En résumé
L'avis de Chozo
Particle Hearts est une œuvre splendide, un jeu qui propose une expérience assez inédite, et plutôt maîtrisée dans son délire à la limite du sensoriel, surtout le casque collé aux oreilles. Doté d’une narration environnementale remarquable, ce titre a su allier simplicité de gameplay et délire méta autour de la fragilité d’un monde de lumière impalpable. Si sa lenteur, ses détours parfois fatigants et sa narration cryptique ne sont pas destinés à tout le monde, et même si, dans son exécution, son ambition modeste se trahit parfois, soyons honnêtes, on ne vit pas ça tous les jours. Et ça, c’est le plus important.
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par Chozo
le 24 janvier 2026 14:56
Il y a des jeux qui murmurent à l’oreille du gamer, plutôt qu’ils ne lui parlent, et Particle Hearts, des Californiens d’Underwater Fire, appartient à cette famille assez restreinte d’expériences d’aventure basées sur une narration environnementale classieuse. Pas de cinématique d’introduction, pas de tutoriel, même déguisé, seulement un souffle, une lumière et le « personnage ». Une forme éthérée, à peine tangible, s’éveille dans un monde composé de particules scintillantes, ou plutôt une mer de poussière lumineuse absolument somptueuse où montagnes, herbes et nuages se dissolvent à la moindre brise. Et déjà , le ton est donné : Particle Hearts, ça se contemple comme « Le rap a niqué ma vie » de Guerta, cousin, ça ne se consomme pas comme un Raider.
Test réalisé sur Nintendo Switch 2 à partir d’un code fourni par l’éditeur.
Quelques phrases flottent, perdues dans l’air : « Je voulais te sauver », « Je vais essayer une dernière fois. » Pas de pavé textuel explicite, juste un écho. La progression en vue à la troisième personne de Particle Hearts repose sur une boucle simple : explorer, observer, comprendre. Chacun des huit niveaux s’ouvre sur une vaste zone ouverte sans indication particulière. Les portails blancs qui jalonnent ce monde sont les seuls repères concrets, points d’entrée vers des énigmes un poil plus structurées. On pense forcément à Shadow of the Colossus ou à la lente errance d’un Journey : un monde qui ne prend pas par la main, mais qui nous observe en silence, avec cette frontière entre contemplation et errance toujours plus floue.
Une fois un portail franchi, le ton change, les paysages organiques laissent place à des espaces géométriques, presque architecturaux. On y retrouve une vibe « sanctuaires de Breath of the Wild », avec des puzzles centrés sur la perspective, la logique spatiale et quelques pouvoirs acquis en chemin. Sur toutes ces énigmes, le principe est surtout métaphorique, avec l’objectif récurrent de reformer des ponts entre les éléments du récit fragmenté. Si la progression reste assez plaisante, la courbe de difficulté est un peu trop douce : les premières heures émerveillent, les dernières manquent malheureusement de variété, allant jusqu’à ne plus être surprenantes. Cela n’aide pas non plus avec la lenteur des déplacements du personnage, peut-être l’élément le plus frustrant du jeu. Le protagoniste flotte, glisse, s’évapore, donne envie de flâner, sans cet effet grisant de traversée fluide, qui n’aurait pourtant pas fait de mal à la contemplation.
Outre la progression au travers des énigmes, la narration repose aussi sur des objets à collectionner, en l’occurrence des carillons éoliens disséminés un peu partout. Chaque carillon libère un fragment de mémoire, comme une bulle de pensée qui constitue les seules exceptions sollicitant un peu de lecture de la part du joueur, souvent chargées en émotion, tissant peu à peu une histoire d’amour, de perte et de renaissance. Mais si ces passages sont très qualitatifs dans leur style, ils demeurent totalement facultatifs pour la progression. On peut ainsi traverser Particle Hearts en ignorant tout de ce passé et n’y voir qu’une succession d’énigmes, pour une durée de vie d’environ 10 heures. On peut aussi choisir de s’attarder, écouter, rassembler les morceaux et découvrir alors un récit d’une tendresse particulière, très attachant, avec une aventure prenant une poignée d’heures en plus. On est clairement ici dans une démarche façon Outer Wilds, avec cette proposition donnant au joueur la liberté d’habiter le jeu à son rythme, évidemment dans une proportion et une densité bien moindres.
Visuellement, Particle Hearts happe dès les premières secondes : tout n’est qu’énergie et mouvement. Une foison de points de lumière compose la matière de ce monde, s’assemblant et se désagrégeant comme des souvenirs instables. Le vent fait vibrer les champs de particules, les cascades deviennent des traînées d’étincelles et chaque déplacement crée une ondulation de la matière d’un fort bel effet, témoignant de cet univers en perpétuelle métamorphose. C’est à la fois sublime et fragile, comme si le monde pouvait s’effondrer au moindre souffle. La musique de Michael Ellery complète cette impression d’apesanteur, avec ses mélodies de piano minimalistes, ses nappes orchestrales qui montent doucement jusqu’au climax. La bande-son fait tout le travail émotionnel que l’absence de voix laisse en suspens. Et c’est pareil pour le sound design, assez dingue pour une si petite production. Entre frémissements de particules, résonance d’un carillon tintant au loin, note plus inquiétante prévenant d’un danger dans les quelques sessions de pseudo-infiltration, l’expérience au casque est une merveille absolue.