Test d’El Shaddai ASCENSION OF THE METATRON HD Remaster sur Nintendo Switch

En résumé

  • Sorties :
  • 28 Avril 2024
  • 28 Avril 2024
  • 28 Avril 2024

L'avis de Chozo

El Shaddai ASCENSION OF THE METATRON devait mine de rien être un sacré challenge à l'époque de son développement, avec un pari risqué sur le traitement vidéoludique d'un texte religieux controversé et sa réécriture libre. Force est de constater que l'énergie déployée a suffi à concrétiser le projet dans sa forme, et ce remaster HD en sublime le rendu visuel, mais clairement pas dans son fond. Totalement incompréhensible dans sa narration et pauvre ludiquement parlant, voici un jeu qui n'aurait peut-être pas mérité de revenir sur le devant de la scène. Le mal est fait, mais en promo bien lourde, l'expérience peut être appréciée pour sa beauté, dans la plus simple signification du terme. Préférez-lui sa préquelle, Lost Child, bien plus riche dans tous les autres domaines.

Les plus

  • Un remaster qui en rajoute une couche côté graphique
  • Des musiques plaisantes
  • Quelques bonnes idées
  • Court pour son propre bien
  • Les petits rajouts de cette version modernisée
  • Une première partie plutôt sympathique

Les moins

  • Rien de neuf côté gameplay, c'est toujours pénible
  • Une histoire bien trop alambiquée
  • Répétitif de partout
  • Frustrant comme jamais
  • Décourageant à terminer
  • Nintendo-Difference

    par Chozo

    le 20 mai 2024 10:00

Parmi le tas de licences plus ou moins oubliées à ressusciter sur machines modernes, avouons-le, El Shaddai ASCENSION OF THE METATRON est loin de venir en premier dans l’esprit collectif, tant le titre d’Ignition Entertainment n’avait pas particulièrement soulevé les foules en 2011. Et pourtant, s’il n’est clairement pas un joyau de jouabilité, cet action-platformer se singularise par une papatte artistique absolument saisissante et par son récit alambiqué, prenant la forme d’une libre réécriture du Livre d’Hénoch, texte de l’Ancien Testament pseudépigraphique (faussement attribué à un auteur) de ce fameux Hénoch, l’arrière-grand-père de Noé. On y parle d’anges déchus et de Nephilim, ces êtres résultats de l’accouplement de ces anges avec des humains, considérés comme contre-nature et apportant le chaos, tout un programme permettant en grande partie de justifier moralement le Déluge. Si ce livre a depuis été écarté du canon biblique, il fait donc bien l’objet du jeu en question, en tout cas en surface. Car tout autant que son gameplay plus que daté, El Shaddai n’est pas un modèle de narration.



Beau comme un camion


Si le titre original sort des mimines du studio Ignition Tokyo, il est surtout le bébé d’un certain Sawaki Takeyasu, ancien ressortissant de feu Clover Studio, ayant bossé sur Viewtiful Joe ou Okami. Mais sur cette version Switch en Full HD adaptée de la version Steam de 2021, qui intègre par ailleurs le roman « Lucifer’s Fall Chronicles of Ceta », poursuivant l’histoire et l’artbook officiel d’El Shaddai en version numérique, c’est le studio maison de Takeyasu, Crim, en collaboration avec Aqualead, qui est crédité. Et force est de constater que cette itération modernisée magnifie l’original par le traitement des environnements, constitués de tableaux évolutifs sublimes et variés, entre niveaux très « Cloveresques » par leur folie visuelle et proposition de design fusionnant œuvres de Moebius et ésotérisme. On n’a clairement pas l’occasion de voir un jeu de cette gueule-là tous les jours.

Exit le récit d’origine, voici une version remaniée des aventures d’Enoch, chargé de se rendre sur Terre pour affronter les anges déchus. Le héros est ici pourvu d’une sorte d’armure se détériorant au fil des dégâts subis, laissant apparaître son torse tout lisse et une tignasse d’un blond pur. Ce BG fait équipe avec une Lucifel, une version start-upper de Lucifer qu’on dirait sorti d’un profil professionnel éclaté de gestion de cryptomonnaie sur LinkedIn, constamment collé à son smartphone et rendant des comptes à Dieu en personne quant à l’évolution de l’aventure. La quasi-totalité de la progression se fait dans un tunnel, dérangée par-ci par-là de phases de plateformes en 2D pénibles et de combats bordéliques dans des zones restreintes. Vous avez dit frustrant ?


El Pagaille


Et c’est bien tout le problème. Si El Shaddai accroche les premières heures grâce à son enveloppe chatoyante, et malgré les quelques armes à disposition permettant d’appréhender les combats par différents moyens, le jeu se résume à un beat them up hautement répétitif et limité à trois boutons, soumis à une mollesse et une imprécision déjà inacceptables en 2011, mais encore plus criardes aujourd’hui. La situation ne s’arrange pas, avec un bestiaire sans variation et des mises en situation à la répétition fatigante, rendant l’aventure ultra-pénible jusqu’à son épilogue, que l’on voit heureusement au bout d’environ six heures de jeu, assez rapidement donc. Même constat pour ces phases de plateformes d’un autre temps, avec une inertie et toujours un manque de patate constant qui fera rager le plus zen des joueurs.

Un rendez-vous manqué, d’autant plus que le jeu propose de trop rares bonnes idées. Entre l’Arch, une épée cylindrique, le Gale, une arme à distance ou le Veil, un bouclier lourd séparé en deux parties engendrant des dégâts plus importants, la diversité devrait se ressentir. Le retour à la vie après avoir succombé en tapant rapidement sur les gâchettes et boutons est assez inédit dans le genre, tout comme cet enchaînement de combats obligatoirement perdus contre les anges les plus puissants, ouvrant l’accès à d’autres tableaux amenant à battre l’ennemi de manière assez peu conventionnelle. Même l’idée des armures destructibles pour indiquer le niveau de PV est bienvenue. Mention bien pour la musique souvent orchestrale, parfois plus indus, qui alterne grandiloquence, ambiance plus dérangeante et moments plus contemplatifs. Mais en vain, la sauce ne prend définitivement pas, en tout cas dans la seconde partie du jeu, après que l’effet de surprise est retombé.

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