situations et un manque d’évolution des combos au fil des dix à douze heures nécessaires pour voir le bout de l’aventure. Même constat en ce qui concerne l’équipement : entre un bâton aux mouvements déjà vus, un arc magique servant aussi de grappin, ou les bombes spirituelles utiles à la fois à débloquer des obstacles et à figer momentanément des éléments du décor afin de créer des plateformes temporaires dans l’environnement, on n’y trouve rien de transcendant. Le level design est forcément étroitement lié à ces armes, où la découverte d’une zone coïncide souvent avec l’obtention d’une capacité exploitée dans son exploration et ses énigmes bien trop évidentes. Ces compétences sont justement majoritairement trop liées à leur zone, sans réelle variation, et il en résulte une impression de compartimentage assez décevante.



Cette itération Switch 2 a la bonne idée d’inclure la mise à jour Anniversaire qui apporte plusieurs fonctionnalités supplémentaires par rapport à la version de 2021. Elle embarque ainsi un mode New Game+, permettant de recommencer avec toutes les améliorations acquises précédemment face à des combats un tantinet modifiés et évidemment plus exigeants, les pierres de charme, des objets collectionnables utiles aux modifications statistiques et des capacités de Kéna et les épreuves de guide des esprits, accessibles depuis le sanctuaire des masques, proposant de nouveaux défis et épreuves.



Enfin, si cette version Switch 2 permet de profiter de l’intégralité du contenu de manière hybride, elle va demander l’acceptation d’une expérience technique clairement en retrait. Outre des microchargements à certains moments importuns de l’aventure qui font tousser la fluidité, les FPS sont bloqués à 30, avec de claires chutes dans les combats les plus frénétiques ou les explorations de zones plus ouvertes. Le peu de stabilité globale se fait au prix d’un aliasing et de popping d’éléments permanents, ainsi que de textures globalement baveuses malgré un rendu proche du 4K upscalé en mode TV. C’est encore pire en mode portable, avec une résolution forcément à la baisse et un effet pâteux des plans larges assez disgracieux. Le problème étant que ces soucis techniques ont un réel impact sur un gameplay exigeant, notamment dans sa gestion des timings, avec en plus des bugs de collision et de hitboxes, ou encore de textes débordant de l’écran.



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