Test de The Cub sur Nintendo Switch

En résumé

  • Sorties :
  • 19 Janvier 2024
  • 19 Janvier 2024
  • Non renseignée

L'avis de Chozo

The Cub est une savoureuse expérience, pour peu que l'on adhère au propos à première vue très léger, mais tellement lourd de sens au vu de la nature humaine et de ses erreurs répétées. Magnifique visuellement et auditivement, il ne lui manque qu'un soupçon de prise de risque dans son level design pour être réellement considéré comme un maître étalon du genre. Mais ne boudons pas notre plaisir, avec ce titre qui, finalement, fait bien réfléchir malgré son regard moqueur, et propose une aventure rythmée de bout en bout, aux propositions artistiques variées, avec cette ambiance tantôt mélancolique, tantôt insolente, tantôt sombre, mais toujours pertinente.

Les plus

  • D'une beauté visuelle folle
  • Les pistes audio qui font mouche
  • La narration multiple, riche et agréable à découvrir
  • Ce ton insolent, ces moqueries, ces clins d'œil
  • Ces moments contemplatifs

Les moins

  • Classique dans son architecture
  • Quand même très court
  • Un ton auquel il faut adhérer
  • Un côté die & retry à appréhender
  • Nintendo-Difference

    par Chozo

    le 28 janvier 2024 10:00

Dans la famille des cinematic platformers, The Cub (L’Ourson en français) serait le jeune rejeton insolant, celui qui, comme son personnage, bénéficie de la fraîcheur de son jeune âge pour balancer la gravité d’un contexte post-apocalyptique par-dessus sa frêle épaule. The Cub, c’est le troisième jeu de l’équipe Serbe de Demagog Studio, qui se déroule toujours dans le même univers que le tactical Highwater et l’expérience chelou de « golf platformer », Golf Club : Wasteland, sans que l’un ait un lien scénaristique réel avec l’autre. Présenté initialement lors du Tribecca Games Festival de 2022 et disponible depuis le 19 janvier dernier, The Cub accroche dès les premières minutes, en raison de son traitement visuel, ses animations, sa bande-son et son ton. Balek la fin du monde, ces foutus adultes ne me reprendront pas ma planète. Na.


Maman, j’ai raté les colons


The Cub propose de contrôler ce gamin, visiblement seul humain rescapé on ne sait comment du cataclysme écologique ayant non seulement ravagé la Terre, mais aussi fait fuir la caste la plus aisée, partie coloniser la planète Mars. Élevé façon Mowgli par une meute de loups, le héros en a adopté les modes de communication et a tout simplement perdu la capacité de langage humain. Le problème, c’est qu’évidemment, après avoir détruit la Terre, les riches migrants de Mars ont commencé à faire la même à la planète rouge en à peine quelques années, à un tel point qu’ils souhaitent revenir la queue entre les jambes et recoloniser l’ancienne planète bleue.

Et forcément, qui dit recoloniser, dit capturer et/ou se débarrasser de toute la présence autochtone, en particulier ce mioche, cette « erreur de la nature », qui semble résister aux radiations et pollutions encore bien présentes dans la ville dôme immense de Tesla City (on notera le possible clin d’œil au boss de X). Le jeune garçon se retrouve donc emporté dans une course poursuite pour empêcher sa capture, mais également pour éviter cette recolonisation au travers des neuf niveaux proposés.

Heureusement, il récupère très rapidement le scaphandre d’un de ces envahisseurs qui n’aura pas survécu aux dangers de cet environnement sinistré. Un outil qui se révèle bien pratique, notamment pour réapprendre le langage humain au travers des émissions de la station radio martienne qu’il peut y suivre et des diverses musiques qui s’y enchaînent. Le tout baigne dans une mécanique diégétique permettant au joueur comme au personnage de s’informer quant aux événements du passé et du présent, et d’habiller l’aventure d’une diversité étonnante de compositions, entre rock indé, folk baroque, électro ou hip hop, le tout dans un ton assez pessimiste et mélancolique, rajoutant de la dureté à l’univers dépeint dans The Cub.


Il en faut peu pour être heureux


Même s’il s’agit d’une expérience somme toute plutôt courte, entre trois heures en ligne droite et quatre heures pour revisiter les niveaux et récupérer l’ensemble des collectibles, The Cub reste une aventure dense alternant phases de plateforme, courses-poursuites, séquences narratives et sessions plus contemplatives, presque poétiques et chargées de messages sous-jacents, surtout en fin d’aventure. En complément, les niveaux sont parsemés d’items et de mécanismes à débloquer, d’enregistrements audios, de journaux, de bouquins, de séquences d’œuvres cinématographiques stéréotypées ou de nounours à cajoler, apportant leur lot de narration.

Ainsi, et même en une poignée d’heures, l’histoire, le background du gamin, de la catastrophe et des principaux antagonistes permettent au joueur de s’imprégner de l’univers dépeint de manière brillante, toujours sur ce ton irrévérencieux d’un enfant jamais effrayé par ses péripéties. Il faut mentionner ces petites animations de provocation du héros à destination de ses poursuivants, qui n’hésite pas à tirer la langue et grimacer à vue, ou celles ponctuant la découverte des collectibles, où l’on peut littéralement voir ce sale gosse se gratter l’arrière-train ou lâcher un rot se propageant avec l’écho.

Côté gameplay, nous sommes face à un classique du genre. Sur un scrolling horizontal en vue en 2,5D, le personnage se déplace, saute et double saute, dash, s’agrippe aux corniches, se balance au moyen de lianes ou de câbles et déplace des objets. Là encore, si la jouabilité rappelle plutôt Inside ou le plus récent Planet of Lana, on ne peut s’empêcher d’y entrevoir aussi le gameplay des productions vidéoludiques Disney des ninetees, Le Livre de la Jungle évidemment en tête. The Cub en reprend aussi le level design, simple, rarement exceptionnel, surtout dans ces phases de poursuite un peu moins qualitatives.


Meurs un autre tour


Là où ce jeu en particulier se démarque, c’est dans sa dimension die & retry, plus appuyée que pour les cadors du genre. Car si les humains sont bien à sa poursuite et que l’écosystème lui est dans la grande majorité très familier dans une cité où la nature a mangé la ville, certaines faunes et flores peuvent s’avérer très dangereuses pour le jeune garçon. Il lui sera obligatoire de répéter certaines phases de manière à anticiper tous les dangers provoquant potentiellement différentes morts, illustrées par des mini-animations crayonnées d’une petite seconde, qui servent d’écran de chargement après un trépas. Rassurons-nous cependant, aucun passage n’est insurmontable et nécessite rarement plus de trois ou quatre tentatives.

L’autre originalité du titre repose sur sa direction artistique, autant dans ses animations que dans ses environnements, le tout reposant sur une fluidité technique permanente. Outre les productions musicales, saluons les arrières plans de toute beauté, à la profondeur et à la richesse étonnantes, jouant sur des colorimétries vives en contradiction avec l’aspect dur et intransigeant de l’aventure (le jeu propose d’ailleurs un mode cinématique ajoutant des bordures noires). C’est surtout l’animation des personnages qui détonne, avec cet effet proche du stop motion aux effets volontairement saccadés, donnant un aspect film d’animation créé à la main du plus bel effet.

Enfin, s’il faut noter une différenciation claire de The Cub par rapport à ses cousins, c’est bien dans son propos et dans son ton, déjà évoqués plus haut. En dehors de la narration environnementale aisée à appréhender dans un univers post apocalyptique, le regard posé par le studio sur la nature humaine, ses erreurs cycliques répétées à l’infini marque l’aventure du début à la fin, jusqu’à la conclusion qui fait bien marrer, en mode cheh les anciennes générations responsables de l’apocalypse. Le tout se moque ouvertement au travers des articles de journaux parodiques, des scènes de films dépeignant des situations de fin du monde, ou du manque de rationalité des poursuivants du jeune héros, terrifiés par cette anomalie inconnue et inattendue. Succulent.

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