Test de Suikoden I&II HD Remaster for Nintendo Switch 2 Gate Rune and Dunan Unification Wars

En résumé

  • Sorties :
  • 5 Juin 2025
  • 5 Juin 2025
  • 5 Juin 2025

L'avis de Kayle Joriin

Les diamants sont éternels et les grands JRPG le sont tout autant. C'est en tout cas la conviction qui anime le cœur d'un vieux rôliste après avoir passé une bonne soixantaine d'heures à parcourir une nouvelle fois les terres de l'empire de la Lune Écarlate et des cités-États de Jowston aux côtés de Tir McDohl, Gremio, Viktor, Flik, Riou, Jowy, Nanami, Pesmerga, ainsi que les dizaines d'autres personnages qui parsèment les deux aventures mémorables que le regretté Yoshitaka Murayama et ses équipes nous ont concoctées avec amour, il y a plus de vingt-cinq ans. Certes, les expériences proposées demeurent fondamentalement classiques. Elles l'étaient de toute manière déjà à l'époque. Néanmoins, une poignée d'options « modernes », des traductions françaises de bonne facture et un petit lifting graphique suffisent à nous mettre, littéralement, à nouveau la tête dans les étoiles, malgré quelques petits regrets. Le challenge est par exemple assez peu présent, même avec l'ajout d'un mode difficile. Le système d'inventaire du premier volet s'avère toujours aussi peu ergonomique. Quant aux allers-retours sur ce satané chemin forestier partant du village de Banner, dans le second épisode, ils pourraient faire dégoupiller le plus zen des bouddhistes. Il n'en reste pas moins que cette compilation remastérisée est sans doute aujourd'hui la meilleure manière de (re)découvrir ces deux excellents jeux de rôle et qu'on ne peut donc que la conseiller aux fans du genre.

Les plus

  • Deux pépites du JRPG qui tiennent encore parfaitement la route
  • Scénarios plaisants avec de nombreux personnages mémorables
  • Gameplay classique, mais efficace
  • Les batailles entre armées et les duels, pour varier les plaisirs
  • Musiques de grande qualité
  • Refonte visuelle convaincante, notamment sur Suikoden II
  • Bruitages supplémentaires pour une meilleure immersion
  • De petites options d'ergonomie bienvenues
  • Bonne durée de vie

Les moins

  • Le système d'inventaire de Suikoden
  • Certains allers-retours très pénibles dans Suikoden II
  • Challenge globalement peu relevé
  • Aucun réel nouveau contenu
  • Deux expériences qui restent très classiques et fermement ancrées dans les années 90
  • Pas de mise à niveau proposée depuis la version Switch
  • On aurait aimé quelques bonus (illustrations, anecdotes)
  • Nintendo-Difference

    par Kayle Joriin

    le 28 avril 2026 9:00

Si elle n’est pas aussi célèbre que Final Fantasy ou Dragon Quest, la franchise Suikoden a néanmoins réussi à acquérir une certaine notoriété au fil des ans et à se faire une place dans le cœur des fans de RPG japonais. En 2020, lorsque le producteur, directeur et scénariste des trois premiers volets, Yoshitaka Murayama, lance une campagne Kickstarter pour le développement d’un successeur spirituel nommé Eiyuden Chronicle : Hundred Heroes, le succès est donc au rendez-vous. Pas moins de 4,5 millions de dollars sont alors récoltés en quelques semaines, ce qui en fait toujours aujourd’hui le troisième financement le plus élevé de la plateforme pour un jeu vidéo, juste derrière Shenmue III et Bloodstained : Ritual of the Night. Bien entendu, ce plébiscite populaire ne va pas passer inaperçu, et après une décennie d’indifférence éditoriale caractérisée, Konami annonce en 2022 le développement d’un remaster HD des deux premiers épisodes de la série. Initialement prévu pour 2023, Suikoden I&II HD Remaster Gate Rune and Dunan Unification Wars sort finalement le 6 mars 2025 sur Nintendo Switch, PlayStation 4, PlayStation 5, Xbox One, Xbox Series X|S et PC, puis le 5 juin 2025 sur Nintendo Switch 2 dans une version dédiée – aucune mise à niveau depuis la version Switch n’étant malheureusement proposée. Or, si on ne peut nier son côté un peu opportuniste, cette compilation remastérisée constitue également une formidable occasion de se replonger dans deux aventures qui ont marqué toute une génération de rôlistes. Une invitation qu’il aurait clairement été de mauvais goût de refuser.


Test réalisé sur Nintendo Switch 2 à partir d’un code fourni par l’éditeur.


Image de Suikoden I&II HD Remaster


Des bases classiques


Paru en 1995 au Japon, en 1996 aux États-Unis et en 1997 en Europe, Suikoden est l’un des premiers JRPG à être sorti sur PlayStation et à avoir atteint le Vieux Continent. Il faut dire qu’à cette époque pré-Final Fantasy VII, les jeux de rôle nippons sont encore souvent considérés comme un genre de niche en Occident. Leur distribution hors de l’archipel est loin d’être systématique et rares sont ceux à nous parvenir officiellement. Les heureux élus ont dès lors le champ libre pour tenter de séduire des fans habituellement contraints de passer par les boutiques d’import, et le titre de Konami va incontestablement en tirer parti. Malgré une formule classique, une réalisation assez modeste et une absence de traduction, il réussit ainsi à trouver son public en s’appuyant sur de petites particularités qui finiront par constituer l’ADN même de la série.


Image de Suikoden I&II HD Remaster


À première vue, la création de Yoshitaka Murayama et de son équipe ne brille en effet pas par son originalité. Les graphismes en 2D, auxquels vient s’ajouter une touche de 3D pendant les affrontements, n’impressionnent guère par rapport aux plus belles productions de la génération 16 bits. Quant aux animations, plaisantes lors des batailles, elles demeurent assez rigides durant les phases d’exploration, allant de pair avec des déplacements limités à quatre directions. La structure du jeu respecte également à la lettre les codes du genre en vigueur dans les années 90. On accède aux divers lieux d’intérêt (villes, donjons ou quartier général) par le biais d’une carte du monde dont les régions se débloquent progressivement, et bien qu’on puisse facilement revenir dans des zones déjà visitées, notamment grâce à des options de téléportation se débloquant en cours de partie, le chemin reste soigneusement balisé. Enfin, les combats aléatoires, à la fréquence heureusement plutôt raisonnable, s’appuient sur un système au tour par tour largement éprouvé.


Image de Suikoden I&II HD Remaster


La piste aux étoiles


Sur ces bases solides, mais guère innovantes, les développeurs arrivent cependant à construire une aventure réellement attachante, dotée d’une vraie personnalité. Si la bande son est très réussie, grâce à des mélodies épiques, mélancoliques ou comiques s’adaptant parfaitement à chaque situation, c’est surtout par son scénario et son casting XXL que le titre se démarque. Librement inspiré du célèbre roman chinois Au bord de l’eau, Suikoden nous met dans la peau de Tir McDohl (nom canonique, modifiable en début de partie), un jeune noble de l’Empire de Lune Écarlate qui, face à la corruption du gouvernement et aux manigances de la magicienne de la cour, va rejoindre la résistance et finir par en prendre la tête.


Image de Suikoden I&II HD Remaster


Ses nouvelles responsabilités l’amèneront alors à parcourir le pays et à recruter des individus d’extractions sociales très diverses – nobles, brigands ou gens du peuple, voire même quelques représentants d’espèces non humaines comme des elfes ou des kobolds – afin de lutter contre l’oppresseur. En pratique, ce ne sont pas moins de 108 personnages uniques, appelés les 108 étoiles de la destinée, qu’on pourra recruter, et 78 seront directement utilisables en combat. Les autres fileront un coup de main lors de batailles à grande échelle ou offriront de menus services au sein d’un quartier général dont l’architecture évoluera au fur et à mesure que nos effectifs grandiront, contribuant à une sensation très agréable de montée en puissance.


Image de Suikoden I&II HD Remaster


Il est certes un brin regrettable que la plupart des protagonistes n’aient droit qu’à une poignée de lignes de dialogue pour exister. C’est d’autant plus vrai que le jeu ne dure qu’une grosse vingtaine d’heures et que la narration s’avère très directe, ne laissant pas toujours le temps d’apprécier la portée dramatique de certains événements qui passe finalement davantage par la musique que par les textes. Néanmoins, si plusieurs personnages ou situations auraient sans doute mérité d’être davantage développés, l’histoire se suit avec grand plaisir et compense largement son relatif manque de profondeur par une profusion d’intervenants auxquels on s’attache souvent grâce à un portrait ou un simple sprite 2D.


Image de Suikoden I&II HD Remaster


Suikoden Manager


Un des plus gros dilemmes réside d’ailleurs ici dans la constitution de son équipe, puisque les candidats sont nombreux et que les places restent limitées à six emplacements, répartis sur deux lignes. Exception faite du personnage principal et des compagnons que nous impose régulièrement le scénario, le choix est donc cornélien et il s’appuie aussi bien sur des critères esthétiques que sur l’efficacité martiale des différents combattants. Chacun dispose en effet de statistiques qui évoluent automatiquement à chaque gain de niveau, ainsi que d’une arme dédiée – de courte, moyenne ou longue portée – qu’il est possible d’améliorer chez le forgeron. Mage puissant, gros bourrin en armure, voleur habile, tireur d’élite ou guerrier touche-à-tout, on retrouve ici des archétypes bien connus qu’un système d’inventaire, malheureusement assez peu ergonomique, permet d’optimiser grâce à diverses pièces d’équipements.


Image de Suikoden I&II HD Remaster


Notons au passage que, contrairement aux RPG à l’équilibre économique complètement éclaté qui nous font amasser une fortune inutile, Suikoden utilise tous les moyens possibles pour mettre à mal nos finances. Il faut dire qu’avec une telle quantité de personnages potentiels à développer, on a vite fait de dépenser ses potchs à la forge ou chez l’armurier afin de mettre à niveau une nouvelle recrue prometteuse. Heureusement, on peut toujours trouver un bon coin où farmer et s’adonner à quelques jeux d’argent, comme le Chinchirorin, pour regarnir sa bourse (ou pas).


Image de Suikoden I&II HD Remaster


Au-delà des chiffres, d’autres éléments un peu plus originaux entrent également en ligne de compte dans la sélection du groupe, à commencer par les attaques combinées que certains personnages peuvent réaliser lorsqu’ils se battent côte à côte. Parfois très puissantes, mais pouvant infliger des malus temporaires, elles font partie des petits secrets à découvrir au cours de l’aventure, puisqu’on sera tenté de tester un maximum de combinaisons pour voir celles qui donnent lieu à ces fameuses attaques (à moins évidemment de tricher en consultant un des nombreux guides disponibles sur internet).


Image de Suikoden I&II HD Remaster


Symboles magiques octroyant des bonus de statistiques, l’accès à des techniques spéciales ou la capacité de lancer des sorts, les runes ont un impact encore plus important sur le gameplay, et si la plupart peuvent être librement équipées par l’unité de notre choix, quelques-unes sont attachées à des personnages spécifiques, rendant souvent ces derniers particulièrement efficaces. Au-delà de leur aspect pratique lors des affrontements, elles ont en outre une grande importance scénaristique, en particulier quand il est question des vingt-sept « Vraies Runes ». Dotées d’une volonté propre, elles confèrent à leurs détenteurs de puissants pouvoirs et les poussent généralement à s’impliquer dans des événements historiques majeurs. C’est notamment le cas de la Mangeuse d’Âme et de la Rune de la Porte, au centre de l’histoire de ce premier Suikoden.


Image de Suikoden I&II HD Remaster


À la guerre comme à la guerre


Enfin, difficile de finir ce petit tour d’horizon du jeu sans évoquer les batailles entre armées et les duels qui viennent marquer des moments clés de l’aventure en variant agréablement le gameplay. Les premières voient s’opposer les troupes de l’empire de la Lune Écarlate et les forces libératrices conduites par le héros. Si plusieurs milliers de soldats sont impliqués des deux côtés, ils constituent avant tout un stock de points de vie qu’il convient de réduire à zéro afin de remporter la victoire. Pour cela, il faut choisir parmi trois commandes d’attaque : la charge, l’arc et la magie. À chaque commande sont associées différentes escouades prédéfinies, réunissant jusqu’à trois membres des 108 étoiles de la destinée. Chaque groupe dispose d’une puissance chiffrée, évoluant en fonction de sa composition, mais ne peut être employé qu’une seule fois par bataille.


Image de Suikoden I&II HD Remaster


Les assauts entre armées se résolvent alors selon le principe du pierre-feuille-ciseaux : la charge l’emporte sur l’arc, l’arc sur la magie et la magie sur la charge. Bien qu’il soit possible de s’en remettre au hasard, on a évidemment tout intérêt à bien se préparer, en essayant notamment de découvrir ce que compte faire l’ennemi. Ne serait-ce que pour éviter une débâcle totale et la mort définitive d’un personnage. Pour cela, il est heureusement possible de faire appel à des escouades secondaires donnant accès à des commandes fort utiles. Les stratèges augmentent ainsi la puissance des prochaines charges, les marchands tentent de convaincre les troupes ennemies de faire défection en rejoignant nos rangs, quant aux ninjas et aux voleurs, ils peuvent infiltrer plus ou moins efficacement le camp adverse pour découvrir ses intentions.


Image de Suikoden I&II HD Remaster


Pour être honnête, ces batailles ne sont ni extrêmement stratégiques, ni très difficiles, surtout lorsqu’on finit par disposer d’informateurs fiables. Néanmoins, elles offrent des changements d’échelle intéressants et s’intègrent parfaitement à l’histoire. Il en va d’ailleurs de même pour les duels qui opposent généralement le héros à un général ennemi et sont là encore basés sur la logique du chifoumi avec trois commandes spécifiques : l’attaque, l’attaque spéciale et la défense. En revanche, il n’est plus question de compter sur un quelconque rapport d’espion pour savoir ce que notre opposant compte faire : il faut se fier uniquement aux quelques mots qu’il prononce avant chaque passe d’armes et cela offre une certaine tension aux face-à-face.


Image de Suikoden I&II HD Remaster


Un remaster efficace


Tout ce que nous avons évoqué jusqu’à présent concernait la version originale de Suikoden, sortie sur PlayStation, mais cela s’applique presque entièrement au remaster HD de 2025. En effet, aucun ajout significatif de contenu n’a été réalisé pour l’occasion, que ce soit au niveau des principales mécaniques de gameplay ou du scénario. Les quelques éléments exclusifs à la version Saturn – sortie au Japon en 1998 – n’ont pas été intégrés, et les éventuelles nouveautés visent plutôt des aspects fonctionnels. Outre la possibilité de se déplacer en diagonale, déjà présente dans la compilation PSP, on dispose désormais de sauvegardes automatiques, d’un historique des derniers dialogues, de trois niveaux de difficulté et d’une option pour accélérer les combats. Un bouton permet également d’activer le mode automatique lors des affrontements sans passer par le menu et il n’est plus nécessaire d’équiper une rune dédiée pour pouvoir courir. Enfin, le jeu bénéficie d’une localisation en plusieurs langues, dont le français, ce qui est très appréciable. D’autant que la traduction est globalement de bonne facture.


Image de Suikoden I&II HD Remaster


Comme on pouvait s’y attendre, les apports les plus conséquents de cette version concernent toutefois évidemment la réalisation. Les musiques n’ont certes pas fait l’objet d’une quelconque réorchestration, cela dit, elles n’en avaient pas vraiment besoin. En revanche, de nouveaux bruitages environnementaux viennent renforcer agréablement l’ambiance sonore. Côté visuel, si les sprites conservent leurs gros pixels d’antan, l’interface, la cinématique d’introduction, les décors et les portraits des personnages ont été entièrement refaits. La character designer historique, Junko Kawano, a d’ailleurs été sollicitée pour l’occasion et on peut notamment apprécier son travail dans la nouvelle cinématique d’introduction. Le résultat est convaincant et donne un vrai coup de jeune au titre, mais il met aussi en exergue un level design vieillot, qui a été conservé presque en l’état en dépit de la refonte graphique. La plupart des villes sont ainsi très petites, se résumant souvent à une poignée de maisons réutilisant les mêmes assets. Quant aux donjons, ils s’avèrent très linéaires et les rares tentatives d’ouverture tombent un peu à plat puisqu’elles nous incitent juste à « explorer » des salles trop vastes et trop vides pour représenter un réel intérêt.


Image de Suikoden I&II HD Remaster


Alors bien entendu, on peut comprendre la volonté de respecter l’œuvre originale et de ne pas modifier significativement les environnements du jeu, que ce soit dans leur structure ou leur esthétique générale. Il est cependant impossible de ne pas mentionner le gros acte manqué de ce remaster, qui pour le coup ne concerne pas l’aspect technique, mais le système d’inventaire. Lourd et peu ergonomique, il apparaît d’autant plus obsolète de nos jours que celui de Suikoden II était au contraire particulièrement bien pensé en comparaison. On aurait donc vraiment apprécié que les développeurs implémentent quelque chose de similaire dans le premier épisode. Cela aurait sans doute constitué un ajout plus pertinent en termes de « qualité de vie » que certaines options finalement assez dispensables ou trop peu impactantes. Et sur ce dernier point, on peut notamment mentionner le manque flagrant de challenge en mode difficile avec 90 % des combats qu’on peut remporter en mode automatique. C’est franchement dommage pour une nouvelle fonctionnalité.



Suite-oden 


Sorti en 1998 au Japon, en 1999 aux États-Unis et en 2000 en Europe, Suikoden II reprend très largement la formule de son prédécesseur, que ce soit au niveau de ses mécaniques de base ou dans les petites spécificités qui en faisaient le charme. On retrouve ainsi les 108 étoiles de la destinée à recruter (auxquelles s’ajoutent quelques personnages surnuméraires à dénicher), le quartier général évolutif, les runes, les attaques combinées et les trois types d’affrontements (combats classiques, batailles entre armées et duels). La proposition est clairement familière et les fans sont en terrain conquis. Néanmoins, les développeurs n’ont pas chômé et plusieurs compartiments de jeu ont fait l’objet d’évolutions assez significatives.


Image de Suikoden I&II HD Remaster


Gros point noir du premier volet, l’inventaire a été ici entièrement revu et s’avère très agréable à parcourir. On se retrouve un peu plus limité dans l’utilisation des objets puisque les accessoires et les consommables partagent désormais des emplacements communs dans l’équipement de chaque personnage. Cela permet toutefois d’augmenter légèrement le challenge et incite à faire des choix plus marqués. Dans le même ordre d’idée, le système de rune a été enrichi, avec la possibilité d’en assigner jusqu’à trois à une unité et l’ajout de runes destinées aux armes. Ces dernières remplacent avantageusement les morceaux de runes élémentaires qui permettaient d’augmenter légèrement les statistiques ou de bénéficier d’une faible régénération, mais s’avéraient assez rigides dans leur utilisation.


Image de Suikoden I&II HD Remaster


Là encore, l’optimisation de nos troupes ne sera cependant pas gratuite et il faudra se débrouiller pour trouver les fonds nécessaires. Si le farming reste une option parfaitement valable, et que le Chinchirorin est de retour pour les amateurs de jeux d’argent, Suikoden II intègre une manière inédite de s’enrichir grâce à la présence de comptoirs commerciaux dans certaines villes. On peut y acheter et y vendre diverses marchandises, tout en écoutant les conseils des négociants locaux, afin de se faire une belle petite marge. Une dimension économique plutôt sympathique dont on profite pleinement une fois toutes les options de téléportation débloquées.


Image de Suikoden I&II HD Remaster


Une autre évolution importante de ce second épisode concerne les affrontements entre armées qui adoptent ici la forme d’un véritable petit RPG tactique. On y contrôle de nouveau des escouades de trois personnages issus des 108 étoiles de la destinée, mais on dispose maintenant d’une vraie marge de manœuvre dans leur personnalisation. Si l’unité à la tête de chaque escouade est en effet prédéfinie, on peut en revanche sélectionner librement ses deux comparses en fonction de leurs aptitudes. Bonus d’attaque ou de défense, capacités de déplacement accrues ou techniques et sorts à usage limité, les possibilités sont variées et permettent de diversifier ses troupes. De quoi augmenter drastiquement la portée stratégique et l’intérêt de batailles qui ne se limitent plus à de simples chifoumi améliorés. On regrette juste une certaine lenteur en début de partie, lorsqu’on dispose essentiellement d’unités d’infanterie ne se déplaçant que d’une case par tour, ainsi qu’une résolution plus aléatoire des affrontements entre escouades, puisqu’elle ne se base plus sur un système clair de force/faiblesse.


Image de Suikoden I&II HD Remaster


L’épée la plus puissante contre le bouclier le plus résistant


Au-delà de son gameplay affiné et enrichi, le principal attrait de Suikoden II réside une fois de plus dans son scénario et dans le vaste éventail de personnages qu’il fait intervenir. On incarne désormais un jeune homme du nom de Riou (nom canonique, modifiable en début de partie) qui tient le rôle du « héros silencieux » auparavant dévolu à Tir McDohl. Toutefois, s’il s’agit bien du protagoniste principal, le récit va tourner de manière plus générale autour d’un trio incluant Jowy Atreides, le meilleur ami de Riou, et Nanami, sa sœur adoptive. Orphelins de guerre, Riou et Nanami ont été recueillis par Genkaku, un maître en arts martiaux, et élevés au sein de son dojo, situé en bordure du village de Kyaro, dans le royaume de Highland. Quant à Jowy, beau-fils d’un noble local, il s’est lié d’amitié avec Riou dès l’enfance et a rejoint le dojo de Genkaku pour s’y entraîner. Inséparables, et pouvant compter sur le soutien indéfectible de leur « grande sœur » Nanami, les deux garçons ont fini par s’engager dans la Brigade Licorne, une troupe de jeunes guerriers faisant leurs classes sous le commandement du Capitaine Rowd.


Image de Suikoden I&II HD Remaster


Le jeu débute alors que Riou et Jowy se préparent à revenir dans leur village après une série de manœuvres en montagne. L’humeur est au beau fixe en raison du récent traité de paix avec les cités-États de Jowston, mais lorsque le campement est attaqué par de mystérieux assaillants portant les couleurs de l’ancien ennemi, la panique s’empare des soldats inexpérimentés. Tentant d’abord de fuir, puis flairant le coup fourré, notre duo découvre que le massacre a en réalité été orchestré par le cruel prince de Highland, Luca Blight, qui a trouvé là l’excuse parfaite pour attiser de nouveau les flammes de la guerre. Considérés comme des témoins gênants, les deux amis sont traqués par Rowd et finissent par sauter d’une falaise pour échapper à une mort certaine. Ils sont alors temporairement séparés et découvrent, chacun à leur manière, la vie au sein de Jowston où ils vont commencer à tisser des liens avec certains habitants.


Image de Suikoden I&II HD Remaster


Sans trop en dévoiler, on peut dire que Riou finira par se retrouver à la tête d’une véritable petite armée et livrera de nombreuses batailles afin de ramener la paix dans la région. Une intrigue pas forcément très originale sur le papier qui donne lieu néanmoins à une aventure réellement mémorable. Si Suikoden II demeure assez direct dans sa narration, il prend en effet davantage le temps de développer son propos, ses enjeux et ses personnages, nous offrant une durée de vie d’une bonne quarantaine d’heures. De plus, les événements de ce deuxième épisode se déroulent seulement deux ans après ceux de Suikoden et prennent place dans un pays déjà connu des fans puisqu’il jouait un rôle secondaire, mais important, dans l’affrontement entre l’empire de la Lune Écarlate et les forces menées par Tir McDohl. Cela permet divers clins d’œil sympathiques, ainsi que le développement de quêtes annexes intéressantes, souvent centrées sur des personnages rencontrés dans le premier jeu.


Image de Suikoden I&II HD Remaster


Un RPG presque parfait


Là encore, cette description générale de Suikoden II peut tout autant s’appliquer à la version originale sortie sur PlayStation qu’au remaster HD paru l’année dernière, celui-ci n’apportant au final qu’une poignée de fonctionnalités « modernes » associées à une remise à jour technique. On retrouve les déplacements dans huit directions déjà (présents dans la compilation PSP), les sauvegardes automatiques, l’historique de dialogues, les trois niveaux de difficulté et les options pour accélérer ou automatiser les combats. Le jeu bénéficie également d’une nouvelle traduction française, bien plus convaincante que par le passé malgré quels écueils notables, et si la bande-son a été enrichie de bruitages supplémentaires, elle fait toujours l’impasse sur une quelconque réorchestration des musiques (et c’est très bien comme ça).


Image de Suikoden I&II HD Remaster


Sur le plan graphique, les sprites n’ont pas été retravaillés, juste mis à l’échelle. Quant aux portraits, ils n’ont reçu que de très légères retouches. Par conséquent, le travail de remastérisation a porté presque exclusivement sur les décors et le résultat est particulièrement convaincant. On constate d’ailleurs à quel point le level design a progressé depuis le premier épisode, que ce soit au niveau artistique ou structurel, et cela permet cette fois-ci au titre de profiter pleinement de la transition en HD. Associée à un gameplay classique, mais efficace, et à un scénario prenant, la refonte visuelle proposée par ce remaster fait ainsi plus que jamais de ce second opus un incontournable du JRPG – même de nos jours – et elle justifie presque à elle seule l’achat de la compilation.


Image de Suikoden I&II HD Remaster


Alors bien entendu, il faut rappeler que nous sommes ici devant un jeu fermement ancré dans son époque – à savoir la fin des années 90. Il ne faut donc pas s’attendre à un vaste monde ouvert, à un journal de quête gargantuesque, à des archives ultra complètes sur l’univers ou à une interface mettant bien en évidence une multitude d’objectifs annexes. À l’instar de son prédécesseur, et sans doute davantage, Suikoden II reste un jeu dirigiste. Il nous laisse régulièrement une petite marge d’exploration pour aller récupérer de nouvelles recrues ou faire un peu de commerce, mais il a également tendance à verrouiller son terrain de jeu en fonction des besoins du scénario, quitte à se prendre occasionnellement les pieds dans le tapis.


Image de Suikoden I&II HD Remaster


The Banner S’agace


Si on met de côté un manque de challenge global toujours assez regrettable, même en mode difficile, la plus grosse critique qu’on peut adresser à ce remaster est ainsi de ne pas avoir corrigé un passage, certes assez secondaire, mais particulièrement fastidieux du jeu original. Durant la seconde moitié de l’aventure, Riou et son groupe sont en effet amenés à visiter le village de Banner près de la frontière sud des cités-États de Jowston. La petite bourgade permet d’accéder à un long chemin forestier menant à une ville emblématique du premier Suikoden et à un hameau secret, plutôt bien planqué. Or, ce chemin, dont la première traversée ne pose guère de problème, va finir par devenir un véritable cauchemar de répétitivité.


Image de Suikoden I&II HD Remaster


Contrairement aux autres lieux importants vers lesquels on finit par pouvoir se téléporter assez librement, les deux localités précitées ne sont malheureusement accessibles que par le fameux chemin forestier qu’il faudra systématiquement emprunter, à l’aller comme au retour, en subissant en cours de route une phase particulièrement laborieuse d’ascension d’échelles à la vitesse d’une limace asthmatique. Face à un tel calvaire, digne du Sanctuaire Oublié de la version Nintendo DS de Chrono Trigger (une petite référence de rôliste un peu pointue ne fait jamais de mal), on soupèse dès lors avec soin l’intérêt de chaque visite, que ce soit pour enrôler une nouvelle recrue, faire un peu de commerce dans les comptoirs locaux ou récupérer ce personnage jouable secret, particulièrement puissant, qui retourne chez lui à chaque fois que la composition de notre groupe est réinitialisée pour les besoins du scénario.


Image de Suikoden I&II HD Remaster


À sa sortie, il s’agissait d’un des rares faux pas de Suikoden II, le titre oscillant pour le reste entre le bon et l’excellent. Aujourd’hui, il est dommage que l’équipe en charge de la remastérisation n’ait pas pris le temps d’adresser le problème en mettant « simplement » à jour la liste des destinations vers lesquelles il est possible de se téléporter. Cela est moins impactant et moins systémique que l’inventaire particulièrement vieillot du premier épisode, mais cela constitue tout de même un acte manqué notable pour cette compilation HD. Un oubli d’autant plus regrettable qu’à côté de cela, les développeurs ont poussé le souci du détail jusqu’à inclure une option – très appréciable – pour bloquer le compte-à-rebours associé à une quête annexe très spécifique qui nécessitait, dans sa dernière étape, d’atteindre en moins de vingt heures un village situé dans la toute dernière région du jeu, nous obligeant à progresser au pas de course.



Bonus Trucs


Au-delà du travail spécifique réalisé sur chaque titre, Suikoden I&II HD Remaster Gate Rune and Dunan Unification Wars aurait également pu être l’occasion de découvrir des bonus intéressants, comme des dessins préparatoires ou des anecdotes sur le développement. Ici, on reste malheureusement dans le très classique avec la possibilité de visionner les cinématiques, les fins et même certains événements, à condition d’avoir préalablement fini le jeu correspondant. Pas de quoi sauter au plafond, donc, et on reportera dès lors notre attention sur un Mode Son copieux permettant de profiter tranquillement de plusieurs dizaines de mélodies, composées principalement par l’excellente Miki Higashino, avec les contributions de Tappi Iwase, Taniguchi Hirofumi, Mayuko Kageshita et Hiroshi Tamawari sur Suikoden, et de Keiko Fukami sur Suikoden II.


Image de Suikoden I&II HD Remaster


Alors bien entendu, on pourra toujours râler un peu devant l’absence des versions originales qui auraient permis de mesurer le chemin parcouru par les remasters, mais comme nous l’évoquions précédemment, la simple refonte graphique du second opus, associée à ses qualités intrinsèques, vaut presque à elle seule les 49,99 € demandés. Si on y ajoute le premier volet, un peu moins marquant, mais toujours bourré de charme, on obtient une compilation remastérisée qui ne révolutionne certes pas grand-chose, mais qui fait parfaitement son boulot. Elle donne notamment l’occasion aux fans de JRPG de se (re)plonger dans la genèse d’une franchise qui aura malgré tout marqué son époque, bien qu’elle soit désormais passée à l’arrière-plan. Et s’il y a une petite chance que ce retour un brin opportuniste incite Konami à relancer la série, même seulement par le biais d’autres remasters/remakes, on ne peut que lui souhaiter de belles ventes.


Image de Suikoden I&II HD Remaster


Quant à savoir dans quelle version du jeu il est préférable d’investir, la question est plus délicate. La version Switch affiche en effet du 1080p en mode salon et du 720p en mode portable, avec un framerate limité à 30 images par seconde, tandis que la version Switch 2 offre du 1440p en mode salon et du 1080p en mode portable, avec un framerate à 60 images par seconde. Pour peu qu’on possède la petite dernière de Nintendo, le choix semble donc évident, d’autant que le prix est identique. Néanmoins, la version Switch dispose d’une véritable édition physique en Europe, contrairement à la version Switch 2. Pour cette dernière, il faudra se tourner vers l’import et accepter de se contenter d’une carte clé de jeu. On regrette ainsi d’autant plus l’absence d’option de mise à niveau pour passer de la version Switch à la version Switch 2.


Image de Suikoden I&II HD Remaster


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