En résumé
L'avis de Greg-sHAOlink
The Legend of Zelda : Tears of the Kingdom n’est pas la suite que l’on attendait, c’est l’œuvre que l’on n’osait plus espérer. En partant des fondations d’un jeu déjà considéré comme un monument, Nintendo a bâti une cathédrale ; une réinvention si profonde et si généreuse qu’elle fait passer l’illustre Breath of the Wild pour une simple et magnifique ébauche. Défiant l’idée même qu’une suite ne peut que capitaliser sur son héritage, elle repense chaque mécanique, densifie chaque parcelle du monde et démultiplie chaque possibilité au point de donner le vertige. C’est une œuvre d’une intelligence de conception éblouissante, d’une ambition folle qui, si elle était déjà un chef-d’œuvre contraint sur sa machine d’origine, est libérée de ses chaînes par la Switch 2 pour devenir une expérience transcendante et techniquement quasi-parfaite. Elle ne se contente pas de reprendre le flambeau de son prédécesseur, elle l’utilise pour allumer un brasier qui illuminera le paysage vidéoludique pour les années à venir. Pour les vétérans de Breath of the Wild, c’est un retour au foyer magnifié. Pour les nouveaux venus, c’est tout simplement l’une des plus grandes aventures jamais créées. Un bijou absolu.
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par Greg-sHAOlink
le 30 juillet 2025 19:58
Plus de huit années nous séparent de la sortie de The Legend of Zelda : Breath of the Wild. Un titre qui, bien plus qu’un simple succès critique et commercial, s’est imposé comme un tournant majeur, dont la formule novatrice a durablement influencé la conception du monde ouvert. Dès lors, l’annonce d’une suite directe soulevait une interrogation légitime, moins sur sa pertinence que sur son ambition : comment donner un successeur à un jeu qui semblait avoir déjà tout dit ? Plutôt que de chercher la rupture à tout prix, Nintendo a fait le pari audacieux de l’approfondissement et de la densification. Le résultat, The Legend of Zelda : Tears of the Kingdom, n’est donc pas une nouvelle révolution, mais une évolution si spectaculaire et si aboutie qu’elle parvient à redéfinir son propre modèle. La preuve qu’il était possible de bâtir sur des fondations déjà légendaires pour s’élever bien plus haut. Une ambition qui trouve aujourd’hui sa pleine mesure sur Nintendo Switch 2, support sur lequel le titre se révèle enfin dans sa version définitive, libéré des compromis techniques de son support d’origine.
Faisant le pari inverse de son aîné et de sa narration évanescente, Tears of the Kingdom plonge sans détour le joueur au cœur d’une intrigue plus dense, plus sombre, et surtout bien plus présente. Les premières minutes donnent le ton : une exploration des souterrains du château d’Hyrule en compagnie de Zelda tourne au drame. Le réveil d’une momie maléfique, l’incarnation d’un Ganondorf au charisme plus glaçant que jamais, déclenche un cataclysme qui déchire les terres et les cieux. Link y perd son bras et sa lame purificatrice, tandis que la princesse s’évanouit dans un flot de lumière. Le postulat de départ est posé, et il est d’une efficacité redoutable.
Tout l’intérêt de cette nouvelle trame réside dans sa capacité à s’intégrer de manière bien plus organique à l’aventure. Les quêtes régionales, qui nous amènent à porter secours aux Gorons, Zoras, Piafs et Gerudos, ne sont plus de simples étapes facultatives : elles sont désormais les chapitres d’une histoire plus vaste, directement impactées par les conséquences du cataclysme. Parallèlement, le mystère de la disparition de Zelda se dévoile subtilement au travers des Géoglyphes, de gigantesques dessins apparus à la surface d’Hyrule. En trouvant les larmes qui s’y cachent, on découvre des souvenirs poignants qui déroulent le périple de la princesse dans un passé lointain, lié à l’antique et énigmatique civilisation Soneau. Certes, la liberté totale offerte au joueur peut créer de légères incohérences dans l’ordre de découverte des événements, mais la qualité d’écriture et la mise en scène, sublimées par un doublage de grande qualité, maintiennent une tension et une charge émotionnelle constantes.
Faire redécouvrir une carte que l’on croit connaître par cœur était sans doute l’écueil le plus redouté pour ce nouvel opus. Un piège que Nintendo évite pourtant avec brio. Certes, le sentiment de familiarité est bien présent lors des premiers pas, mais il s’agit d’une façade qui s’effrite bien vite sous le poids des changements dus au cataclysme. Des débris célestes jonchent les plaines, des gouffres béants zèbrent le paysage, et des dizaines de grottes invitent à une spéléologie constante et gratifiante. Surtout, le royaume est infiniment plus vivant : le Fort de Guet est devenu le véritable cœur névralgique de la reconstruction, les villages ont évolué, et les routes sont enfin sillonnées par une vie qui ne demande qu’à reprendre ses droits.
Cette surface transformée n’est pourtant que le rez-de-chaussée d’un monde qui a littéralement explosé verticalement. Au-dessus de nos têtes, les Îles Célestes forment un archipel fragmenté, moins un second Hyrule qu’une myriade de chambres d’énigmes suspendues dans les airs. Chaque traversée d’un îlot à l’autre devient un puzzle de navigation, un appel à l’expérimentation. Leur principal défaut réside peut-être dans un relatif manque d’enjeux narratifs forts en comparaison des autres strates du monde, servant davantage de superbes terrains de jeu pour la physique et la créativité.
Mais la véritable surprise, le coup de maître de la structure de ce monde, se terre sous nos pieds. En s’engouffrant dans les miasmes d’un abîme, on découvre les Profondeurs, un troisième monde aussi vaste que la Surface, plongé dans une obscurité totale et hostile. L’ambiance y est radicalement différente, pesante, presque angoissante. Progresser à tâtons, en jetant des Graines Lumos pour percer les ténèbres à la recherche de précieuses Racines Purificatrices, est une expérience en soi. Cet écosystème souterrain, avec sa faune, sa flore et ses ressources propres comme le Sonium, n’est pas un simple ajout : c’est le contrepoint thématique parfait à la clarté éthérée des cieux. Le paroxysme de cette conception verticale reste la fluidité avec laquelle on navigue entre ces trois niveaux. S’élancer de la plus haute île céleste, traverser les nuages, plonger à travers la surface et s’enfoncer sans la moindre transition dans les Profondeurs est une prouesse qui renforce un sentiment de liberté absolument vertigineux. C’est ici que l’ambition des développeurs se heurtait aux limites de la première Switch, provoquant quelques ralentissements. Une contrainte technique qui s’efface totalement sur Switch 2, où cette liberté de mouvement s’exprime enfin dans une fluidité absolue et sans le moindre accroc.
Cette liberté nouvelle s’articule autour de quatre pouvoirs qui ne se contentent pas de remplacer les anciens modules de la tablette Sheikah ; ils instaurent une grammaire ludique entièrement nouvelle. Le verbe de ce nouveau langage est sans conteste l’Emprise. Ce pouvoir, qui permet de saisir et de coller ensemble la quasi-totalité des objets du jeu, transcende la simple manipulation pour toucher à la création pure. Deux roues et une planche suffisent à improviser un moyen de transport rudimentaire. Ajoutez-y un gouvernail, une turbine et quelques batteries, et vous voilà aux commandes d’un bolide. Les possibilités sont sans fin, allant du radeau de fortune à la forteresse volante bardée de canons. Chaque énigme, chaque obstacle, chaque traversée devient un appel à l’imagination.
Le second pouvoir majeur, l’Amalgame, bouleverse de fond en comble la gestion de l’arsenal et la philosophie des combats. Il pulvérise le débat sur la durabilité des armes en le retournant à son avantage. Fini la frustration de trouver une arme puissante pour la voir se briser après quelques coups. Désormais, chaque arme rouillée n’est plus une déception mais une opportunité, une base neutre à laquelle on peut fusionner n’importe quel matériau pour en dicter la puissance et les propriétés. La corne d’un monstre devient une lame redoutable, un rocher transforme un simple bâton en masse dévastatrice, et une fleur bombe infuse les flèches d’un pouvoir explosif. Ce système ingénieux encourage sans cesse l’expérimentation et la prise de risque.
Plus situationnels mais non moins brillants, Infiltration et Rétrospective parachèvent cette alchimie. Le premier permet de traverser n’importe quelle paroi verticale, l’exploration gagnant ainsi en fluidité et en immédiateté, rendant obsolètes de nombreuses escalades fastidieuses. Le second rembobine le temps pour un objet, offrant des solutions aussi astucieuses qu’inattendues pour résoudre des énigmes ou même pour se propulser dans les airs en grimpant sur un débris tombé du ciel. Loin d’être de simples gadgets, ces pouvoirs forment un ensemble d’une cohérence rare, qui confère au joueur un contrôle quasi-total sur son environnement et transforme chaque session de jeu en une véritable ode à la créativité. Si l’on devait faire un reproche à ce système, c’est que malgré de nombreuses heures de jeu, la maniabilité et les angles de caméra demeurent parfois retors dans des environnements restreints. Un écueil qui, sans jamais devenir rédhibitoire, vient parfois rappeler la complexité d’un système par ailleurs remarquablement conçu.
Si la liberté d’action est le cœur du jeu, sa générosité en est l’âme. Il est proprement impossible de se fixer un objectif et de s’y tenir plus de dix minutes. Le moindre trajet entre deux points se transforme en une odyssée improvisée, constamment interrompue par un sanctuaire aperçu au loin, l’entrée d’une grotte mystérieuse, un Korogu en détresse qu’il faut transporter jusqu’à son ami, ou encore un PNJ ayant besoin d’aide pour soutenir son panneau publicitaire. Hyrule est un tourbillon d’activités qui nous happe avec une force magnétique. Pour structurer cette exploration foisonnante, on retrouve les familières Tours de reconnaissance qui dévoilent la carte de la Surface et des Cieux ; un système intelligemment dédoublé dans les Profondeurs par les Racines Purificatrices qui, en plus d’illuminer les alentours, soignent les cœurs brisés par les miasmes.
Au-delà de cette exploration constante, le jeu est jalonné de défis plus structurés. Les Sanctuaires font leur retour, plus nombreux et surtout plus variés, misant sur des énigmes créatives qui exploitent brillamment les nouveaux pouvoirs. Mais c’est surtout le retour en grâce des Temples, plus proches de la conception traditionnelle, qui réjouira les fans de la première heure. Précédés de longues et épiques quêtes d’approche, ces donjons proposent une identité visuelle et des mécaniques uniques, culminant sur des combats de boss d’anthologie. Ils ne sont peut-être pas aussi labyrinthiques que ceux d’antan, mais leur conception est un savant mélange entre la structure classique et la liberté nouvelle, et constitue une franche réussite.
Cette quête de puissance passe d’abord par la recherche d’équipements. Avec plus d’une centaine de pièces d’armure à dénicher aux quatre coins du monde, souvent en récompense d’épreuves ardues, la chasse est lancée pour obtenir de précieux pouvoirs passifs : tenue pour escalader les parois mouillées, bonus d’attaque, discrétion accrue, etc. Ces tenues peuvent ensuite être améliorées auprès des non moins familières Grandes Fées. À cette progression classique s’ajoute une nouvelle jauge, tout aussi cruciale : la batterie Soneau. Alimentant les nombreux artéfacts technologiques que l’on peut amalgamer à nos créations, des turbines aux canons en passant par les lance-lasers, cette batterie s’agrandit elle aussi en échange de matériaux spécifiques, créant une nouvelle boucle de progression motivante et parfaitement intégrée au gameplay de construction.
Et même les systèmes hérités ont été affinés, à l’image de la cuisine, désormais dotée d’un système de fiches-recettes qui évite de devoir mémoriser ses plats favoris. La liste des choses à faire et à découvrir s’allonge encore, au point de paraître inépuisable : entre les Points relais à trouver, la possibilité de construire et décorer sa propre maison, les Vœux des Sages à collecter pour renforcer ses alliés, ou encore la monumentale Encyclopédie à remplir… Tenter de tout décrire serait vain. Tears of the Kingdom est une œuvre-monde, un univers d’une densité folle qui récompense la curiosité à chaque instant et qui garantit des centaines d’heures de jeu sans jamais lasser.
Face à ce contenu si colossal, on pourrait craindre de se perdre ou de passer à côté de pans entiers de l’aventure. C’est précisément pour accompagner le joueur dans cette immensité que Nintendo a orchestré ZELDA NOTES, un service compagnon dans l’application Nintendo Switch Online exclusif à la version Switch 2, qui se révèle être une boîte à outils multifacette, riche en fonctionnalités. Son outil principal, l’Assistant de navigation, permet de traquer en temps réel sur son mobile la quasi-totalité des objectifs du jeu : sanctuaires, grottes, Korogus, ennemis rares, trésors et même les différentes quêtes. Certes, son efficacité pour trouver le dernier plan Yiga ou cette racine manquante dans les Profondeurs est redoutable, mais le ton GPS de l’assistant vocal, qui dicte la direction d’une voix robotique, a tôt fait de nous extraire de la magie et du silence d’Hyrule. Un outil pensé pour les complétionnistes, mais dont la réalisation détonne par son approche très littérale.
Par ailleurs, le service propose également 150 Souvenirs vocaux à débloquer, de courtes anecdotes narrées par Zelda, Rauru ou le grand Kohga qui, sans être cruciales, enrichissent avec justesse le lore du monde. Les statistiques mondiales, quant à elles, viennent confirmer un secret de polichinelle : la très grande majorité des joueurs n’a fait qu’effleurer la surface de ce jeu, justifiant sans doute ce coup de pouce technologique. On apprécie également les fonctions de confort, comme la gestion des amiibo, le tirage au sort quotidien pour des bonus en jeu ou encore le studio photo qui facilite grandement le transfert de ses clichés.
L’idée la plus prometteuse réside toutefois dans le partage communautaire. La possibilité de stocker des objets ou de partager les plans de ses créations les plus folles via des codes QR est évidemment excellente. Elle ouvre la porte à un échange infini d’ingéniosité entre joueurs. C’est ici que l’on touche du doigt une véritable occasion manquée : en l’absence d’un système de recherche ou d’un hub intégré, il faut obligatoirement passer par des sites tiers et des forums pour trouver les créations de la communauté, ce qui rend le processus bien peu ergonomique. On ne peut qu’espérer une future mise à jour pour parachever ce qui reste, en l’état, une brillante ébauche.
Dans l’ensemble, ZELDA NOTES apporte des fonctionnalités bienvenues, mais on ne peut s’empêcher d’interroger la pertinence de les déporter sur une application mobile au lieu de les intégrer directement au jeu. C’est dommage.
Mais revenons au cœur de l’expérience, manette en main. Visuellement, Tears of the Kingdom est une splendeur. La direction artistique, héritée de son aîné, fait des merveilles, et la bande-son, plus présente et orchestrale, accompagne l’aventure avec des thèmes puissants. C’est une œuvre d’art qui, sur la première Nintendo Switch, relevait déjà de la prouesse technique. Pousser une console en fin de vie à gérer un monde aussi vaste, une physique aussi complexe et des transitions aussi fluides est un exploit. Cependant, ce colosse pesait de tout son poids sur la machine, et il fallait composer avec des chutes d’images par seconde lors des scènes les plus chargées. Aujourd’hui, avec la Nintendo Switch 2, le jeu se révèle enfin tel qu’il a été imaginé : dans sa forme ultime et sans compromis. C’est une transformation. La fluidité parfaite et constante à 60 images par seconde offre un confort de jeu absolu, rendant chaque combat, chaque envolée et chaque construction plus jouissive encore. La résolution accrue, couplée au support du HDR, métamorphose l’expérience visuelle ; l’exploration des Profondeurs, entre les ténèbres insondables et l’éclat des Graines Lumos, devient un spectacle d’une beauté saisissante. Les temps de chargement, déjà discrets, sont considérablement réduits. Là où la version originale nous rappelait les limites du hardware, la version Switch 2 nous expose la vision sans faille des développeurs. En revanche, les textures un peu vieillottes de certaines parois ou le clipping de quelques éléments du décor n’en deviennent dès lors que plus flagrants, la faute d’un affichage qui ne fait plus aucun compromis. Cela ressort davantage, mais pas au point de masquer tous les apports positifs de cette version définitive.