En résumé
L'avis de Greg-sHAOlink
Au terme de cette nouvelle chevauchée, le verdict coule de source : voilà enfin la version que Red Dead Redemption méritait sur une console Nintendo. Le jeu, lui, n'a rien perdu de sa puissance, sa narration demeure un sommet du média, et son Ouest crépusculaire continue de hanter le joueur bien après qu'il a reposé la console, mais l'écrin est cette fois à la hauteur du joyau : 60 images par seconde quasi constantes, image plus nette, éclairage sublimé par le HDR, et, surtout, des panoramas plus grandioses que jamais, où que l'on emporte la machine. Tout n'est pas parfait pour autant : les assets de 2010 montrent encore leurs coutures, le popping s'invite toujours aux abords des villes, les vieux bugs n'ont pas davantage pris leur retraite, et l'absence de gyroscope comme de doublage français laissera quelques regrets. Mais lorsqu'on tient là l'une des plus belles histoires jamais contées par le jeu vidéo, prolongée par le DLC Undead Nightmare inclus et bénéficiant d'une mise à niveau gratuite pour quiconque possède déjà le jeu sur Switch, on aurait bien tort de bouder son plaisir. Le Far West se meurt, paraît-il ; sur Switch 2, il ne s'est pourtant jamais aussi bien porté. Maintenant, il n’y a plus qu’à attendre un éventuel portage de sa suite-préquelle, Red Dead Redemption 2 !
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Les moins
par Greg-sHAOlink
le 15 septembre 2026 7:00
Il n’est pas facile de parler de monuments sur lesquels tout a déjà été dit. A fortiori lorsqu’on les découvre avec plus de quinze ans de retard. Pourtant, l’un d’entre eux a fait l’objet d’une nouvelle édition sur Switch 2 depuis le 2 décembre 2025, en parallèle des sorties PlayStation 5, Xbox Series, iOS et Android. Il avait déjà été porté sur Switch, entre autres, en 2023, treize ans après sa sortie initiale sur PlayStation 3 et Xbox 360. Lui, c’est Red Dead Redemption. De nouveau adaptée par Double Eleven, studio fondé par d’anciens de Rockstar et désormais épaulé par Cast Iron Games, cette version Switch 2 s’impose comme l’une des éditions console les plus séduisantes du chef-d’œuvre, et incontestablement la plus polyvalente. Autrement dit, c’est sans aucun doute la meilleure façon de faire ses premiers pas dans l’Ouest américain, ou d’y retourner avec grand plaisir, d’autant que la mise à niveau est entièrement gratuite pour tout possesseur de la version Switch. Giddy up !
Test réalisé sur Nintendo Switch 2 à partir d’une version commerciale.
L’Ouest américain a été conquis depuis quelques années déjà, et en 1911, date à laquelle commence Red Dead Redemption, c’est toute une ère qui s’éteint pour laisser place aux premières automobiles, à l’électricité qui grignote peu à peu la nuit, et même aux rumeurs au sujet d’hommes capables de voler à bord de machines, tels des anges. John Marston, protagoniste de cette histoire, ne s’est clairement pas extirpé du passé, ni de son passé. Ancien bandit reconverti en rancher et père de famille rangé, il continue de vivre avec ses valeurs datées de cowboy, n’ayant que peu de considération pour toutes ces modernités insensées. Toutefois, les hommes du Bureau, ancêtre du FBI, ont décidé de ne pas le laisser profiter de sa nouvelle retraite de repenti : l’agent Edgar Ross le force à traquer ses anciens compagnons de gang, s’il veut pouvoir revoir sa femme et son fils, lâchement enlevés par les supposés « good guys » du gouvernement.
Ce point de départ est l’occasion d’une réflexion pertinente et mature sur l’impossibilité d’échapper à son passé, le poids de l’État, le cycle générationnel de la violence ou encore les laissés-pour-compte des révolutions historiques, soit autant de thématiques qui n’ont rien perdu de leur mordant en 2026. Il s’agit là d’un des sommets de l’écriture de Rockstar, voire du média vidéoludique dans son ensemble. Le personnage de Marston est exemplaire, charismatique, ironique, désabusé, mû par des motivations nobles, et accompagné d’une galerie de seconds rôles tous plus profonds, excentriques ou mémorables les uns que les autres. Force est de constater que les nombreux dialogues où l’on reste passif sont si bien écrits et joués – mention spéciale au doublage anglais de haute volée – qu’on est presque déçu de reprendre la manette.
L’histoire se raconte au travers de missions principales et annexes à déclencher via des balises indiquées sur la carte (certaines à des heures précises, obligeant parfois à patienter jusqu’au prochain rendez-vous ; diligences, train et voyage rapide depuis les campements abrègent heureusement une partie de ces trajets), qui dirigent le joueur vers des objectifs variés : contrôle du bétail, chasse à l’homme, course à cheval, chasse au gibier, défense de bâtiment… Ces quêtes se dégustent d’ailleurs autant pour leurs dialogues savoureux que pour la poudre qui y parle. Les missions sont généralement bien équilibrées, ni trop longues ni trop courtes, avec un dosage minutieux des montées de tension, des drames et des pointes d’humour. Le jeu enchaîne ainsi les moments d’anthologie jusqu’à un final bouleversant. Tout n’a cependant pas traversé les années avec la même grâce : le design des missions, rigide et linéaire, ne tolère pratiquement aucune improvisation. On suit le marqueur, on exécute la consigne, et le moindre pas de côté est sanctionné ; un peu plus de liberté aurait pourtant ajouté à l’immersion et au réalisme de cette histoire.
L’une des fonctionnalités principales du gameplay est bien entendu le gunfight. Les fusillades sont nerveuses et percutantes, et la physique du moteur permet de loger une balle dans un bras, une jambe ou n’importe quelle autre partie du corps humain (ou animal) avec un réalisme désarticulé dont on ne se lasse pas. Quelques collisions farfelues trahissent çà et là l’âge du moteur, mais on fermera volontiers les yeux tant l’ensemble est fun par ailleurs. Le mode Sang-Froid, lui, ralentit le temps et permet de marquer ses cibles avec précision avant de les cribler de balles dans un déferlement de panache, histoire de rendre les joutes de pistoleros encore plus jouissives. L’efficacité de chaque arme repose sur des critères spécifiques (cadence de tir, puissance, temps de recharge, capacité du chargeur, etc.) qui apportent une vraie profondeur stratégique. Le choix des pièces de son arsenal a ainsi toute son importance, tout comme l’acquisition, en armurerie ou au fil des quêtes, de nouveaux revolvers, fusils à pompe, snipers, carabines et autres engins de mort, qui permet de varier les plaisirs. On ne saurait enfin passer sous silence les duels : ces face-à-face d’une tension toute spaghetti, où il faut dégainer au bon instant et placer ses tirs sans trembler, restent simples dans l’exécution mais comptent parmi les instants les plus marquants de l’aventure.
Par ailleurs, un système d’Honneur et de Réputation ajuste les réactions des habitants, les prix en magasin ou encore la prime sur la tête de John Marston, selon que l’on agit comme un héros ou comme une crapule. On est donc libre de jouer comme on l’entend et de peindre son histoire d’un coup de pinceau noir ou blanc. À noter que le port du bandana camoufle l’identité de notre cowboy et gèle ainsi sa jauge d’Honneur comme de Réputation, dans un sens comme dans l’autre : utile si l’on veut détrousser quelques PNJ en cours de route pour se renflouer.
Aux côtés de la narration, le principal point fort de cette expérience demeure le monde ouvert. Certes moins impressionnant que certains cadors modernes, il reste étonnamment fouillé pour son âge, regorgeant d’activités en tout genre : poker, duels, chasse, primes, fer à cheval, bras de fer, repaires de gangs, jeu du couteau, séances de cinéma muet, chasses au trésor… On regrette que certaines d’entre elles ne soient pas expliquées un peu plus clairement, le joueur étant souvent laissé à lui-même pour en saisir les règles, mais on apprécie malgré tout cette profusion de possibilités. Deux d’entre elles méritent une mention particulière. La chasse, d’abord : bien avant que les mondes ouverts ne réduisent la faune à un décor animé, Red Dead Redemption faisait vivre un véritable écosystème fait de coyotes, ours, pumas, cerfs, ou autres bisons, que l’on traque, dépèce et revend, de quoi engloutir des heures entre deux missions. Les contrats de chasseur de primes, ensuite : affiche de recherche en poche, John piste des hors-la-loi à capturer ou à abattre contre récompense, une boucle aussi simple qu’addictive qui nourrit le fantasme du cowboy. Lasso en main, il est même possible de ramener les fugitifs vivants, au prix d’une poursuite et d’un transport généralement plus mouvementés, mais aussi d’une récompense supérieure.
De plus, des événements aléatoires ou des étrangers croisés au détour d’un sentier entretiennent une exploration vivante, riche en petites surprises. L’auteur de ces lignes, encore bien naïf en début de partie, a ainsi été marqué par une prostituée déguisée en demoiselle en détresse qui, au bord d’un chemin, lui a subtilisé son cheval ; une riposte paniquée à la carabine Winchester a mis fin à ces facéties et, malencontreusement, à la vie de la monture, qui n’avait pourtant rien fait de mal.
En revanche, par la nature même de cette frontière désertique – magnifiée par un cycle jour-nuit et une météo dynamique qui renforcent l’immersion avec brio –, l’ensemble paraît un peu vide par endroits. Au bout d’une quinzaine d’heures, les tâches annexes finissent par tourner en rond, tandis que les passants croisés au bord des chemins sombrent peu à peu dans l’indifférence.
Côté maniabilité, l’âge commence à se faire remarquer. Si, de manière générale, diriger Marston à pied ou à cheval reste agréable et intuitif, certains passages dans les villes ou en intérieur font littéralement ressentir le poids des années : c’est lourdingue, c’est tanky, parfois presque frustrant. De même, la régulation du galop n’a rien de naturel, et l’on peste parfois pour caler le bon rythme, sans parler des bugs de collision qui font planer le cheval au-dessus des barrières ou autres monticules.
Cette édition Switch 2 inaugure néanmoins des contrôles à la souris via Joy-Con, avec des commandes personnalisables et une visée bien plus précise, qui facilite les headshots, pour une expérience qui lorgne franchement du côté du PC. Ceci étant dit, au pad, le verrouillage des cibles, les aides à la visée et le Sang-Froid rendent de toute façon le tir au stick parfaitement praticable. On déplore toutefois l’absence persistante de visée gyroscopique, pourtant taillée sur mesure pour le jeu en portable.
S’il est un terrain où ce portage Switch 2 déterre un véritable filon, c’est bien la technique. Là où le jeu sur Switch se contentait du 1080p en mode téléviseur et du 720p en portable, à 30 images par seconde, on grimpe ici respectivement à 1440p et 1080p (reconstruits par le DLSS), le tout à 60 images par seconde quasi constantes, à de rares baisses ponctuelles près. Certes, on n’atteint pas les résolutions allant jusqu’à la 4K des versions PS5 et Xbox Series, mais le gain saute malgré tout aux yeux dès les premières foulées : le flou se dissipe, les contours des bâtiments lointains frétillent beaucoup moins, la végétation retrouve une consistance digne de ce nom. Le HDR apporte davantage de relief aux lumières et une meilleure lisibilité dans les zones sombres. Ajoutez à cela des temps de chargement sensiblement raccourcis, et c’est tout le rythme du jeu qui s’en trouve dynamisé : on enchaîne fusillades et chevauchées sans avoir à contempler aussi longtemps les écrans de transition.
Faut-il pour autant crier au miracle ? Pas tout à fait, car le vernis, aussi rutilant soit-il, recouvre toujours une carcasse de 2010. Textures, modèles et animations trahissent leur grand âge dès qu’on s’attarde sur les détails : les figurants s’agitent par à-coups au loin, et la course comme le saut de Marston conservent une raideur toute particulière. Plus gênant, le popping et le scintillement de certaines textures n’ont pas dit leur dernier mot : végétation, rochers, flaques d’eau et bâtisses surgissent encore brutalement à l’approche des villes, ce qui a de quoi décevoir, tandis que l’aliasing pointe çà et là le bout de son nez malgré les efforts du DLSS. Quant aux bugs hérités de l’époque, ils n’ont visiblement pas mérité de correctif en seize ans : cavaliers aux postures dignes d’un cours de yoga, pianiste qui se dresse soudain debout sur son banc, PNJ encastrés dans l’embrasure d’une porte, objets en lévitation au-dessus d’un arbre, visages figés dans des grimaces terrifiantes… Tout un petit bestiaire de bizarreries qu’on finit presque par trouver attachantes.
Heureusement, ces quelques écueils techniques ne sauraient éclipser la qualité esthétique des environnements visités. C’est un véritable bonheur que d’arpenter les différentes contrées, allant du désert mexicain aux forêts enneigées du Nord, pratiquement seul avec son cheval, traversant des cartes postales interactives dignes des plus beaux panoramas. Si la technique n’est pas toujours au rendez-vous, les améliorations de cette édition font briller le matériau artistique d’origine de mille feux. Ces interminables traversées en terre déserte distillent une mélancolie rare, celle d’un monde qui s’efface sous la marche de la modernité et dont Marston est l’un des tout derniers témoins.
Côté son, même éblouissement : pas la moindre fausse note, et pour cause, il n’y avait tout simplement rien à retoucher. La bande originale, somptueuse et changeante, puise dans tout l’imaginaire du western pour dérouler de longues plages musicales qui épousent l’action, et signe encore aujourd’hui quelques-uns des plus beaux frissons que le jeu vidéo ait offerts. Le sound design lui emboîte le pas avec la même réussite : le vent qui balaie les plaines, le martèlement des sabots sur la terre sèche, l’écho lointain de coups de revolver, le hurlement d’un coyote au crépuscule, le grondement du tonnerre… tout participe à rendre cette frontière tangible. On a déjà salué plus haut la qualité du doublage anglais ; reste qu’il constitue aussi l’unique option, sans aucune piste française à se mettre sous la dent. Il faudra donc composer avec les sous-titres, fort heureusement traduits et même étoffés de sept options linguistiques supplémentaires depuis le portage de 2023.
Pour ce qui est du contenu, là encore, difficile de faire la fine bouche. Il faut tabler sur 20 à 25 heures pour boucler l’aventure principale, et plus du double pour en venir à bout à 100 %, défis, collectibles, succès internes et statistiques à faire grimper compris, sans même compter la dizaine d’heures du fameux DLC, sur lequel nous reviendrons. S’y ajoutent les bonus de la Game of the Year Edition (tenues, armes et autres objets à débloquer en chemin), rien de révolutionnaire mais un complément bienvenu qui parachève une offre déjà copieuse. Une seule véritable absence est à déplorer, mais elle est de taille pour les nostalgiques : le multijoueur du jeu original est resté au vestiaire. Ainsi, exit le monde ouvert à plusieurs ou les affrontements par équipes, et rien d’inédit n’est venu compenser ce départ, ce que l’on regrettera bien volontiers.
Vient enfin l’addition, et c’est là que cette réédition abat sa carte maîtresse. Au tarif plein, la somme de 49,99 euros avait fait grincer bien des dents en 2023, à l’époque où l’on payait le prix fort pour un portage à peine dépoussiéré d’un jeu qui soufflait déjà ses treize bougies. Sauf que cette fois, pour quiconque possède déjà la version Switch, la mise à niveau ne coûte pas un centime, transfert de sauvegarde à l’appui. Mieux encore, on trouve régulièrement cet opus en promotion autour de 29,99 euros, ce qui en fait la porte d’entrée la plus futée vers l’une des meilleures moutures console du jeu et sa version nomade de référence. On notera tout de même qu’une édition Switch 2 en boîte existe désormais, mais elle ne contient qu’un code de téléchargement. Pour disposer réellement du jeu sur cartouche, la meilleure solution reste donc d’acheter l’édition Switch de 2023 et de télécharger gratuitement la mise à niveau Switch 2.
Impossible de refermer ce test sans s’attarder sur Undead Nightmare, ce contenu additionnel glissé d’office dans le paquet. Paru quelques mois après le jeu original, en 2010, ce DLC d’une dizaine d’heures déroule une campagne parallèle qui assume crânement son virage série B : une épidémie aussi soudaine qu’inexpliquée transforme les habitants de la frontière en morts-vivants affamés, et la petite famille de Marston n’y coupe pas. Voilà donc notre cowboy de nouveau en selle, non plus pour solder les comptes de son passé, mais pour mettre la main sur un remède. Le ton, franchement parodique, prend le contre-pied de la gravité de l’aventure principale, et c’est toute l’atmosphère qui s’en trouve renversée : les bourgades jadis grouillantes se muent en rues fantômes, où le silence de mort n’est plus rompu que par un hurlement lointain ou le grognement d’un zombie ; un changement de décor du plus bel effet.
Le rythme, lui, vire au survival nerveux : les munitions sont limitées et difficilement remplaçables, les hordes se pressent, et il faut un petit temps pour réapprendre ses gammes. C’est aussi, soit dit en passant, le coin où se nichent les rares accrocs de framerate de cette version. Qu’à cela ne tienne, devenue culte au fil des ans, cette parenthèse macabre rebat assez les cartes pour s’imposer comme un dessert de choix, bien qu’un peu bourratif sur la fin. C’est un DLC à faire après avoir fini la trame principale, afin de pouvoir redécouvrir sous un autre angle et dans une autre dimension les personnages que l’on a rencontrés précédemment.